Gabriel Nerciat
- 6/1/2026 - Comme je l'avais annoncé dans mon avant-dernier statut, il n'y aura pas de changement de régime sous la botte américaine au Venezuela.
Ce que la plupart des médias à la page ont présenté, en reprenant les mots mêmes de Trump, comme "la plus grande opération militaire menée par les États-Unis depuis 1945" (sic) n'était au mieux qu'un rutilant show hollywoodien – comme l'était déjà sans doute le bombardement de la centrale de Fardo en Iran l'été dernier –, lequel n'a tué que quelques militaires cubains positionnés à la protection du ministère de l'Intérieur, et qui s'avère être le fruit d'une conspiration de couloir, aussi banale en Amérique latine qu'en Afrique post-coloniale, ourdie par Marco Rubio et la vice-présidente bolivarienne, Delcy Rodriguez, depuis trois mois.
C'est elle qui récupère aujourd'hui, avec l'assentiment de la Maison-Blanche, le pouvoir laissé vaquant par la capture du chef d'État déchu.
La pétulante Maria Corina Machado attendra des jours meilleurs, en se consolant avec son hochet scandinave. Emmanuel Macron, qui s'est couvert de honte devant le monde entier avant de rétropédaler précipitamment comme il fait toujours, pourra peut-être l'inviter à prendre le thé à l'Élysée, en compagnie de George Clooney et de Sean Penn. Cela fera passer le temps, et fournira de jolies photos pour Le Point et Paris-Match.
Tous les imbéciles droitards du genre Pascal Praud qui ont embrayé pendant 24 heures la fable risible du narco-État "allié aux islamistes du Hamas et du Hezbollah" défait en quelques heures par la super-puissance américaine superbement affranchie du droit international attendront eux aussi.
Il est vrai que chez eux, le ridicule ne tue pas ; c'est leur état normal.
La grande différence entre la bêtise de gauche et la bêtise de droite est que le droitard croit réellement aux âneries manichéennes qu'il profère (en vantant un ordre démocratique qu'en réalité il méprise profondément), alors que, huit fois sur dix, le crétin gauchiste, tout crétin qu'il soit, sait très bien à quoi s'en tenir sur la réalité du combat qu'il met en scène. Je l'ai déjà dit, mais c'est parce que Mélenchon est à la fois plus cynique et plus intelligent que Glucksmann ou Tondelier qu'il va les coiffer au poteau.
Un certain nombre de faux réalistes, droitards ou simplement et apolitiquement idiots, croient pertinent aujourd'hui de saluer le retour du règne de la force brute au détriment du droit international.
Mais ces demi-habiles oublient deux choses :
1) Ce n'est pas parce que le cadre multilatéral hérité du XXe siècle est désormais totalement pulvérisé que le droit international va disparaître avec lui ; simplement il devra se reconstituer en intégrant la réalité changeante des rapports de force étatiques au lieu de reposer sur des dogmes abstraits et abusifs dans lesquels aussi bien les nationaux-populistes américains (remarquable analyse de Stephen Miller, le plus proche collaborateur de Trump, sur cette question) que les nouvelles élites du Sud global ne voyaient qu'un discours hypocrite servant à dissimuler la réalité de l'hégémonie américaine sur le monde.
2) Ceux qui en France font l'apologie de la force devraient se rappeler que la force – par la volonté de nos élites européistes et libérales – nous a durablement quitté. Lorsque demain Trump s'emparera du Groenland ou lorsque la Chine décidera d'expulser la France de la Nouvelle-Calédonie, nous verrons si ces farauds feront toujours les malins.
En attendant, la guerre continue en Ukraine, et au siège new-yorkais de l'ONU, les diplomates français et britanniques, lorsque leur homologue russe se rit ouvertement de leur couardise et de leurs contradictions, regardent leurs chaussures.
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