Gabriel Nerciat
- 15/1/2026 - Quand je pense que je suis déjà suffisamment âgé pour avoir connu les regrets et les désillusions des gauchistes ou des Maos qui espéraient une révolution prolétarienne en France, en Allemagne ou en Italie, au début des années 1970.
Je me souviens de cet ancien militant de la GP, longtemps proche de Benny Lévy et de Serge July, qui me disait, un peu triste, au début de ce siècle, en revenant sur les déboires lyriques de sa jeunesse : "Ce n'est pas tellement notre défaite qui me fait souffrir aujourd'hui, d'autant que pas mal d'entre nous avions une réelle vocation sacrificielle ; c'est la façon dont nous avons été vaincus, qui tenait bien plus à nos insuffisances et nos limites qu'à la supériorité de nos ennemis qui, elle, nous était connue."
Peut-être que désormais, nous allons connaître les regrets et les désillusions des pseudo-révolutionnaires de l'autre rive : néo-cons, droitards pro-israéliens, monomaniaques anticléricaux ou GOF du Printemps républicain, féministes mondains, etc. Je gage qu'elles seront beaucoup moins lucides et modestes.
Même BHL – qui fait le lien entre les deux générations et les deux courants, il fallait bien qu'il serve un jour à quelque chose – était prêt à idolâtrer Trump s'il avait imité son cher George Bush en Iran !
Mais non : tous ceux qui hier soir encore, vers minuit, attendaient fiévreusement le premier B2 américain au-dessus de Téhéran se sont couchés à l'aube, frustrés, déçus, épuisés, comme autant de gueulardes Madame Butterfly qui n'ont pas le courage de se faire seppuku.
Ce qui prouve que les partisans des contre-révolutions n'ont rien à envier aux partisans des révolutions. Sur ce point, Joseph de Maistre avait mille fois raison : même fanatisme, même aveuglement, mêmes poses avantageuses, même fausse conscience idéologique qui manipulent à dessein des hypocrisies contradictoires.
Tous ces souverainistes d'opérette qui sont prêts à jeter les souverainetés nationales aux orties dès lors que les dirigeants d'un Etat souverain ne leur plaisent pas ou font usage de violences sont aussi pitoyables que ces ilotes libertaires qui font assaut de déclarations militaristes quand tout d'un coup la guerre contre un régime illibéral leur paraît souhaitable.
Beaucoup d'entre eux aiment se réclamer de Voltaire, mais lui au moins n'a pas fini sa vie à Sans-Souci en courtisan servile de Frédéric II.
Il savait que la lutte contre l'Infâme clérical ne justifie pas n'importe quelle politique de puissance prête à embraser la vie de centaines de milliers d'hommes mortels sur les champs de bataille.
