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26 janvier 2026

Dessin de Chaunu

Gastel Etzwane
26/1/2026

Le Conseil de l’Union européenne a approuvé une interdiction d’importation du gaz naturel liquéfié (GNL) russe à compter de 2027, ainsi que du gaz russe acheminé par gazoduc à partir du 30 septembre 2027.

Le Conseil de l’UE a précisé que les entreprises européennes qui contreviendraient à cette interdiction s’exposeraient à des amendes infligées par la Commission européenne pouvant atteindre 300 % du montant du contrat.
L’interdiction des importations de gaz russe à l’horizon 2027 ne met pas fin à la dépendance énergétique de l’Union européenne, elle en déplace simplement le centre de gravité. Privée d’alternatives internes abondantes et compétitives, l’UE organise une substitution de fournisseurs qui accroît mécaniquement sa dépendance à l’égard de pays tiers, au premier rang desquels les États-Unis, le Qatar, l’Algérie ou encore le Nigeria.
L’argument moral, souvent invoqué pour justifier la rupture avec la Russie, apparaît ici singulièrement fragile. On ne voit en effet pas en quoi le Qatar, monarchie autoritaire, dépourvue de libertés publiques effectives et régulièrement critiquée pour ses pratiques sociales et diplomatiques, serait intrinsèquement plus « fréquentable » que la Russie. La réalité est plus triviale : il ne s’agit pas d’un choix éthique, mais d’un alignement géopolitique, qui consiste à remplacer une dépendance par une autre jugée politiquement plus acceptable à Bruxelles, sans considération réelle pour la cohérence morale du discours tenu.
Sur le plan économique et social, les conséquences sont lourdes. Le recours accru au GNL, qatari en particulier, implique un gaz plus cher, plus volatil et soumis aux marchés mondiaux. Faute d’alternatives abondantes et bon marché, l’Union européenne sera conduite à accentuer la désindustrialisation des secteurs énergivores, déjà sous pression. Chimie, métallurgie, engrais ou matériaux de base deviennent progressivement incompatibles avec les coûts énergétiques européens, entraînant fermetures de sites et pertes de souveraineté industrielle.
Dans le même mouvement, l’UE n’aura d’autre choix que d’imposer des politiques de sobriété énergétique durables, présentées comme volontaires et vertueuses, mais relevant en réalité d’une adaptation contrainte à la pénurie. Cette sobriété ne traduit pas une montée en gamme du modèle européen, mais une réduction structurelle des capacités productives et des usages.
Enfin, une part croissante de l’ajustement sera transférée aux ménages, par le biais de prix durablement élevés, de factures énergétiques sous tension et d’un pouvoir d’achat durablement amputé. L’effort ne sera ni équitablement réparti ni démocratiquement discuté.
En définitive, il s’agit moins d’un choix stratégique que d’une adaptation forcée à la rareté, décidée au niveau européen sans consultation des citoyens. L’Union européenne agit ici contre l’intérêt matériel immédiat de ses populations, en organisant une dépendance accrue à des fournisseurs extérieurs dont la respectabilité morale est, au mieux, discutable, tout en faisant supporter le coût économique et social de cette politique aux peuples européens eux-mêmes.

Ukraine : le désengagement américain, la facture européenne

Gastel Etzwane


- 26/1/2027 - Après avoir été l’acteur central du dossier ukrainien depuis 2014, Washington opère aujourd’hui un recentrage stratégique : l’Ukraine reste un enjeu, mais la charge principale est désormais transférée à l’Europe.
La nouvelle doctrine du Pentagone, qui relègue la Russie au rang de menace « persistante mais gérable », et la récente déclaration du secrétaire général de l’OTAN convergent vers une même réalité : les États-Unis entendent réduire leur exposition directe au conflit ukrainien. La priorité américaine est ailleurs, tandis que l’Europe est appelée à assumer l’essentiel de l’effort.
Concrètement, cela signifie que les Européens doivent financer la poursuite de la guerre, trouver des dizaines de milliards d’euros et acheter massivement des armes… américaines. L’industrie, la technologie et le pilotage stratégique restent à Washington ; le coût économique, énergétique et politique pèse sur le continent européen.
Au final, les États-Unis se recentrent, l’industrie américaine encaisse, et l’Europe paie.
Guerre sur son sol, énergie perdue, facture militaire à régler : les Européens apparaissent comme les véritables dindons de la farce stratégique.
Voici la dernière déclaration du secrétaire général de l’OTAN :
« L’Union européenne, à elle seule, ne peut pas soutenir les opérations militaires en Ukraine ; les pays européens doivent donc continuer à acheter massivement des armes aux États-Unis afin d’approvisionner Kiev »
Par ailleurs, l’OTAN a déjà évalué les besoins de l’Ukraine pour l’année 2026, à hauteur d’environ 60 milliards de dollars. Selon Mark Rutte, il n’existe « tout simplement pas d’alternative » à la poursuite des livraisons d’armes occidentales à l’Ukraine.

LE MIROIR DU MINNESOTA

Gabriel Nerciat


- 25/1/2026 - Ce qui se passe à Minneapolis depuis plusieurs semaines, et que les médias français assermentés sans doute volontairement simplifient ou occultent - un niveau de violence urbaine endémique, alimentée par des gangs somaliens surarmés ayant acquis pignon sur rue dans la plus grande ville du Minnesota, et de délégitimation des élites politiques nationales qui rappelle de plus en plus ouvertement le début de la guerre de Sécession - est assez fascinant à contempler, car il est assez probable que ce présent américain soit appelé à devenir, dans les quelques années ou décennies qui viennent, le futur de la France et de l'Europe.
L'Amérique pour nous a-t-elle du reste jamais été autre chose que le miroir trouble où se dessine vu d'Europe le visage de la Pythie ?
Reste que Trump va désormais jouer son mandat sur ce qui va se passer dans le Minnesota - et peut-être aussi bientôt à New-York, Chicago, Los Angeles ou Portland.
Pas sur l'avenir du régime iranien ni même celui du Vénézuela ou l'achat du Groenland (il ferait bien de s'en souvenir).
L'épisode en tout cas, si l'on en croit la presse anglophone ou étrangère émancipée de la galaxie progressiste, va bien au-delà de ce qu'on en restitue en France, où seule la mort des deux victimes récentes de l'ICE sollicite les commentaires. Contrairement à ce que vaticinent les faux experts en américanologie et les doctrinaires incultes du libéralisme new school, c'est bien la Maison Blanche qui est ici constitutionnellement dans son droit, et le gouverneur corrompu du Minnesota, Tim Walz (ancien colistier de Kamala Harris), qui viole la Constitution américaine en prétendant empêcher la police fédérale de ramener l'ordre dans un Etat qui est désormais au bord de l'anarchie militarisée et de la sécession juridique pure et simple.
Plutôt que de dépêcher son Armada de l'US Navy dans le Golfe persique, Donald ferait mieux de se souvenir qu'il existe dans la loi fondamentale des Etats-Unis un Insurrection Act, promulgué par Jefferson en 1807, qui lui donne des moyens d'action bien plus étendus que notre article 16.
C'est l'autre arme de dissuasion, où se vérifie l'exercice de la souveraineté. Si Trump n'en use pas relativement vite, il n'est pas exclu que son second mandat se termine aussi tragiquement que le premier.

Amelia, le bug à cheveux violets qui fait trembler 10 Downing Street

H16
26/1/2026

Il se passe des choses Outre-Manche : alors que la propagande pro-immigration et pro-mondialiste bat son plein, le peuple britannique montre de plus en plus vivement son agacement. Et le dernier avatar de cette crispation, Amelia, déclenche une gêne palpable au sein du gouvernement.

Vous n’en avez certainement pas entendu parler, tant la presse française se fait un devoir d’indigence dès qu’émerge un sujet politiquement incorrect, mais au Royaume-Uni, Amelia défraye la chronique. Amelia qui ? Au départ, c’est un personnage fictif au look gothique et aux cheveux violets qui a émergé des tréfonds d’un programme éducatif britannique délicieusement niais et financé par le gouvernement, baptisé « Pathways ».


En substance, ce bidule est un outil d’apprentissage géré par le ministère de l’Intérieur visant à lutter contre l’extrémisme et dans ce dernier, Amelia était censée incarner une jeune radicalisée par des idées d’extrême droite, prônant des positions farouchement anti-immigration ainsi que la défense des « droits anglais ». Lancée au début de ce mois, elle apparaît dans un jeu interactif destiné à sensibiliser les adolescents aux dangers de la radicalisation et à déceler les pièges de l’extrémisme en ligne.

Dans ce jeu, un certain Charlie est placé dans des situations où, de façon commode, l’extrémisme n’est jamais celui des islamistes ou des antifas, mais seulement de « l’extrême-droite » ou ce qui est présenté directement comme tel. Eh oui : dans Pathways, penser mal est un crime et penser trop, un délit aggravé. Pendant ce temps, Amelia est celle qu’il ne doit pas écouter, sous peine par exemple de se retrouver en prison pour avoir milité pour ne plus accepter d’immigrants illégaux…

Las ! Son design coloré a rapidement été détourné : au lieu de servir d’avertissement et de montrer ce qu’il ne faut surtout ni dire ni être, Amelia a rapidement été récupérée par les réseaux sociaux (notamment X et Reddit) et s’est muée en icône virale où elle a été adoptée par des communautés nationalistes, conservatrices, de droite et d’extrême-droite britannique.

Très rapidement, ce sont des douzaines de mèmes, de vidéos, d’animés (et même une cryptomonnaie sur le réseau Solana portant son nom) qui sont apparus et qui ont ainsi transformé cette antagoniste en égérie qui ridiculise depuis les efforts du gouvernement pour lutter précisément contre les discours anti-immigration, anti-mondialistes et conservateurs. Le compte X dédié à cette nouvelle figure a rapidement rassemblé des dizaines de milliers d’abonnés.


Destinée à représenter le mal, cette création virtuelle a rapidement conquis une frange croissante des internautes qui y ont trouvé un moyen simple d’utiliser les narratifs dégoulinants de niaiserie du gouvernement contre lui-même, transformant l’opération d’éducation de propagande maladroite du gouvernement en véritable retour de bâton massif qu’il est incapable à présent de juguler.

Ce n’est pourtant pas faute d’essayer, tant il est maintenant clair que le gouvernement britannique semble avoir choisi de passer le turbo sur l’autoroute vers l’enfer orwellien : depuis les lois comme « l’Online Safety Act » de 2023, il a intensifié la surveillance et la répression des discours en ligne, menant à une augmentation notable des poursuites pénales pour des publications considérées comme « haineuses » ou incitant à la violence. Par exemple, en 2025, des données policières ont révélé que plus de 12 000 personnes sont arrêtées annuellement pour des infractions liées à la parole, soit environ 30 par jour, incluant des retweets ou des caricatures.

À ceci s’ajoute des restrictions sur le droit de manifester, avec des lois comme le « Police, Crime, Sentencing and Courts Act » et le « Public Order Act » qui accordent aux forces de l’ordre des pouvoirs discrétionnaires pour interdire ou disperser des protestations pacifiques, ainsi que, encore plus inquiétante, la création d’unités spéciales comme la National Internet Intelligence Investigations team en 2025, destinée à suivre les publications « anti-migrants »… Eh oui, la police britannique ne court plus après les pickpockets, elle traque les adjectifs qualificatifs sur X.

Malgré ces menaces croissantes sur toutes les libertés fondamentales, nombreux sont ceux qui petit à petit se rendent compte de la fierté d’appartenir à une certaine culture occidentale, et qui, dans le cas présent, utilisent Amelia pour l’exprimer directement.


Au passage, notons que cette méthode a été copié aussi en Allemagne… et même en France.

Le succès de ce détournement par ce que les uns appellent les nationalistes d’extrême-droite et les autres les patriotes n’est cependant pas un simple succès de réseau social.

En effet, derrière les petits mèmes et les vidéos amusantes se développe une véritable haine de Keir Starmer dont les taux d’approbation sont absolument catastrophiques : à part Macron, qui réussit le pari d’être encore plus détesté (voire haï) par son peuple, le premier ministre britannique est le dirigeant le plus honni des chefs d’États et de gouvernements occidentaux.

Et ce n’est donc pas surprenant qu’au cours des deux semaines qui ont suivi la naissance et la croissance rapide de popularité d’Amelia, Keir Starmer a été contraint de modifier son projet d’identité numérique pour ne plus le rendre obligatoire, puis d’abandonner ses tentatives d’interdiction internationale de X, la plateforme de Musk, et a même été contraint de se retirer de l’accord sur les îles Chagos visant à les rendre à l’île Maurice.

Manifestement, l’opposition conservatrice est poussée par l’impopularité record de l’actuel premier ministre et le fiasco phénoménal d’Amelia ajoute de l’huile sur le feu.

Ce désastre édifiant révèle une nouvelle fois les limites des campagnes gouvernementales, et les limites intellectuelles plus profondes encore de ceux qui les mettent en place et qui sous-estiment assez systématiquement la culture internet et ses dynamiques imprévisibles.

En dotant Amelia d’une personnalité attachante et d’une esthétique séduisante, ces autorités ont véritablement fourni le bâton pour se faire battre, illustrant encore une fois à quel point ces réseaux sociaux sont trop indépendants et particulièrement rétifs à la propagande, dès lors que les discours variés y sont autorisés.

On comprend pourquoi ils sont devenus plus qu’une épine dans le pied de nos gouvernants mais bien la cible à abattre : non seulement cela contrecarre les niaiseries et la propagande qu’ils débitent, mais ils les retournent contre eux.

Combien de temps avant qu’un phénomène semblable se développe en France ?


https://h16free.com/2026/01/26/83242-amelia-le-bug-a-cheveux-violets-qui-fait-trembler-10-downing-street

25 janvier 2026

Marc Amblard
24/1/2026
Alexandre Legrand


Cher Manu,
tu as sans doute raison de faire ce que tu veux. Après tout, pourquoi te gêner ?
Cela fait maintenant huit ans que la situation dure, huit ans de décisions imposées, de promesses non tenues, de réformes contestées, et pourtant… aucune véritable réaction collective. Une partie des Français t’a même réélu, d’autres ont laissé faire, par résignation ou par manque de courage. Alors forcément, pourquoi t’arrêter ?
Le constat est le même pour l’ensemble de la classe politique : députés, sénateurs, ministres. Pourquoi se gêner quand le système le permet ? Les privilèges restent en place, les avantages s’accumulent, les écarts se creusent, pendant que ceux qui travaillent et subissent encaissent en silence.
Vous vous enrichissez, vous décidez, vous imposez, sans réelle conséquence. Le peuple observe, critique, râle parfois, mais ne bouge pas vraiment. Il y a de la colère, mais elle reste dispersée, étouffée, transformée en simples discussions ou en commentaires, sans action durable.
Au fond, le pouvoir vous a été accordé démocratiquement. Et tant que ceux qui l’ont donné ne le reprennent pas, pourquoi ne pas en profiter ? Tant que l’indignation ne se transforme pas en engagement, tant que la résignation domine, rien ne change.
Les Français râlent, comme souvent, mais cela s’arrête là. Ils protestent sans s’unir, contestent sans agir, espèrent sans croire. Et pendant ce temps, le système continue, intact, presque conforté par cette passivité. 5/1/2026

24 janvier 2026

INDIGNATIONS CANINES

Gabriel Nerciat


- 24/1/2026 - À chaque fois que le roi Donald crache effrontément à la gueule de ses vassaux européens (et notamment les vieux cockers anglais avec lesquels ce rude descendant d'Écossais a de toute évidence un compte à régler), la plupart d'entre eux, du moins parmi l'opinion qui se croit éclairée, croient bon de geindre avec véhémence en se demandant ce qu'ils ont bien pu lui faire pour justifier autant de dédain.
Pour autant, les vierges effarouchées de l'atlantisme défait s'abstiennent de poser la seule question pertinente que ce genre de vexations publiques appelle.
À savoir : au nom de quoi des soldats français, britanniques, danois ou polonais sont-ils allés mourir en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001 ?
La réponse est simple et sans appel : ils sont morts absolument pour rien.
D'abord parce que les Talibans ne menaçaient aucune nation européenne (exactement comme les Iraniens aujourd'hui) et que cette guerre n'était en rien la leur ; ensuite parce que les troupes de l'OTAN, après deux décennies de présence de plus en plus contrainte en Afghanistan, ont été vaincues et chassées du pays comme des malpropres, dans des conditions encore plus humiliantes que l'US Army au Vietnam en 1973.
C'est cela, en réalité, à mon sens, qui devrait indigner les Européens - et singulièrement les Britanniques.
Non seulement les dirigeants du Vieux Continent se sont prostitués et nous ont déshonorés en faisant participer nos soldats à une défaite honteuse qui n'aurait pas dû être celle de nos armées, mais de plus ils découvrent aujourd'hui que leur abaissement et leur déshonneur n'ont même pas échappé à la nation impériale qu'ils croyaient utile de flatter.
"On insulte la mémoire de nos hommes !", hurle le larbin atlantiste éconduit.
"Vous, vous avez insulté le passé de ces hommes, qui étaient encore vivants et que vous avez tués", devrait-on leur répondre, au lieu de s'enrubanner comme des paons sans queue dans la triste joie des indignations surjouées.

23 janvier 2026

Le piège de la Complexité Médiocre

H16
23/1/2026

À présent, les semi-habiles sont partout, ils se sont saisis des leviers du pouvoir et comme ce sont des demi-débiles, ils nous emmènent à la catastrophe avec l’assurance des somnambules.

Comment en est-on arrivé là ?


Au fil des années, la sphère académique, médiatique et politique a tout fait pour réduire le débat, et notamment le débat d’idée, démocratique et politique, à une dichotomie grotesque dans laquelle ils ne débattent pas, ils diagnostiquent : ou bien vous êtes d’accord avec elle, ou bien votre désaccord provient d’une ignorance ou d’une oppression internalisée, dans une sorte de « si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre vous-même. »

Cette vision, dominante dans la classe jacassante, estime que les opposants sont simplement influencés par la propagande conservatrice ou aveugles à leurs privilèges et donc que leur position est résultante d’un défaut cognitif ou moral. L’argumentation se mue alors en pédagogie condescendante et rapidement coercitive, expliquant ces positions adverses via des analyses psychologiques ou sociologiques, rendant le débat asymétrique et stérile au lieu de l’aborder sur le fond, transformant la discussion en une leçon de morale où l’autre n’est pas un égal, mais un patient à guérir.

On pourra prendre l’exemple des récents débats sur « l’identité de genre » dans lesquels toute remise en question des politiques d’inclusion transgenre est rapidement qualifiée de « transphobie » ou d’ignorance des « réalités vécues » des personnes concernées. On se souvient par exemple qu’en 2023, l’actrice Gina Carano a été licenciée par Disney pour des publications sur les réseaux sociaux comparant les persécutions politiques actuelles aux prémices de l’Holocauste nazi, ce que certains ont interprété comme une minimisation des oppressions actuelles. Plutôt que de débattre sur le fond, la réponse fut une application de « cancel culture » orchestrée par des activistes progressistes, menant à son exclusion professionnelle.


Il en va de même avec tous les autres sujets inflammables de l’actualité : l’opposition aux dogmes officiels, qu’ils soient estampillés scientifiques (sur le réchauffement climatique, les vaccins…) ou qu’ils soient sociétaux (immigration, souveraineté…) est systématiquement considérée comme provenant au mieux d’un groupe d’incultes ou au pire de salopards immoraux, et doit être non seulement combattue mais doit faire l’objet de poursuites aussi violentes et complètes que possibles, la mort sociale voire physique étant des options parfaitement envisageables. Eh oui : le semi-habile ne tolère pas qu’on lui démontre ses contradictions qui révéleraient qu’il n’est ni aussi intelligent qu’il le croit, ni aussi moral qu’il le proclame.

Pourtant, les personnes ainsi traitées ne sont souvent ni ignorantes ni stupides et beaucoup raisonnent en utilisant leur expérience de la vie, en tenant compte des paramètres essentiels comme les incitations économiques, les compromis nécessaires et la réciprocité sociale, leurs limites personnelles ou leur attachement à la famille, au travail et à la sécurité.

Ces individus, issus des classes moyennes ou modestes, ne s’expriment pas dans le jargon des séminaires universitaires, mais ils comprennent intuitivement ce qui ne marche pas dans la réalité. Leur simplicité n’est pas un vide intellectuel, mais provient de la « distillation » des leçons tirées de la vie courante et de ses conséquences concrètes. Ils se sont forgé une sagesse non dans les livres, mais dans les factures impayées et les promesses (électorales) brisées. Là où l’idéologue voit une « construction sociale » à déconstruire, l’homme du commun voit souvent un mur porteur à ne surtout pas abattre.

On en a (rarement mais parfois) l’aperçu sur certains plateaux télé lorsqu’un public pas trop trié sur le volet s’exprime directement à des politiciens ; souvent, ces derniers se retrouvent à patauger dans des arguments vaseux face au bon sens « paysan » d’hommes ou de femmes ordinaires.


Ce que cette attitude condescendante ne voit pas, c’est qu’elle sous-estime deux catégories d’individus qui menacent directement son monopole intellectuel : d’un côté, les individus bien dotés intellectuellement qui détectent rapidement les astuces et diversions rhétoriques, et de l’autre ceux qui mesurent les propositions par leurs résultats et non les belles formules de langage utilisées. Les « malins » et les « pragmatiques » convergent vite aux mêmes conclusions, sans détour : « ça ne marche pas » ou « ça crée des incitations perverses » ou « ça punit la compétence », etc.

Les premiers testent par les conséquences pratiques, les seconds déconstruisent les sophismes. Entre ces deux types, existe une zone intermédiaire où la sophistication verbale est confondue avec la vérité, où la complexité devient une vertu en soi et où l’on confond obscur et profond, ce marécage intellectuel où se noient les semi-habiles persuadés que plus c’est compliqué, plus c’est vrai.

À la fin, tout le discours officiel actuel, que ce soit celui des progressistes ou ceux des tenants de l’extrême-centre, n’est plus qu’une sorte de métaphysique morale déguisée en science sociale, inspirée du marxisme culturel et du post-modernisme. Et une fois ce cadre culturel et social accepté, le désaccord n’est plus une alternative valide mais un aveuglement à faire disparaître soit en rééduquant, soit en éliminant ceux qui le portent.

Et oui, ceci évoque effectivement le goulag soviétique ou les camps de rééducation maoïstes, où le dissident était jadis vu comme une « conscience fausse » à corriger ; aujourd’hui, si ces camps ne sont pas physiquement présents, on les retrouve avec la mort sociale par voie judiciaire, la débancarisation, l’interdiction de réseaux sociaux, la censure ou l’ostracisation. Youpi, le goulag s’est numérisé.


En somme, le drame réside dans cette confusion permanente entre complexité et intelligence.

Les cadres semi-habiles, d’une sophistication médiocre, paraissent profonds aux esprits non avertis, multiplient les notes de bas de page et les postures morales, mais ignorent les questions essentielles des pragmatiques (« Que se passera-t-il si on fait ça ? Qui paiera ? Qui en bénéficiera ? Qu’est-ce qui empirera ensuite ? Qu’est-ce que cela apprend aux gens ? ») et les remplacent par « Est-ce que ça sonne vertueux ? »

En somme, cette approche progressiste, bien que comme d’habitude motivée par des bons sentiments (ici, des idéaux d’équité), transforme le débat en une machine à exclure, favorisant une élite verbale (voire verbeuse) au détriment du pragmatisme populaire, scindant le peuple en deux avec d’un côté ceux qui, protégés de la réalité, s’emberlificotent dans leurs raisonnements complexes, et de l’autre, les vastes populations confrontées à une réalité simple mais sans pitié.

Dans cette ère de semi-habiles au pouvoir, le vrai danger n’est pas l’ignorance des masses, mais l’arrogance des élites. Plus on connait les hommes, plus on aime les chiens, expliquait Desproges ; plus on voit ces « élites », plus on aime les gens ordinaires.


https://h16free.com/2026/01/23/83013-le-piege-de-la-complexite-mediocre

TARTARIN DE L'ARCTIQUE

Gabriel Nerciat


- 23/1/2026 - Je crois qu'on a enfin trouvé le totem fétiche de l'Union européenne et de l'extrême-centre macronien : c'est le Tartarin d'Alphonse Daudet, ce collectionneur de casquettes hâbleur et vantard, qui fait croire à ses compatriotes tarasconais au terme d'un piteux voyage en Algérie qui l'a laissé sans le sou qu'il a tué moult fauves dont personne ne verra évidemment jamais les peaux dans sa ville natale.
Dans le rôle de Tartarin, Macron est excellent. C'est un personnage à sa mesure. C'est même peut-être par sa ressemblance morale avec lui qu'il acquiert enfin, pour la première fois de sa vie, quelque chose de vaguement français.
Car les Français aiment Tartarin, curieusement, et ne lui en veulent pas de ses mensonges ridicules, peut-être parce qu'ils ne prennent pas au sérieux la chasse au lion.
Trump, lui, s'apparenterait plutôt à Don Quichotte, mais sa singularité vient du fait qu'il est aussi, en même temps, Sancho Pança.
Le trumpisme est un donquichottisme, une affabulation carnavalesque autour d'une geste de chevalerie devenue impossible, qui emprunte la langue et les réflexes de Sancho pour paraître crédible. D'où ce côté baroque et comique, que les élites libérales et positivistes des deux rives de l'Occident n'apprécient pas.
Mais n'est-ce pas Picasso qui a dit un jour que le secret de l'Espagne résidait dans le fait que le Chevalier à la triste figure et son peureux valet ne formaient en réalité qu'une seule et même personne ?
Les Français, toutefois, sont-ils vraiment capables de croire qu'il suffit d'envoyer quarante bidasses se geler les fesses au milieu des pingouins pour désamorcer les volontés expansionnistes de Donald ou d'arraisonner - de façon totalement illégale - un navire civil soupçonné de transporter du gaz russe au large des eaux territoriales du Maroc pour intimider Poutine ?
Tout un essaim de plumitifs et de courtisans s'affairent depuis vingt-quatre heures pour nous le faire croire.
Sans dire l'essentiel : à savoir que ni Macron ni la dirigeante du gouvernement danois n'ont été mis au courant de l'accord passé entre Trump et Marx Rutte, le servile secrétaire général néerlandais de l'OTAN, dont ils ignorent encore, à l'heure qu'il est, la teneur.
Et sans trop insister sur le fait que le chancelier Merz s'est empressé de se désolidariser du Tartarin de l'Elysée pour complaire à Trump.
Rien ne doit gâcher le bonheur de Tartarin et de ses courtisans ébaubis. Tant pis s'il ne ramène pas de lions avec lui. A défaut on se contentera d'un cabri.
Dans le même temps, à Davos, le satrape mafieux de Kiev ne se gêne plus pour cracher à la gueule de ces Tartarins dérisoires qui viennent de s'endetter à hauteur de 90 milliards d'euros pour boucler son budget.
On ne sait plus chasser le lion, mais les putois, eux, sont bien là pour nous arracher la peau du cul. Surtout, prière de ne pas crier (seul un ancien Premier ministre belge, Elio Di Rupo, a osé protester) : si on se plaint des morsures d'un puant mammifère des bois, comment pourra-t-on prétendre affronter un jour un vrai fauve des montagnes d'Afrique ?