13/1/2026
L'Occident aujourd'hui ?
Des nations déclinantes, souvent vieillissantes et/ou très violemment fracturées, qui croient vivre une deuxième jeunesse conquérante en envoyant ou en incitant une jeunesse étrangère qu'elles ne connaissent pas crever en masse sur le front ukrainien ou sur le pavé des villes iraniennes en révolte.
C'est sublime, au sens de Burke qui après Longin définissait ce domaine de l'âme comme celui que suscite la peur du tonnerre chez un homme à l'abri de la foudre, dans une demeure elle-même préservée de l'orage.
Le retraité occidental (quel que soit son âge) regarde le soir à la télévision, en sirotant sa verveine mentale, ses héros interlopes du jour : satrape mafieux de l'entité ukrainienne ou fausse insurgée iranienne qui brûle un portrait de Khamenei dans une vidéo filmée au Canada. Ce n'est pourtant pas très enthousiasmant ; il n'y a même pas la musique de Francis Lai qui rendait un peu moins ridicules les films grandiloquents ou maladroitement sentimentaux de Claude Lelouch.
D'aigle, l'Occident impérial est devenu vampire : il a perdu son énergie et sa prestance, mais essaie de rester dans la course grâce au sang frais dont il se nourrit depuis les nuits profondes de ses anciennes ou nouvelles périphéries orientales.
Si le régime tombe en Iran, il se persuadera que c'est sa victoire et pour la peine versera une larme d'émotion contenue, en ressortant ses éternelles photos sépias des jeunes femmes de la bourgeoisie perse en minijupe pendant les sanglantes années du Shah.
S'il se maintient, au contraire, il fera la moue, lancera quelques cinglantes injures anarchistes sur l'inaction ou la vilenie des puissants de ce monde, et puis passera à autre chose, comme sur Netflix on passe d'une série wokiste contre le patriarcat à une autre contre le racisme.
Hegel avait pressenti cela quand il parlait du dimanche de la vie qui égalise tout et éloigne toute idée négative.
Stoker a menti : le vampire est un humaniste. S'il a besoin de sucer autant de sang dans les veines des vivants, c'est parce qu'il veut alléger leur fardeau.
Et puis aussi, sans doute, parce qu'il jouit secrètement d'être libéré des passions violentes dont il contemple ravi les effets tragiques sur le cadavre de ses fétiches. Mais ça, il ne faut pas le dire : ce serait par trop irrespectueux.
