23/8/2026
RAGOTS ET CAUSERIES POUR DICTATEURS
– Alors quoi, mon cher Caudillo, j'ai lu dans Marianne et dans Le Monde que vous avez table ouverte chez Vincent Bolloré, qui mettrait tous les journaux de son groupe à votre disposition et à celle de la junte que vous dirigez ? Est-ce digne de vous, franchement ? Sur sa principale chaîne de télévision, on ne cesse de dire du mal de moi, et de financer des documentaires très ennuyeux sur le Guernica de Picasso qui rendent furieux mon ami Marinetti. Ce n'est pas du travail sérieux.
– Ah mais que voulez-vous, mon cher Duce. Je ne pouvais quand même pas m'adresser à George Soros pour financer ou encenser ma rébellion marocaine. Même si je sais qu'il a prêté un peu trop d'argent à notre ami le peintre fou furieux de Linz en croyant pouvoir en faire son débiteur et reconfigurer l'Europe à sa guise. Mais en ce qui me concerne, je sais raison garder. Je ne peux pas non plus faire appel à Bernard Arnault, ce bandit de grand chemin qui est en train de s'entendre avec les Chinois et les Yankees sur le dos de ses compatriotes, ces pauvres Français encore assez incultes pour se prétendre fiers de lui.
– Il fallait venir me voir plus tôt, Caudillo. À Rome, j'ai tissé des liens intéressants avec des oligarques vénitiens et milanais autrement plus capés et audacieux que ces oiseaux-là.
– Mais mon cher Duce, moi je viens de lire dans Le Journal du Dimanche et dans Valeurs Actuelles que vous avez intronisé Jean-Luc Mélenchon au sein de votre Grand Conseil fasciste. Je sais que vous avez eu des liens sulfureux avec des amis à lui dans votre lointaine jeunesse libertaire, mais était-ce vraiment utile de les réactiver aujourd'hui ?
– Ne me faites pas rire, général ! Mélenchon, c'est un intermittent. Je l'invite des fois au Quirinal pour énerver mon ami sioniste Jabotinsky, mais il se contente d'un rôle de pique-assiette. Ce genre de francs-maçons hâbleurs et faussement vindicatifs, je ne les connais que trop bien. Dans le temps, quand ce drôle a appris la mort de Matteoti, que pourtant il détestait, il m'a proposé le soir même de créer un pôle insoumis au sein du parti fasciste, mais je l'ai très vite éconduit. J'avais déjà fort à faire avec Giovanni Gentile ; je n'allais pas en plus le mettre en concurrence avec un clown tel que lui. Mais enfin, si cela peut faire plaisir à votre mécène Bolloré, je peux toujours reconsidérer ma position...

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