Gabriel Nerciat
- 28/1/2026 - Le moins qu'on puisse dire, c'est que les rodomontades de Donald n'ont pas l'air de beaucoup inquiéter le pouvoir iranien, lequel vient de recevoir un appui éclatant et public de la part des monarchies arabes sunnites alliées de Washington (jadis ses pires ennemis), sans rien lâcher de précis concernant les exigences, du reste assez floues, de la Maison Blanche.
Chez les néo-cons et les gentils humanistes fantomatiques du Vieux Continent, qui n'ont rien trouvé de mieux que d'exiger le placement du corps des Pasdarans sur la liste des organisations terroristes de Bruxelles (pourquoi, à chaque fois que les Européens parlent d'une seule voix, c'est pour sortir une ineptie encore plus dérisoire que risible ?), on commence à branler du chef.
Je les comprends. Il ne manquerait plus que l'Armada de l'US Navy fasse demi-tour et cingle vers le Groenland. Cela obligerait les gorets européens en partance pour l'abattoir à se rappeler qu'ils n'ont pas de navires de guerre pour leur permettre de garantir l'intégrité de la blanche colonie danoise.
En fait, pour Téhéran, l'équation semble assez simple à résoudre : Trump a reçu du peuple américain un mandat pour lutter contre l'immigration illégale aux Etats-Unis, démanteler les accords de libre-échange et combattre l'idéologie wokiste dans les grandes métropoles multiculturelles de l'Amérique ; il n'a aucun mandat pour aller abattre au moyen d'une agression militaire un lointain régime du Moyen-Orient qui ne menace en rien les intérêts et la sécurité des Américains et a en outre démontré encore récemment qu'il savait assez bien se défendre.
Sauf à considérer bien sûr que les États-Unis ne sont guère plus qu'un protectorat israélien, ce qui n'est pas du tout la façon de voir actuelle des électeurs MAGA hors les quelques dizaines de milliers de trépanés évangélistes de la Bible Belt.
On a plutôt l'impression que Donald tourne en rond, passant d'un théâtre à l'autre, ou d'une provocation à l'autre, plus affairé à mettre en scène le chaos cosmique que sa seconde élection l'autorise à démultiplier sans mener à bout aucun des fronts qu'il ouvre à une cadence de plus en plus accélérée.
Peut-être est-ce mieux ainsi, après tout. Falstaff est d'abord là pour saper la fausse dignité d'Henry IV et parodier une souveraineté d'empire qui excède largement les moyens de sa bouffonnerie dionysiaque.
Tant que le chaos achève de ruiner l'ordre ancien issu des deux guerres mondiales et de la mondialisation, les nations rétives au rapetissement techno-consumériste du monde finiront bien par y trouver leur compte.
Sinon, quoi ?
Ah oui, l'émancipation des femmes iraniennes ? C'est vrai que c'est une question importante : nos pimbêches de Saint-Germain-des-Prés, toujours avides de révolutions exotiques et de bains de sang lyriques, ont bien raison de s'en inquiéter.
Mais ne vous en faites pas, braves gens.
Leurs chevelures, déjà affranchies du voile islamique, s'épanouiront d'autant mieux lorsqu'une force de frappe nucléaire achèvera de garantir l'intégrité et la souveraineté de leur pays.
Pas besoin de fomenter une nouvelle guerre dévastatrice, comme en Irak ou en Syrie, pour traduire les œuvres complètes de Simone de Beauvoir en persan.
C'est sûrement aussi rébarbatif à lire dans la langue de Saadi qu'en français.
