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24 juillet 2026

Natalia Routkevitch
24/7/2026


Parmi les entretiens que j'ai eu l'occasion de mener, il y en a qui comptent plus que d'autres, et celui-là en fait évidemment partie.
Je suis heureuse de pouvoir le réaliser en ce moment précis, et je pense qu'il intéressera aussi beaucoup de mes amis et contacts, qui me posent régulièrement la question du changement d'attitude en Russie à l'égard de l'Europe. Non pas dans les discours officiels ou les médias les plus en vue, mais dans les communautés d'experts, les milieux universitaires, la société, chez les étudiants.
Retrouve-t-on en Russie la même volonté de faire barrage à la culture européenne que celle qui s'exerce aujourd'hui contre la culture russe en Europe ? Assistons-nous à une vraie rupture, appelée à durer longtemps ? Le pivot vers l'Asie est-il définitif ?
Mon interlocuteur est particulièrement bien placé pour en parler, car il enseigne, depuis plus de cinquante ans, l'histoire de la pensée occidentale à des étudiants russes (et pas seulement russes), auxquels il transmet sa passion et sa curiosité pour la culture européenne.
Contrairement à certains de ses collègues, qui prônent l'éloignement ou l'indifférence civilisationnelle envers l'Europe, il n'est ni indifférent à l'Europe ni sujet à une joie mauvaise de la voir diminuée et dégradée. Au contraire, il relativise la crise actuelle et garde l'espoir d'une renaissance européenne.
La raison de cette impossibilité d'être indifférent est simple. Elle est parfaitement résumée par un autre universitaire contemporain, Andreï Teslya, spécialiste, lui, de l’histoire de la pensée russe, qui disait, à propos des slavophiles, partisans d'une voie russe spécifique et opposés aux occidentalistes qui souhaitaient que la Russie copie le "modèle européen" :
« Les slavophiles se sont formés dans la culture européenne, ils ne se concevaient pas en dehors d’elle. Il ne s’agissait pas, pour eux, de formuler le rapport que la Russie devait entretenir avec l’Europe comme avec une entité extérieure, mais de définir la place de la Russie au sein même de l’espace européen. Le défi, ce n’était pas de devenir Européens (ils l’étaient déjà !), mais de comprendre quel type d’Européens ils voulaient être. Le choix, tel qu’ils le voyaient, était le suivant : se réfugier dans la culture des grands pays européens, déménager (mentalement, voire physiquement) dans le monde européen, ou concevoir l’européanité autrement, comme quelque chose qui ne s’acquiert pas mécaniquement.
Être Européen, cela veut dire être un Allemand, un Français, un Anglais, etc. Donc, être Européen en Russie, cela veut dire être un Russe. Ceux qui s’opposaient aux slavophiles en prétendant être des Européens faisaient fausse route, car l’“Européen abstrait”, l’Européen “en général”, n’existe pas ; il n’existe (et ne pourra exister) que dans une incarnation nationale. »
C'est un long read, l'article étant accessible dans son intégralité. Merci à « Géostratégiques » !

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