15/6/2026
UN GRAND JOUR
La Providence n'est pas perceptible lorsque le Mal est vaincu (il ne l'est jamais que partiellement) ; elle le devient – aurait dit Hegel après Bossuet – lorsque l'Histoire détruit sans pitié toutes les aventures irrationnelles ou délirantes qui prétendaient en révéler le sens supérieur ou immanent.
Si Netanyahou n'était qu'un barbare, sa défaite intégrale face à l'Iran – aujourd'hui actée par les Etats-Unis qu'il a entraînés dans cette guerre fatale – serait cruelle mais pas irrémédiable (il a cru pertinent il y a peu d'opposer Gengis Khan à Jésus-Christ, mais l'empereur mongol savait qu'il accomplissait la ruine des mondes civilisés d'alors et des grandes religions traditionnelles dominantes).
C'est parce que Bibi croit défendre la civilisation occidentale que lui (et ses partisans) sont aujourd'hui défaits sans retour.
On peut pardonner les crimes d'un barbare ou à défaut les oublier ; on ne pardonnera jamais les meurtres de masse accomplis au nom d'un ordre qui nous engage, à partir du moment où celui qui les a commis est vaincu.
Hier dimanche 14 juin 2026 fut une journée aussi importante que celle de la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989.
Elle a marqué la mort définitive de l'ordre hégémonique américain, l'entrée en agonie de l'État sioniste (dont cette génération verra la fin comme la précédente a vu celle de l'empire soviétique), la dislocation des hérésies messianiques qui les soutenaient l'un et l'autre, et la résurrection d'une nouvelle puissance mondiale venue de la nuit des âges : l'empire perse de Cyrus le Grand, régénéré par la version révolutionnaire de l'islam chiite duodécimain, ainsi que par le patriotisme civique de son exceptionnelle élite militaire.
La République d'Iran a mérité sa victoire : elle a défait la coalition militaire la plus importante de l'époque contemporaine, ridiculisé ses alliés serviles, et porte une part de la noblesse du monde.
Pour un peu, j'aurais embrassé Trump pour lui fêter un heureux anniversaire, alors que dans ma jeunesse khâgneuse j'avoue que je n'avais aucune envie d'embrasser Gorbatchev lorsque j'ai vu Rostropovitch jouer gravement du violoncelle au coeur de Berlin.
