Gabriel Nerciat
- 23/1/2026 - Je crois qu'on a enfin trouvé le totem fétiche de l'Union européenne et de l'extrême-centre macronien : c'est le Tartarin d'Alphonse Daudet, ce collectionneur de casquettes hâbleur et vantard, qui fait croire à ses compatriotes tarasconais au terme d'un piteux voyage en Algérie qui l'a laissé sans le sou qu'il a tué moult fauves dont personne ne verra évidemment jamais les peaux dans sa ville natale.
Dans le rôle de Tartarin, Macron est excellent. C'est un personnage à sa mesure. C'est même peut-être par sa ressemblance morale avec lui qu'il acquiert enfin, pour la première fois de sa vie, quelque chose de vaguement français.
Car les Français aiment Tartarin, curieusement, et ne lui en veulent pas de ses mensonges ridicules, peut-être parce qu'ils ne prennent pas au sérieux la chasse au lion.
Trump, lui, s'apparenterait plutôt à Don Quichotte, mais sa singularité vient du fait qu'il est aussi, en même temps, Sancho Pança.
Le trumpisme est un donquichottisme, une affabulation carnavalesque autour d'une geste de chevalerie devenue impossible, qui emprunte la langue et les réflexes de Sancho pour paraître crédible. D'où ce côté baroque et comique, que les élites libérales et positivistes des deux rives de l'Occident n'apprécient pas.
Mais n'est-ce pas Picasso qui a dit un jour que le secret de l'Espagne résidait dans le fait que le Chevalier à la triste figure et son peureux valet ne formaient en réalité qu'une seule et même personne ?
Les Français, toutefois, sont-ils vraiment capables de croire qu'il suffit d'envoyer quarante bidasses se geler les fesses au milieu des pingouins pour désamorcer les volontés expansionnistes de Donald ou d'arraisonner - de façon totalement illégale - un navire civil soupçonné de transporter du gaz russe au large des eaux territoriales du Maroc pour intimider Poutine ?
Tout un essaim de plumitifs et de courtisans s'affairent depuis vingt-quatre heures pour nous le faire croire.
Sans dire l'essentiel : à savoir que ni Macron ni la dirigeante du gouvernement danois n'ont été mis au courant de l'accord passé entre Trump et Marx Rutte, le servile secrétaire général néerlandais de l'OTAN, dont ils ignorent encore, à l'heure qu'il est, la teneur.
Et sans trop insister sur le fait que le chancelier Merz s'est empressé de se désolidariser du Tartarin de l'Elysée pour complaire à Trump.
Rien ne doit gâcher le bonheur de Tartarin et de ses courtisans ébaubis. Tant pis s'il ne ramène pas de lions avec lui. A défaut on se contentera d'un cabri.
Dans le même temps, à Davos, le satrape mafieux de Kiev ne se gêne plus pour cracher à la gueule de ces Tartarins dérisoires qui viennent de s'endetter à hauteur de 90 milliards d'euros pour boucler son budget.
On ne sait plus chasser le lion, mais les putois, eux, sont bien là pour nous arracher la peau du cul. Surtout, prière de ne pas crier (seul un ancien Premier ministre belge, Elio Di Rupo, a osé protester) : si on se plaint des morsures d'un puant mammifère des bois, comment pourra-t-on prétendre affronter un jour un vrai fauve des montagnes d'Afrique ?
