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21 juillet 2026

Gabriel Nerciat
21/7/2026

POUR L'HONNEUR ET LA MÉMOIRE DE MAURICE BARRÈS

Jour de colère.
Le nouveau cornichon socialiste que les Parisiens ont choisi comme édile a eu le culot et l'insigne saloperie de débaptiser la place Maurice-Barrès, située depuis un siècle dans le 1er arrondissement de la capitale, près de là où il vécut, pour lui donner le nom de l'épouse du capitaine Dreyfus (que personne ne connaît et dont tout le monde se fout bien).
On notera que ce minable et inculte inquisiteur de bac à sable n'appartient pas à cette gauche wokiste proche de LFI généralement adepte des grandes purges mémorielles ; il s'agit au contraire d'un terne notable social-démocrate issu de la bonne société parisienne, ami de François Hollande, lecteur de Erik Orsenna, mécène de Laurent Joffrin, et qui a dû vraisemblablement prendre la défense de Barbara Butch dans la récente affaire de Grenoble (peut-être qu'il lui donnera aussi le nom d'une rue parisienne dans quelque temps, sait-on jamais, puisque certains folliculaires sionistes la comparent déjà au capitaine alsacien injustement condamné par ses pairs).
Le maire de Paris s'est fendu d'un communiqué pour expliquer que Barrès, antidreyfusard résolu au moment de l'Affaire comme chacun sait, avait contribué à "nourrir la haine", ce qui justifiait qu'il fût exclu à la fois de la mémoire nationale et de la République tout court – alors qu'il fut élu et réélu député de Nancy puis de Paris pendant des décennies, et à sa mort eut droit à des funérailles nationales à Notre-Dame en présence du président de la République, du chef du gouvernement et du maréchal Foch. Paul Valéry et Edgar Degas, qui furent eux aussi des partisans de la culpabilité d'Alfred Dreyfus, n'ont qu'à bien se tenir : leur tour viendra.
Inutile bien sûr d'expliquer à ce cave qui n'a jamais ouvert un livre de littérature de sa vie (on a déjà précisé qu'il lisait les bouquins d'Orsenna) que Léon Blum comme Aragon ou Jaurès, dont Barrès fut l'ami personnel, considéraient l'auteur des Déracinés et de La Colline inspirée comme l'un des plus grands écrivains de son temps, ou encore que l'ancien militant boulangiste de la Lorraine annexée au Reich avait explicitement renié son antisémitisme après la guerre de 1914 en intégrant le judaïsme parmi ce qu'il appelait les "familles spirituelles de la France".
Il s'en moque. De toute façon, il doit mépriser Aragon, s'il sait vaguement qui c'est, au moins autant que Barrès. Et la littérature française elle-même, du cynique Roman de Renart jusqu'aux vénéneuses Fleurs du Mal, est peut-être tout entière suspecte à ses yeux de nuire aux bonnes mœurs vertueuses de l'espèce humaine en voie de patiente unification.
Ce qui ne l'empêchera pas, soyons-en sûrs, de s'indigner si la moindre municipalité RN débaptise une école Edouard-Glissant ou coupe des crédits à un quelconque festival Frantz Fanon ou Daniel Guérin en province.
Le pire est qu'aucun écrivain notoire, aucun académicien du quai Conti (allô Amin Maalouf ? Dis, tu sais qui a écrit Un Jardin sur l'Oronte ? Ce n'est pas Yasmina Reza ni Tahar Ben Jelloun et toi encore moins), aucun homme politique de droite ou d'ailleurs n'a jugé bon d'émettre le moindre tweet ou article pour défendre la mémoire et l'œuvre de l'antique prince de la jeunesse. Seuls des étudiants de la Cocarde parisienne et quelques journalistes de la presse Bolloré pas encore partis en vacances se sont émus. Il faudrait décidément écrire une suite à Leurs Figures.
C'est peut-être ce qui rend encore plus furieux et triste. Pour un peu, on en viendrait presque à regretter Jean d'Ormesson.
Face à la Bêtise à front de mouton, au cœur de cette Nation qui s'est si longtemps confondue avec l'amour de la langue et des livres, il n'y a même plus un seul lionceau pour rugir.
Les familles spirituelles de la France ne sont plus, ou bien elles se sont exilées loin de la France. Je ne sais laquelle des deux hypothèses est la pire.
En attendez, lisez ou relisez Barrès, et pas seulement pour emmerder les cons. C'est plus qu'un très grand écrivain ; c'est l'un des prophètes de notre temps, que De Gaulle, Proust, Mauriac et Montherlant avaient salué à ce titre.