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29 octobre 2026

Marc Amblard
20/10/2026

PETITE MISE AU POINT SUR LA RETRAITE PAR CAPITALISATION

Les commentaires que je lis parfois sous mes posts relatifs à la retraite révèlent malheureusement une vaste incompréhension du sujet. C’est un peu comme si des décennies de socialisme avait fait de la capitalisation un objet de dégoût et de défiance. Notre système éducatif y est probablement pour beaucoup. Remettons alors les choses à leur place.

1. NE PAS CONFONDRE CAPITALISATION ET BOURSE
Capitalisation n’est pas un gros mot. Capitaliser pour sa retraite, c’est économiser et placer pour subvenir à ses vieux jours. Je peux investir peu à peu cette réserve sur divers actifs : studios, chambres d’étudiant, chambres d’hôtel, terres agricoles, parkings, forêts, pièces d’or, d’argent, livrets d’épargne… Il n’y a pas que la bourse dans la vie.

2. NE PAS CONFONDRE FONDS DE RETRAITE ET FONDS DE PENSION D’ENTREPRISE
Les fonds de retraite par capitalisation mutualisés représentent plus de 95% des fonds actuels. Vos cotisations sont alors majoritairement placés sur des ETF (réservoirs d’actions recouvrant des centaines, voire des milliers des meilleures entreprises du monde), des obligations d’état, des métaux précieux...
N.B. les fonds de retraite US affichent historiquement des rendements annualisés de l'ordre de 7 à 8 % sur longue période.
Ce type de fonds n’a rien à voir avec celui consistant à accumuler des actions de l’entreprise à ses propres salariés. Il va sans dire que si l’entreprise en question dépose son bilan, les salariés perdent tout (voir le cas Enron). C’est très imprudent et plus aucun employé n’accepte de jouer à la roulette russe.
 
3. LA BOURSE EST TENDANCIELLEMENT HAUSSIÈRE. LES KRACHS SONT TOUJOURS RÉSORBÉS
L'histoire financière nous enseigne une réalité fondamentale : sur le long terme, les grands marchés boursiers ont une tendance haussière, portée par la croissance économique, les gains de productivité, l'innovation et les bénéfices des entreprises. Voir schéma.
Le krach de 1929, celui de 1987, l'éclatement de la bulle Internet en 2000, la crise financière de 2008 ou encore l'effondrement provoqué par la grippe de Wuan en 2020 ont tous été suivis d'un retour des indices à leurs précédents sommets, puis de nouveaux records.
Ce n'est qu'une question de temps et c'est précisément sur cette logique de long terme que repose la retraite par capitalisation : transformer une épargne régulière en patrimoine productif, puis laisser les années et les intérêts composés accomplir leur œuvre.

CONCLUSION
Le système français par répartition est confronté à un déséquilibre démographique structurel : toujours moins de cotisants pour financer toujours plus de retraités. Il est mécaniquement voué à l’échec. Le développement de la retraite par capitalisation apparaît donc comme une réponse complémentaire pour diversifier et sécuriser le financement des retraites.

26 octobre 2026

H16
26/10/2026

En France, tout va bien : le précipice est stable

Certes, Sébastien Lecornu est un gros nul, mais dans l’océan de ses lacunes surnage une rare compétence : transformer les non-événements en triomphes.


Vendredi soir, Moody’s a décidé de ne pas abaisser la note souveraine française, qui reste à Aa3 avec une perspective négative, ce qui a aussitôt permis au Premier ministre de se féliciter chaleureusement d’une décision qui « déjoue les pronostics », à l’instar d’un cancre médiocre rendu tout fier d’avoir échappé au redoublement grâce à l’indulgence du conseil de classe, alors que son bulletin s’aggrave de trimestre en trimestre.

Ces généreuses autocongratulations semblent cependant occulter le fait que, la veille, la France empruntait à dix ans à plus de 5,1 %, un sommet depuis 2002 faisant avec le Bund allemand un grand écart jamais vu depuis 2011. La France paie désormais plus cher que l’Italie, l’Espagne… et la Grèce.

En réalité, il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser : si Moody’s attribue cette note, c’est surtout car l’agence parie sur l’adoption d’un budget réduisant le déficit et sur un retour au calme social. Au moins, certaines agences de notation ont développé un sens de l’humour particulièrement caustique.


En effet, ce même vendredi, l’Assemblée rejetait violemment la partie recettes du budget de la Sécurité sociale avec un vote quasi soviétique par 115 voix contre… une. Quant au budget de l’État, son examen a été suspendu après que les députés l’ont si consciencieusement amendé que le ministre des Comptes publics a dû constater une dégradation du déficit de 10 milliards d’euros. Le texte revient du diable vauvert mardi, avec quelque 2 600 amendements en souffrance, ce qui laisse heureusement toute latitude pour faire pire.

Bref, on sent que cette « Iperspective négative » n’est qu’un sursis. D’ailleurs, ça tombe bien, S&P, qui avait déjà dégradé la France l’an passé, rendra sa copie le 27 novembre.


On rigole, on s’amuse, mais il est vrai que les marges de manœuvre du gouvernement sont un peu étroites. Nulles, en fait.

L’impôt ? Le taux de prélèvements obligatoires doit encore grimper de 43,9 % à 44,2 % du PIB en 2027. Le pays truste déjà les podiums mondiaux en la matière, chaque nouvelle taxe rapporte un peu moins que la précédente, et les contribuables les plus mobiles ont depuis longtemps repéré la sortie. Les autres, qui ne rapportent plus ou pas encore, mais qui contribuaient quand même à la vie économique du pays, vont bientôt les rejoindre. Youpi.


La croissance ? Le budget table sur 1 % en 2027 – avec une crédibilité nulle – quand 2026 devrait péniblement finir vers 0,4 % au mieux. Seb et ses ministres appellent cela une « hypothèse » mais partout ailleurs, on parlerait plutôt d’une hallucination collective. Youpi.


Ah, et les taux ? Ils ne se décident plus à Paris mais à Francfort et sur les marchés, et avec une inflation à 3,1 % en septembre, personne n’attend la moindre détente.

Bon et que dire des dépenses, alors ?

Rien justement : alors qu’il y a tout à faire en la matière, « rien » semble être le leitmotiv gouvernemental : envisager des retouches sur les pensions déclenche immédiatement des salamalecs poisseux de tout le banc gouvernemental, le plus petit coup de rabot sur une aide sociale provoque des atermoiements sans fin, et face à la colère sociale qui monte, le gouvernement n’a trouvé qu’une réponse ridicule : avancer de quelques semaines la revalorisation automatique du SMIC, soit une quinzaine d’euros nets par mois, maquillant un changement de date en geste social.


Pendant ce temps, la dette s’auto-alimente avec un bel appétit : la charge d’intérêts atteindra 91 milliards d’euros en 2027, loin devant l’Éducation et la Défense, avant de dépasser les 100 milliards dès 2028. On augmentera gaillardement ces intérêts de 12 milliards tous les ans, soit ce que les députés viennent d’ajouter au déficit en quelques séances venteuses. Les prétendus efforts ne compensent même pas. On rame de plus en plus fort pour rester sur place, et on y échoue.

L’ironie de la situation est de surcroît visible jusque dans les rues. Ces intérêts pèsent près de sept fois le budget de la Justice et plus de quatre fois celui de la police, de la gendarmerie et des secours, alors que le 17 octobre dernier, des pillages et des violences d’une ampleur inédite ont frappé une vingtaine de villes. L’État qui se mêle de tout, du prix de l’électricité au taux de sucre des sodas, ne fait plus rien de bien et n’arrive même plus à garantir la seule chose pour laquelle on l’a inventé : la sécurité des personnes et des biens.

En pratique, le seul vrai levier est celui qu’aucun de ces clowns ne veut toucher : recentrer l’État sur le régalien et rendre le reste aux Français. Et manque de pot, incompétence, désir d’avenir d’emmerder les Français ou simplement sabotage, ceci ne figure dans aucun programme.


Pendant ce temps, la suite s’écrit quasiment sans tenir compte des gesticulations de nos dirigeants. Les mouvements sociaux se multiplient : le 17 a fait place au 24 puis au 31 octobre ; le 5 novembre, cinq syndicats appellent à la grève interprofessionnelle. Le 17 novembre, l’Assemblée votera (ou pas) un budget frankensteinesque que le Sénat recoudra en vrac avant un compromis de façade. Le 27, S&P mettra son grain de sel et le 17 décembre, le délai constitutionnel de 70 jours expirera, ce qui pourrait bien nous valoir une loi spéciale comme l’an dernier.

Avec une campagne présidentielle qui sent déjà le moisi et qui va pourtant entrer dans sa dernière ligne gauche, les promesses vont pleuvoir dru, et aucune ne parlera d’économies : retraites, SMIC, blocage des prix, chèques en tout genre, demandez et vous serez exaucé… Ou presque, car dans le même temps, l’État devra trouver près de 340 milliards d’euros sur les marchés qui verront probablement les choses autrement.

Sur le papier, on sait comment cette histoire se termine. La Grèce l’a vécue avec Athènes sous la tutelle de la troïka (Commission européenne, BCE et FMI) de 2010 à 2018 : trois plans d’aide, des pensions et des salaires largement amputés, des privatisations à marche forcée, un quart du PIB évaporé et un chômage au-delà de 25 %.

Ces réformes que les Grecs ne voulaient pas se sont imposées pour rembourser un train de vie en décalage complet de leur richesse réelle.

Et sur le papier, la France devrait en passer aussi par là… Avec la différence de taille : en 2010, la dette grecque tournait autour de 330 milliards d’euros ; la française dépasse aujourd’hui les 3 400 milliards, soit dix fois plus. La Grèce a pu être « sauvée » parce qu’elle était petite. Pour la France, ni le Mécanisme européen de stabilité ni le FMI n’ont les poches assez profondes, et les effets de bord seraient d’une tout autre violence : banques gavées d’OAT, assurances-vie des épargnants en première ligne, contagion immédiate à l’Italie et, pour finir, l’euro puis, possiblement, l’Union européenne elle-même sur la table.

Ce qu’aucun gouvernement français n’a eu le courage de proposer, un technocrate étranger pourrait bien l’imposer en quelques semaines. Et ce pourrait n’être même pas suffisant.

Forcément, cela va très bien se terminer.


https://h16free.com/2026/10/26/85551-en-france-tout-va-bien-le-precipice-est-stable

11 octobre 2026

Gilles Casanova
11/10/2026


Le Royaume-Uni emprunte 0,70 % plus cher que la France (5,50%).
Le Japon a 93,3 % de taux d'endettement/PIB de plus que la France.
Cependant leurs médias n'annoncent pas la faillite.
En 1983, les médias français annonçaient déjà la faillite quand la dette française n'était que de 23 % du PIB !
Réfléchissez…

7 octobre 2026

Gastel Etzwane
7/10/2026

Vue des États-Unis, la France est entrée dans une spirale infernale


La France n’est plus seulement, à l’étranger, le pays des Lumières, du luxe ou de la dissuasion nucléaire. Vue des États-Unis, elle est devenue le pays qui inquiète : une grande économie occidentale engagée dans une spirale d’endettement dont personne ne voit clairement comment elle pourrait sortir.
Le 5 octobre 2026, le Wall Street Journal a consacré un long format à « l’appétit de la France pour l’argent magique », devenu une « bombe d’endettement ». Le constat est qu’après des années de dépenses excessives, le pays a quitté le rang des économies européennes jugées solides pour devenir l’un des maillons faibles du continent, avec des investisseurs qui s’attendent désormais au pire. Le lendemain, l’article figurait en une du site du journal, tandis que le Financial Times décrivait la même trajectoire. La dette française n’est plus un problème intérieur. Elle devient un sujet d’inquiétude international.
Et ce qui inquiète n’est pas une appréciation idéologique : ce sont les marchés. La France emprunte désormais plus cher que la Grèce et l’Italie, les anciens malades de la crise des dettes souveraines. Son déficit ne serait dépassé, parmi les grandes économies comparables, que par celui des États-Unis. Le taux français à dix ans s’est approché de 5 %, un niveau inédit depuis 2002. Selon l’Insee, la dette atteignait 3 595,5 milliards d’euros à la fin du deuxième trimestre 2026, soit 119 % du PIB. Plus de 1 000 milliards supplémentaires en neuf ans.
Et le plus difficile est encore devant. Plus de 1 000 milliards de dollars de dette doivent arriver à échéance d’ici 2030. Dès l’an prochain, Paris devra émettre environ 380 milliards de dollars, un record, alors que la Banque de France réduit son portefeuille et que certains acheteurs étrangers traditionnels, notamment japonais, se sont retirés. Une étude commandée par Bercy prévoit une hausse de 59 % de la charge de la dette d’ici 2030. Celle-ci pourrait alors dépasser les dépenses militaires. Le gouverneur de la Banque de France parle d’un « étau progressif ».
Mais la fragilité française n’est pas seulement financière. Elle est aussi politique. Le pays n’a plus équilibré un budget depuis 1974. Le déficit est resté supérieur à 5 % du PIB trois années consécutives et pourrait atteindre 6,8 % en 2030 si rien ne change. Chaque tentative sérieuse de réduction des dépenses se heurte à une Assemblée éclatée en trois blocs, incapable de dégager une majorité durable. Et à l’approche de la présidentielle, les principales forces politiques promettent davantage de dépenses plutôt qu’un assainissement : Marine Le Pen envisage un retour de l’âge de départ à la retraite jusqu’à 60 ans ; Jean-Luc Mélenchon propose d’effacer les 488 milliards d’euros de dette française détenus par la Banque de France.
C’est là que la spirale devient infernale : une dette immense impose de réduire les déficits ; la situation politique rend cette réduction presque impossible ; l’impuissance politique inquiète les prêteurs ; cette inquiétude renchérit le coût de la dette ; et ce coût réduit encore les marges de manœuvre d’un État qui dépense déjà beaucoup plus qu’il ne prélève.
L’expression d’« argent magique » n’est d’ailleurs pas américaine. Elle vient de Sylvain Maillard, député du camp présidentiel, évoquant ce réflexe français consistant à toujours demander à l’État « un peu d’argent magique, pour payer, payer, payer ». Le Wall Street Journal raconte ainsi comment Emmanuel Macron, arrivé au pouvoir avec l’image d’un banquier décidé à remettre les comptes en ordre, a fini par financer crise après crise : Gilets jaunes, Covid, bouclier énergétique, « quoi qu’il en coûte ». Des mesures exceptionnelles sont devenues des dépenses durables. Fin 2023, le Trésor alertait déjà Bruno Le Maire sur l’effondrement des recettes. Puis est venue la dissolution. Selon un conseiller de Gabriel Attal cité par le journal, 2024 constituait peut-être l’une des dernières fenêtres permettant encore de réduire proprement le déficit. Elle s’est refermée.
C’est cela que voient désormais New York et Londres : non plus une grande puissance traversant une mauvaise passe budgétaire, mais un pays pris dans un mécanisme qui s’auto-entretient. Une dette proche de 120 % du PIB, des taux supérieurs à ceux de la Grèce et de l’Italie, des centaines de milliards à refinancer chaque année, une charge d’intérêts qui explose, une majorité introuvable et une présidentielle qui promet déjà une nouvelle surenchère de dépenses.
La France est en train de changer de réputation. Hier encore, elle intriguait par son modèle. Aujourd’hui, elle inquiète par sa fragilité. Et lorsque la première presse financière mondiale commence à présenter en une la deuxième économie de la zone euro comme un risque, le problème n’est plus seulement français. Il devient européen et, vu des grandes économies occidentales, franchement préoccupant.

2 octobre 2026

Jacques Cotta
2/10/2026

Un budget qui repose sur l'arnaque, le vol minutieusement organisé avec la complicité de la presse qui n'en dit mot...

Cliquer sur l'image ↴

20 septembre 2026

Gabriel Nerciat
20/9/2026

L'ARME DE LA DETTE, UN CRIME PAR PRÉMÉDITATION


Il est curieux que personne ne s'interroge vraiment sérieusement sur l'origine et les causes de l'explosion de la dette publique en France depuis 2017 (même si le grand dérapage commence en fait dès l'époque de Sarkozy, dix ans plus tôt, dissimulé à l'époque par la crise des subprimes, comme il le sera plus tard par l'épidémie de covid et les contraintes du despotisme sanitaire qu'elle permettra impunément de mettre en place).
Je veux dire : autrement qu'à l'aide d'une banale vision analytique adossée à une vague expertise comptable, comme à peu près tous les commentateurs libéraux, de ce vieux charlatan de François de Closets dans les années 1970 jusqu'au minable FOG aujourd'hui, en passant par tous les Bouzou et les Fiorentino de la Terre, nous en servent régulièrement depuis des lustres.
Il est quand même frappant que le premier acte politique d'Emmanuel Macron ait été le bradage d'Alstom au profit de General Electric et le dernier, si l'on peut dire, le refus obstiné de baisser la TVA sur le prix de l'essence en raison de l'augmentation des taux d'intérêts sur les titres à dix ans de la dette obligataire française.
À croire que cet homme improbable, pure création des réseaux Attali et ancien associé de la banque Rothschild, n'a jamais eu d'autre dessein depuis son arrivée au cœur des pouvoirs exécutifs de la République que celui de conforter le bilan comptable de quelques entreprises multinationales anglo-saxonnes ou des grandes banques d'affaires institutionnelles et des fonds privés qui sont les principaux détenteurs des obligations d'État (le versement de leur tribut annuel – ce qu'on appelle le service de la dette – deviendra, quand il quittera l'Élysée, le premier poste budgétaire de l'État, ce qui ne s'est jamais produit en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale).
Non seulement, à suivre les cours de bourse, ces créanciers privés, français et internationaux, se sont enrichis aussi éhontément que la moyenne des Français eux se sont plutôt appauvris (surtout en termes de parité de pouvoir d'achat), mais – plus grave encore – les marges de manœuvre de l'État se réduisent désormais d'autant plus que son incapacité pathétique à assumer les fonctions régaliennes les plus basiques devient flagrante.
Or l'exemple de l'Italie devrait nous faire réfléchir : c'est l'importance de la dette publique italienne, jointe aux dotations exceptionnelles de la Commission von der Leyen, qui a contraint Giorgia Meloni à abandonner l'essentiel de ses promesses électorales après son entrée au palais Chigi, il y a quatre ans.
Il n'est pas impossible que le calcul de Macron et des oligarques qui le manoeuvrent soit de rendre l'État tellement paralysé par son surendettement que ses futurs dirigeants ne soient plus en mesure de refuser à Bruxelles aucun nouveau transfert de souveraineté (c'est la question de la fusion des marchés de capitaux, et celle du passage au vote à la majorité qualifiée pour les questions de diplomatie et de défense, qui sont désormais assumées publiquement par Ursula von der Leyen, si l'on en croit son dernier discours solennel prononcé mercredi à l'assemblée de Strasbourg).
Dès lors, Emmanuel Macron ne serait pas l'énarque hautain et incompétent que décrit tous les jours Pascal Praud sur C-News.
Ce serait bien plutôt un dirigeant matois, pervers, cynique et résolu qui aura accompli une oeuvre de destruction parfaitement préméditée de la souveraineté française, en parfaite continuité avec celle qu'entreprit l'ancien maréchaliste François Mitterrand au début de son second septennat.

16 septembre 2026

H16
16/9/2026

Économie française : l’impasse gouvernementale est totale

La rentrée est là et les nouvelles économiques françaises reviennent de vacances et cette année, elles ne reviennent pas franchement bronzées…

Par exemple, l’INSEE vient d’abaisser sa prévision de croissance pour 2026 à 0,4 %, contre 0,7 % auparavant. D’ailleurs, le premier semestre a été révisé à la baisse : −0,2 % au premier trimestre, 0,0 % au deuxième, dans une quasi-récession ou un encéphalogramme plat que le gouvernement espère agrémenté de quelques soubresauts d’ici décembre, en restant obstinément calé sur un 0,7 % de croissance, après 0,9 % en avril et 1 % dans le budget initial.

Au-delà du constat, l’INSEE constate qu’« À rebours de ses voisins, l’économie française a décroché ». Dorian Roucher, responsable de la conjoncture à l’Insee, précise que la croissance française serait « trois fois moins » importante que celle de la zone euro ou du Royaume-Uni.


Depuis le printemps, chaque révision gouvernementale avait été dûment imputée à la « loi spéciale » et au « conflit au Moyen-Orient ». Or, nos voisins européens et les Britanniques subissent la même guerre, le même pétrole hors de prix, le même détroit d’Ormuz tendu comme un Gabriel Attal sous coke et, pour ceux de la zone euro, la même BCE qui remonte ses taux. Et pourtant, ils s’en sortent, sinon brillamment, du moins nettement mieux. Si la conjoncture est la même pour tous et que seule la France décroche, c’est que la France traîne des boulets bien à elle.

L’INSEE les liste d’ailleurs avec la pudeur euphémistique des institutions publiques : le décrochage tient « notamment » à une situation budgétaire difficile, et l’investissement des entreprises, qui repasserait dans le rouge cette année, serait « plombé par des perspectives de demande atone et un coût du capital en hausse ».

Ben tiens.

Il faut dire qu’avec le taux de la dette française à dix ans qui a franchi les 4,3 % (du jamais-vu depuis 2008), le capital se fait plus cher puisque c’est la référence sur laquelle se cale tout le crédit du pays. Sans surprise, l’investissement des entreprises recule donc (−0,3 %), celui des ménages plus encore (−1,3 %), la croissance s’étiole, les recettes fiscales suivent, le déficit se creuse, l’État emprunte davantage, les taux remontent, les politiciens s’agitent, Marine Tondelier émet des couinements et les portes de l’Enfer émettent un petit grincement en s’ouvrant davantage.

Eh oui : l’État n’est plus une malheureuse victime du ralentissement mais son moteur.

Chaque euro qu’il accapare pour boucler ses fins de mois manque à ceux qui produisent, et chaque dixième de point sur l’OAT se paie en usines qui n’ouvrent pas et en maisons qui ne se construisent pas.

Ce qui fait une facture de plus en plus poivrée : au premier semestre, l’État a déjà versé 34,5 milliards d’euros d’intérêts, en hausse de plus de 18 % sur un an, soit davantage que le budget annuel de la Justice. Cet été, un nouveau déficit est même apparu dans les comptes du pays : selon la Banque de France, la balance des revenus, encore légèrement positive il y a un an, affiche désormais près de 10 milliards d’euros de déficit sur douze mois. La France verse maintenant au reste du monde plus de revenus, intérêts en tête, qu’elle n’en perçoit.


C’est assez logiquement que Goldman Sachs et Deutsche Bank proposent maintenant à leurs clients des paniers d’obligations pour parier sur les suites de la présidentielle 2027. Les banquiers new-yorkais mettent déjà un prix sur une faillite possible que nos politiciens refusent de voir.

Face à ce tableau, le gouvernement s’agite.

En juillet, il a réuni un « comité d’alerte des finances publiques » pour « donner un cap ». Il a annoncé une sorte d’économies de Schrödinger, à la fois annoncées et introuvables, dont la moitié des 10 milliards prévus pour 2026 reste sans le moindre détail.

Le piège est déjà visible, déjà refermé et bien illustré avec ce qui se passe sur les carburants : le gazole dépasse les 2,29€/l, un record depuis le début de la guerre, et Bercy reste « défavorable » à toute mesure générale, au motif que « la situation des finances publiques ne nous semble pas permettre ce type de mesure ».

Ce n’est pas faux, l’État n’a effectivement plus les moyens de rendre le moindre centime, et ce, même si la crise ne lui coûte rien : fin août, les recettes fiscales sur les carburants dépassaient de 9 millions d’euros leur niveau de l’an dernier : la TVA, gonflée par les prix, a compensé presque au million près la baisse des accises, due à une consommation en recul de 5,5 %. Les Français paient donc des prix records et roulent moins (ce qui affaiblit la croissance) pendant que le fisc encaisse comme si de rien n’était. À la place d’une baisse de taxes, on distribue 1,4 milliard d’aides ciblées, avec les formulaires, les critères et les guichets qui vont avec, payés avec vos sous.


Le piège est donc refermé. Baisser les impôts ? Bercy vient d’écrire que c’est impossible. Baisser les dépenses ? Impossible aussi pour une classe politique qui a les yeux rivés sur avril 2027. Emprunter davantage ? Chaque euro emprunté coûte désormais plus cher que ce qu’il rapporte en croissance. Faire tourner la planche à billets ? Elle est à Francfort et elle n’est pas d’accord. Et les ménages n’offrent plus aucun amortisseur : l’inflation remonterait à 2,9 % d’ici décembre et leur pouvoir d’achat reculerait de 0,4 % sur l’année.

Que reste-t-il alors pour nos pitres aux commandes ?

La croissance miracle vient d’être revue à la baisse. Le sauvetage européen existe, mais la BCE réserve ses instruments aux pays qui tiennent leurs engagements budgétaires, et il arriverait avec des technocrates chargés d’imposer les coupes que Paris n’a jamais osé faire.

La seule solution qui se prépare en coulisses, c’est d’aller chercher l’argent là où il se trouve, dans l’épargne des Français, en poussant banques et assureurs à se gaver d’obligations d’État, en « orientant » l’assurance-vie et le reste ou en inventant une « contribution exceptionnelle ».

La seule vraie solution, tout le monde la connaît : couper franchement la dépense publique. Pas en ralentir la hausse, comme c’est l’habitude des clowns vides qui occupent l’actualité, mais bien la couper, c’est-à-dire supprimer des pans entiers d’un État obèse et rendre aux Français une partie de ce qu’on leur prend. Solution ô combien douloureuse, impopulaire et sans effet visible avant 2027, et donc inévitablement invisible pour la brochette de saboteurs au pouvoir.

L’incident financier viendra donc probablement d’un déclencheur : une note dégradée, une adjudication boudée, un gouvernement renversé, un résultat électoral qui affole ces marchés sur lesquels on parie déjà. La spirale est lente, parce que la vieille dette bon marché ne se renouvelle que progressivement, et c’est précisément ce qui permet à Bercy de faire semblant de ne rien voir.

« Plafonner, c’est organiser la pénurie », dit Bercy. En plafonnant enfin ses dépenses, peut-être parviendrait-il à organiser la pénurie d’impôts ? Ne rêvez pas, cela n’arrivera pas.


https://h16free.com/2026/09/16/85250-economie-francaise-limpasse-gouvernementale-est-totale

8 septembre 2026

Jean Mizrahi
7/9/2026

La France est-elle devenue décadente ?
 
Je lis ce matin deux résultats d’un sondage commandé par le HuffPost. Ils sont édifiants. 43 % des Français seraient favorables à une annulation de la dette détenue par la BCE, contre seulement 27 % qui y seraient opposés. Plus de la moitié refuseraient par ailleurs une sous-indexation des retraites. Plus frappant encore, cette opposition reste très forte chez les jeunes, qu'on étrangle financièrement et qui seront appelés à payer demain les engagements pris aujourd’hui, un suicide incompréhensible. Dans le même temps, un autre sondage indiquait récemment que 89 % des Français se disent préoccupés par la dette publique. Dit autrement : j'ai peur que ma voiture rencontre le mur, mais je ne veux pas qu'on freine.
Voilà donc où nous en sommes : les Français s"inquiètent massivement de la dette, mais refusent majoritairement les mesures qui permettraient de la réduire. Ils veulent simultanément moins de dette, autant de dépenses, autant de transferts, autant de retraites et, si possible, moins d’impôts. Cela porte un nom : le déni. Pourtant, tout est désormais sous nos yeux. La dette continue d’augmenter, les déficits ne sont plus maîtrisés, la charge des intérêts progresse, notre système de retraite pèse de plus en plus lourdement sur les finances publiques, les prélèvements obligatoires comptent déjà parmi les plus élevés du monde développé et la croissance reste insuffisante pour rendre soutenable cette dérive. Tous les voyants sont au rouge et une grande partie du pays continue pourtant de raisonner comme si l’économie pouvait être abolie par décret.
Il n’y a pas cinquante solutions pour sortir de cette impasse. Il faut remettre les retraites en rapport avec ce que les cotisations permettent réellement de financer, puis engager une réflexion de fond sur un système qui fait peser une charge toujours croissante sur les actifs. Il faut réduire les transferts et les dépenses qui étouffent les entreprises et amputent les salaires. Il faut enfin s’attaquer massivement à l’accumulation réglementaire qui ralentit l’investissement, l’innovation et la croissance. Car sans croissance, nous entrerons durablement dans une trappe à dette : davantage d’intérêts, davantage d’impôts, moins d’investissement, moins de croissance, puis davantage de dette.
La dette, elle, ne disparaîtra pas par l’opération du Saint-Esprit. Il n’existe que deux chemins.
• Le premier est celui de la faillite. La France peut un jour se retrouver incapable d’honorer normalement ses engagements. Un défaut français provoquerait un séisme financier majeur, compte tenu de la taille de notre économie et de notre dette. L’accès au financement deviendrait extrêmement difficile et extrêmement coûteux. La conséquence concrète serait brutale : fonctionnaires non payés, appauvrissement du pays, chute de l’investissement, contraction de l’activité et baisse du niveau de vie.
• Le second chemin est celui du redressement. Il consiste à développer l’économie, à accroître durablement le PIB, à réduire les déficits puis à dégager des excédents budgétaires. Cela suppose des efforts, des arbitrages et l’abandon d’un certain nombre d’illusions. Mais au terme de ce chemin, les Français peuvent être plus riches et le pays plus solide.
Nous approchons rapidement du moment où ce choix ne pourra plus être évité. Continuer comme aujourd’hui n’est pas une politique, c’est simplement repousser l’échéance. La dernière trouvaille consiste à proposer l’annulation de la dette détenue par l’Eurosystème, autrement dit notamment par la Banque de France dans le cadre des opérations de la BCE. L’idée fait rêver parce qu’elle donne l’impression qu’il suffirait d’effacer quelques lignes comptables pour régler le problème. Elle est surtout politiquement commode : personne ne paierait, personne ne perdrait rien et la dette disparaîtrait. Malheureusement, le monde réel ne fonctionne pas ainsi.
Les pays du nord de l’Europe s’y opposeraient avec la plus grande fermeté. La progression de l’AfD en Allemagne ne rendra certainement pas l’opinion allemande plus disposée à accepter une mutualisation ou un effacement des dettes publiques françaises. Les autres États fortement endettés réclameraient immédiatement le même traitement. Pourquoi l’Italie, l’Espagne, la Belgique ou la Grèce accepteraient-elles que la France bénéficie seule d’une telle faveur ? La crédibilité de l’ensemble du dispositif monétaire européen serait alors atteinte. Les investisseurs intégreraient immédiatement la possibilité que la dette publique ne soit plus une créance intangible mais une variable politique. Le prix du risque augmenterait, les taux pourraient encore plus monter et les financements se raréfier précisément au moment où la France continue d’emprunter pour couvrir ses déficits. Et il existe une difficulté encore plus élémentaire : le financement monétaire direct des États par la BCE se heurte au cadre juridique des traités européens.
Mais surtout, même si l’on imaginait un instant l’opération possible, elle ne réglerait rien au problème de fond. Effacer une fraction finalement assez faible du stock de dette tout en conservant les mêmes déficits revient à vider une baignoire sans fermer le robinet. Quelques années plus tard, nous retrouverions la même dette, aggravée entre-temps par la défiance que nous aurions nous-mêmes provoquée.
Au vu des sondages, il est malheureusement probable que Jean-Luc Mélenchon et d’autres continueront à défendre cette idée. Politiquement, elle est efficace parce qu’elle permet de promettre que le problème peut être résolu sans effort. Une démocratie entre en décadence lorsqu’elle ne supporte plus qu’on lui dise que deux et deux font quatre, lorsqu’elle préfère la promesse agréable à la réalité désagréable, lorsqu’elle réclame simultanément la dépense et son effacement, les avantages et le refus de les financer, l’indépendance et le refus d’en payer le prix. Nous en sommes dangereusement proches.
Que faudra-t-il pour que le pays se réveille ? Que les taux d’intérêt atteignent des niveaux insupportables ? Que le Trésor rencontre des difficultés à refinancer une échéance ? Qu’une crise financière nous impose en quelques semaines des décisions que nous refusons depuis vingt ans de prendre volontairement ? Ce jour-là, nous découvririons une vérité que l’histoire économique enseigne sans relâche : lorsqu’un pays refuse trop longtemps les efforts qu’il pourrait choisir dans la sérénité, les circonstances finissent par les lui imposer avec une extrême brutalité. Il est encore temps de choisir le redressement, mais il faut d’abord accepter de regarder la réalité en face.

4 septembre 2026

Marc Amblard
4/9/2026

Un salarié moyen en France verse 1.000 € par mois pour sa retraite (parts employeur & salarié). Si ce montant avait été placé sur la bourse US (moyenne : 10% par an depuis un siècle), il disposerait d'un capital de 4,5 millions € en fin de carrière.
Mais est-ce réellement risqué ?
En France, la Bourse reste souvent assimilée à la spéculation et au risque de perdre son épargne. Cette perception confond le risque à court terme avec le risque à long terme. Un placement en actions peut effectivement perdre une fraction importante lors d'une crise. Mais un salarié qui épargne pour sa retraite ne raisonne pas sur six mois : son horizon est généralement de 30 ou 40 ans.
L'histoire du marché américain est à cet égard particulièrement instructive. Le S&P 500 a traversé la crise de 1929, des guerres, les chocs pétroliers, l'éclatement de la bulle Internet, la crise financière de 2008 et la pandémie de Covid. Malgré ces événements, sa tendance est spectaculaire, y compris après correction de l'inflation, comme le montre le graphique.
La raison est simple : acheter un ETF indiciel diversifié revient non pas à parier sur une entreprise, mais à détenir une fraction de centaines des plus grandes entreprises américaines et internationales.
Le véritable risque pour un jeune salarié n'est donc pas nécessairement d'investir en Bourse. Il est de ne jamais y investir. La Bourse reste volatile et aucune performance future n'est garantie. Mais avec des versements réguliers, une très large diversification, le risque est très faible sur longue période.

26 août 2026

H16
24/8/2026

Budget 2027 : aucun stress. Détendez vous. Ça ira. Mais si.

Alors mes petits amis, écoutez moi bien : il faut en finir avec la désinformation, scrogneugneu !

Certains, avec un toupet assez phénoménal, ont été prétendre sur les intertubes que le prochain budget 2027 verrait la suppression des APL, le gel du RSA, la remise en cause du crédit d’impôt à la personne, une hausse de l’impôt sur le revenu, la peste, le choléra et les écrouelles pour les gueux et pas de rab de frites à la cantine de l’Élysée.


C’est, bien évidemment, complètement faux et Sébastien Lecornu, le Premier Ministre, s’en est ouvert sur X, le sourcil froncé et l’air grave, dénonçant de méchantes mesures inventées pour inquiéter les Français. Seb nous l’a bien dit : « calmez-vous, le budget 2027 est à peine esquissé enfin, voyons ! »

Ah et en ce qui concerne le gel partiel des pensions de retraites pour les pensions dépassant 3.000 euros, évoqué par des ministres eux-mêmes et travaillé du côté de Bercy ?

Euh eh bien c’est en effet bon en fait et alors c’est-à-dire que mais enfin cependant avez-vous noté qu’une trentaine de références de préservatifs non conformes, vendues en ligne et en pharmacie ces derniers mois, sont susceptibles d’entraîner des grossesses non désirées ou des infections sexuellement transmissibles ?

Hum, pardon ? Mais pourquoi vous insistez avec cette histoire de retraites ? Il y a aussi cette tiktokeuse retrouvée morte et partiellement calcinée dans le Gard et…

Non ? Vous voulez vraiment évoquer ce qui s’est passé ces dernières semaines sur le plan économique en France ? Vous êtes vraiment excités ! Il n’y a pourtant pas de quoi !

Vous voulez vraiment évoquer le taux des emprunts d’État qui chatouille les 4,10% par le mauvais bout, ce qui ne lui était plus arrivé depuis 2008 ? Vous voulez vraiment vous attarder sur la cible de déficit pour 2027 qui recule discrètement de 4,5 % à 4,9 % du PIB ? Vraiment ? Et pourquoi agiter ce rapport de l’Inspection générale des finances qui alerte, le 20 août, sur les « risques majeurs » d’une loi spéciale prolongée ?

Tout ceci est très anxiogène, enfin !

Il faut se détendre, les avis de taxe foncière ne tomberont pas avant le 27, et le verdict de l’agence de notation Fitch ne tombera que le 28.

Pas de quoi s’exciter, allons franchement !


D’ailleurs, des mesures discrètes mais certainement efficaces sont déjà prises et ce d’autant plus que l’administration n’a plus un centimètre de marge.

Cela explique pourquoi la Direction générale du Trésor réfléchit à sortir les ETF synthétiques exposés hors d’Europe du champ du PEA, c’est-à-dire à fermer une des rares portes qui poussaient encore l’épargnant français vers les actions plutôt que vers la pierre. La taxe foncière augmente automatiquement pour 7,4 millions de logements. Les surtaxes présentées comme « temporaires » pourraient rester en place parce que le besoin est fort et l’adjectif est faible.

Et puis on regarde du côté des niches : crédit d’impôt pour l’emploi à domicile, abattement de 10 % sur les pensions, pacte Dutreil, crédit d’impôt recherche, tout ce qui reste attaché à quelqu’un est potentiellement remis en question étudié.

Après tout, l’État emprunte cette année 310 milliards d’euros à moyen et long terme (montant record, Champion mon frère !) sans budget voté et sur la seule autorisation d’une loi spéciale. Avec une dette publique qui franchit les 3.500 milliards, la charge d’intérêts dépasse désormais le budget de la Défense et, bon, il faut bien que quelqu’un paie.

Ce quelqu’un, cela ne peut pas être un autre que le retraité, le salarié, le chômeur, l’entreprise, le fonds de placement, l’épargnant. J’en entends qui murmurent « et la bureaucratie obèse ? » sans comprendre que sans elle, personne ne produirait les rapports montrant où l’argent peut se trouver. Eh oui !


Et surtout, il ne faudrait pas oublier l’autre côté de l’équation : il reste 9 mois avant la présidentielle et on ne fâchera personne en donnant.

Du coup, le leasing social a rouvert son guichet le 16 juillet : 50.000 véhicules électriques, une aide allant jusqu’à 9.500 euros, des loyers à partir de 94 euros par mois, et 20.000 dossiers déposés en 15 jours. Comme le dit le ministre de l’Économie, à ce rythme, on arrivera très vite au plafond. Youpi, quoi.

Au passage, rassurez-vous : les 401 millions d’euros de ce leasing ne sortent pas du budget de l’État, ils transitent par les Certificats d’Économies d’Énergie, versés aux professionnels par des fournisseurs qui répercutent la charge sur les factures. Certes, la dépense existe mais elle est simplement sortie du périmètre où on la compte. Oui, l’État n’a plus un sou, oui, il distribue toujours mais par une tuyauterie qui n’apparaît pas au déficit. Youpi, quoi.

Vous pensez qu’on fait les malins avec ce genre de plomberie comptable ? Attendez de voir ce qu’on sait faire en statistiques !

Par exemple, en avril 2026, l’indice Insee de confiance des ménages résumait huit soldes d’opinion, dont la capacité d’épargne actuelle et future, l’une et l’autre en dégradation continue. Mais en juin, il n’en résume plus que six et les deux soldes gênants ont été retirés pour composer un indicateur séparé, sobrement baptisé « climat de l’épargne » avec comme résultat que la confiance « repart à la hausse » même si le climat de l’épargne se dégrade. Tout est documenté, tout est méthodologiquement défendable. Du cousu main. Youpi, quoi.

Pas besoin de s’étendre sur les autres indices comme le chômage qui atteint 8,3 % au deuxième trimestre à son plus haut niveau depuis la crise sanitaire ce qui, après le sixième trimestre d’application de la « loi pour le plein emploi », représente un bel exemple de réussite macronienne.


C’est un peu comme les défaillances d’entreprises qui dépassent 70.000 sur 12 mois (un niveau qu’on n’avait vu ni en 2008, ni pendant la crise des dettes souveraines) avec les prêts garantis par l’État qui arrivent massivement à échéance cet été : on voit bien que ça peut stresser, mais voilà, on ne stresse pas. Pas du tout. Youpi, même.

Restons-en donc sur un scénario apaisant, zen, calme et tranquillisant : comme la dette a une durée de vie moyenne de huit ans et cinq mois, les 4,10 % d’intérêts ne frapperont pas d’un coup, ils s’installeront par tranches, pépères. Le remplacement des obligations émises à moins de 1 % entre 2015 et 2021 était programmé de longue date. Pas de quoi stresser.

Fitch maintient la France en A+ et pourrait très bien reconduire son verdict le 28 et si on ne regarde pas le déficit commercial sur le trimestre entier (qui se dégrade de 4,6 milliards d’euros), le chiffre de juin s’est même révélé meilleur que prévu. Youpi encore !

Bref, il ne reste qu’à tenir la cible révisée de 4,9 % de déficit, ce qui suppose de ne trouver qu’un petit 28 milliards d’euros bien tassé, sans toucher la dépense de fonctionnement de l’État évidemment. On va s’échanger quelques rapports, créer quelques instances et surtout : ON NE COUPE RIEN.

No Stress.

Tout va très bien se passer.


https://h16free.com/2026/08/24/85090-budget-2027-aucun-stress-detendez-vous-ca-ira-mais-si

21 août 2026

Natacha Polony
21/8/2026

Le cauchemar de la facturation électronique : la République se défait aussi dans les détails

À partir du 1er septembre 2026, toutes les entreprises françaises devront être en mesure de recevoir leurs factures sous forme électronique. Les grandes entreprises et les ETI devront également les émettre ainsi, les PME et microentreprises bénéficiant d'un an de plus pour cela.
Le dispositif annoncé initialement comportait la garantie que l’État proposerait un portail public. Celles qui souhaiteraient des services supplémentaires pourraient se tourner vers des prestataires privés, mais toutes les autres devaient disposer d’une solution publique gratuite.
Mais en octobre 2024, le Gouvernement a changé de cap. Il a abandonné les fonctions de facturation du portail public, jugeant leur développement trop complexe et trop coûteux, craignant qu’il ne retarde encore la réforme et considérant que le développement des plateformes privées permettrait de leur confier les services. C’est ainsi que l’impuissance publique finit par s’entretenir elle-même. On renonce à donner à l’État les moyens de surmonter les difficultés qu’il rencontre ; on constate qu’il ne sait plus faire ; puis cette incapacité justifie de nouveaux transferts vers le privé.
Le portail subsistera pour certaines fonctions techniques, mais il ne sera plus le service gratuit directement accessible aux entreprises qui avait été annoncé. Désormais, les entreprises devront choisir une plateforme privée agréée pour échanger leurs factures. Le recours à un opérateur privé devient un passage obligé.
C’est donc une nouvelle contrainte administrative et, probablement, financière. Or, une telle contrainte ne pèse jamais de la même manière selon la taille de l’entreprise. Le coût, ce n’est pas seulement celui du prestataire, c’est aussi le temps consacré à le choisir, comprendre un nouvel outil, le paramétrer et modifier ses habitudes. Une grande entreprise dispose pour cela de comptables, de juristes et de services informatiques. L’artisan qui fait ses factures le soir après sa journée de travail ne les a pas. Le commerçant, l’agriculteur, l’indépendant, la petite entreprise non plus.
Ces nouvelles contraintes arrivent alors que près de 70 000 entreprises ont fait l’objet d’une procédure de défaillance en 2025 (un niveau historiquement élevé) et 37 700 supplémentaires au premier semestre 2026. Ce n’était pas le moment !
L’État attend de cette réforme 2 à 3 milliards d’euros de recettes supplémentaires par an à partir de 2028. Lutter contre la fraude et faire rentrer l’impôt dû est évidemment nécessaire. Mais l’égalité fiscale suppose de déployer la même détermination face aux plus puissants. Cette célérité à organiser jusque dans le détail la remontée des transactions de millions d’artisans, commerçants, agriculteurs et petites entreprises contraste singulièrement avec notre difficulté persistante à empêcher les multinationales de déplacer artificiellement leurs bénéfices vers les pays où ils seront moins taxés.
Dans les deux cas, la même exigence républicaine devrait nous guider : une puissance publique suffisamment forte pour garantir l’égalité, protéger ceux qui disposent de moins de moyens, faire contribuer justement les plus puissants et conserver la maîtrise des infrastructures numériques essentielles à notre économie.
Derrière cette affaire de factures se joue finalement une certaine idée de la République. Une République souveraine et solidaire suppose un État qui retrouve la volonté et la capacité de faire.

29 juillet 2026

H16

Note de service : l’État distribue 200 milliards, à 24 milliards près

Note de Service – Cabinet du Directeur – 29 Juillet 2026 – République Française


Mes chers collaborateurs,

Vous n’êtes pas sans avoir remarqué l’agitation médiatique estivale entourant la publication de divers rapports, études et déclarations relatifs aux aides publiques apportées aux entreprises. Comme toujours en pareil cas, la presse s’emballe, l’opposition glapit et le contribuable s’interroge, ce qui n’est jamais bon signe. La présente note a donc pour objet de clarifier la position officielle du gouvernement et de rappeler ses arguments essentiels. Vous voudrez bien vous en inspirer fortement, y compris en famille.

1. Sur l’existence même du rapport

Certains commentateurs malveillants présentent le récent rapport du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan comme un document accablant. C’est un contresens complet, que vous corrigerez en toute occasion. Un État qui produit un rapport sur lui-même est un État qui se regarde avec lucidité. Un État qui ensuite range proprement ce rapport dans un tiroir est un État qui ne cède pas à la précipitation. Un État qui commande alors un nouveau rapport pour évaluer les suites données au précédent est un État apprenant. Vous constaterez que nous cochons les trois cases. Il n’y a donc pas de sujet.

2. Sur le montant des aides

À la question, au demeurant fort indiscrète, de savoir « combien la Nation consacre-t-elle chaque année au soutien de ses forces productives ? », vous répondrez avec la limpidité suivante :

a/ selon le Haut-Commissariat au Plan, 187 milliards d’euros pour la seule année 2023 ;
b/ selon une précédente commission d’enquête sénatoriale, 211 milliards d’euros par an ;
c/ mais le plus important n’est pas le chiffre mais la dynamique.

Vous soulignerez donc que l’écart entre ces deux évaluations officielles n’est que de 24 petits milliards d’euros, soit à peine les budgets annuels de la Justice et de la Culture réunis, ce qui constitue une fourchette d’une étroitesse remarquable et témoigne d’une maîtrise statistique que le monde entier nous envie.


Si votre interlocuteur insiste, vous rappellerez que la dynamique évoquée en c/ est excellente, ces aides progressant trois fois plus vite que les aides sociales. Vous éviterez toutefois de préciser que ce ratio est brandi avec véhémence par la presse la plus étatiste du pays : même si réussir à indigner simultanément le social-démocrate mou et le gauchiste éhonté est une performance rare, il n’est pas utile de nous en vanter.

3. Sur la question du périmètre

Vous aurez noté que, faute de consensus sur ce que recouvre exactement la notion d’« aide aux entreprises », le Haut-Commissariat a proposé au Premier ministre non pas une mais deux définitions distinctes. Des esprits chagrins voudraient y lire l’aveu que l’État ignore combien il distribue, à qui, et pourquoi. Mais vous, vous retournerez l’argument : là où le vulgaire ne voit qu’un chiffre, la Haute Administration en voit deux. Cela s’appelle de la richesse méthodologique. Avec un peu d’entraînement, on parvient à employer cette expression sans sourire.

Vous vous abstiendrez en revanche de tout parallèle avec la situation du contribuable qui proposerait à son contrôleur fiscal deux définitions distinctes de son revenu imposable. Ce parallèle, quoique techniquement exact, n’apporte rien au débat.

4. Sur le contexte budgétaire

Le Premier ministre ayant lui-même qualifié le niveau de la dette et du déficit de « préoccupant, grave même », le FMI réclamant un effort de 0,8 point de PIB par an jusqu’en 2029, la Cour des comptes constatant qu’« on est en train de perdre le contrôle de la dette publique » et les experts missionnés par Bercy chiffrant à 126 milliards d’euros les économies nécessaires d’ici 2032, il pourrait vous être demandé pourquoi le Gouvernement concentre son effort sur les franchises médicales, la taxe foncière et les retraités plutôt que sur les 211 ou 187, vérifier avant diffusion milliards d’euros d’aides susmentionnées.


Vous répondrez, les yeux dans les yeux, que ces aides constituent un investissement dans la compétitivité, l’attractivité et la souveraineté, trois mots qu’il conviendra de prononcer dans cet ordre et avec gravité. Vous ne répondrez en aucun cas « on ne mord pas la main qu’on nourrit », formulation dont l’exactitude n’excuse pas la maladresse. Vous ne mentionnerez pas davantage que le retraité, lui, ne finance aucune campagne électorale, observation dont je ne m’explique toujours pas la présence dans la précédente version de cette note et dont l’auteur est prié de se faire connaître.

5. Sur la réaction des marchés

Le taux d’emprunt français à dix ans vient d’atteindre 4 %, une première depuis juin 2009. Vous présenterez cette évolution comme une excellente nouvelle : après des années de taux faibles traduisant presque de l’indifférence, les investisseurs consentent enfin à la France un rendement à la hauteur de sa gestion. Certains y verront le prix du risque ; vous y verrez une marque d’estime, et vous ajouterez que peu de pays peuvent se vanter de voir leur signature aussi richement rémunérée.


6. Consignes générales

En synthèse, vous retiendrez que l’État distribue chaque année aux entreprises une somme comprise entre 187 et 211 milliards d’euros, sans savoir précisément laquelle, sans savoir exactement à qui, et sans qu’aucun rapport, aucune commission d’enquête ni aucun Premier ministre préoccupé, gravement même, n’envisage d’y toucher, et que tout ceci démontre un pilotage d’ensemble dont nous pouvons être fiers.

Si un interlocuteur particulièrement retors objectait que, dans le même temps, chaque euro prélevé sur le contribuable est calculé, recoupé, vérifié et exigé sans attendre, majorations de retard comprises, vous saluerez cette remarque comme la preuve que l’administration fiscale, elle au moins, dispose d’un périmètre parfaitement défini : la feuille d’impôts de nos concitoyens est effectivement ce document en France qui échappe à tout flou méthodologique, ne connaît ni fourchette, ni double définition, et se trouve actualisé chaque année à la hausse avec une régularité que le Haut-Commissariat pourrait utilement étudier.

C’est un motif de fierté nationale, que vous garderez pour vous.

P.-S. (à ne pas diffuser) : pour ceux d’entre vous qui s’étonneraient en privé qu’un dispositif aussi peu lisible traverse les décennies sans dommage, je me permets de rappeler une évidence qu’on n’apprend plus assez à l’ENA : ce n’est pas malgré l’opacité que ce système fonctionne. C’est grâce à elle. Détruisez cette note après lecture.


https://h16free.com/2026/07/29/84830-note-de-service-letat-distribue-200-milliards-a-24-milliards-pres

22 juillet 2026

L’automobile française roule vers la cubanisation totale

H16
22/7/2026

Et voilà, la troisième saison de votre série préférée vient de débuter : youpi, le leasing social pour les voitures électriques est relancé ! Grâce à lui, l’État loue généreusement aux Français modestes, et avec leur argent, les voitures électriques qu’il leur a préalablement rendues inachetables. Et comme tout bon dealer, la première dose est à 94 euros par mois.

Depuis le 16 juillet dernier, 50 000 ménages peuvent ainsi réserver leur citadine électrique subventionnée, moyennant avis d’imposition, prise de sang attestation de l’employeur certifiant les kilomètres parcourus et carnet de famille dossier bancaire complet, parce que la liberté de se déplacer en 2026 se mérite à coups de documents administratifs. Au passage, signalons que l’enveloppe de 401 millions d’euros ne figure ni dans le budget de l’État, ni dans le déficit, ni dans la dette : elle est financée par les certificats d’économie d’énergie, c’est-à-dire par les fournisseurs d’énergie, c’est-à-dire par votre facture d’électricité. Eh oui, c’est de toute façon vous qui payez, mais heureusement, la dette n’augmente pas et le Parlement n’a pas eu à voter. Malin.


On notera que la saison précédente s’était achevée en eau de boudin : après trois semaines d’euphorie, la demande s’était essoufflée au point qu’il restait encore plusieurs centaines de dossiers sur les bras de l’État en janvier, enveloppe non consommée à l’appui. Le ministère avait aussitôt salué un « succès attendu ». Quand même les pauvres boudent la voiture électrique subventionnée, c’est en effet un succès attendu.

Mais au fait, pourquoi faut-il désormais louer des voitures aux Français ? Parce qu’on leur a soigneusement retiré les moyens d’en acheter.

Eh oui : depuis le 1er janvier, le malus écologique se déclenche dès 108 g/km de CO2 et culmine à 80 000 euros, malus au poids en sus dès 1500 kg. Grâce à ce tabassage taxatoire de moins en moins subtil, 72 % des voitures neuves vendues en France sont taxées, y compris la Renault Clio, citadine populaire par excellence, pincée à 114 g/km. La France s’offre au passage l’une des fiscalités automobiles les plus lourdes des 27 européens, et le seuil descendra à 103 g/km en 2027, embarquant avec lui plus de 80 % du marché.

À ce rythme, le malus ne sera bientôt plus une taxe sur les grosses cylindrées mais un droit d’entrée sur la notion même de voiture.


Rassurez-vous, l’État fait semblant de compenser : l’indemnité carburant de 100 euros pour les « grands rouleurs » modestes, lancée fin mai après la flambée des prix, vient de se faire épingler par un rapport parlementaire : 24 % de taux de recours seulement selon le rapporteur, environ 40 % selon le gouvernement, qui trouve donc glorieux que six éligibles sur dix soient passés à côté. La porte-parole « assume » qu’il faille une démarche volontaire, formulaire en ligne et date butoir au 30 juillet compris.

Sans être naïf, on comprend que le non-recours n’est pas un raté mais le vrai modèle économique.

Et pendant que votre argent circule ainsi en circuit fermé, votre habitacle, lui, se transforme gentiment en cellule roulante.

Depuis le 7 juillet, le règlement européen GSR2 impose sur toute voiture neuve une caméra braquée sur le conducteur, chargée d’analyser votre regard, la position de votre tête et le clignement de vos paupières, avec bip réglementaire au bout de six secondes d’inattention. Le système se réactive à chaque démarrage (impossible de le débrancher durablement) et il rejoint la boîte noire déjà obligatoire depuis 2024. L’infrastructure de surveillance est posée ; les usages (assureurs, forces de l’ordre, tarification au comportement) ne demandent plus qu’un décret et un peu de patience.

Quant aux ZFE, que le Parlement avait eu l’outrecuidance de supprimer au printemps, le Conseil constitutionnel les a ressuscitées d’un trait de plume en mai, cavalier législatif oblige. La représentation nationale vote, les Sages effacent, et vous voilà de nouveau priés de vérifier sur une carte si vous avez le droit d’entrer dans votre propre ville.

Ce petit théâtre aurait au moins pu sauver l’industrie qu’il prétend verdir.

Bon, là encore, c’est raté.


Volkswagen envisage désormais jusqu’à 100 000 suppressions de postes et la fermeture de quatre usines allemandes, Audi Bruxelles a déjà mis la clé sous la porte, et les équipementiers européens ont annoncé 104 000 suppressions d’emplois en deux ans. Le marché français, lui, reste 26,5 % sous son niveau de 2019, le diesel agonise à 2,6 % de part de marché, et les constructeurs chinois ramassent tranquillement la mise sur l’électrique que Bruxelles a rendu obligatoire.

Et le pompon est l’observation impossible à éviter, celle d’une véritable « cubanisation » du parc automobile : à force de taxer le neuf, on a asséché l’occasion, qui signe son pire semestre hors Covid, faute de voitures à vendre. Eh oui : les Français, coincés entre un thermique promis à la décote réglementaire et un électrique inabordable, gardent donc leurs vieilles autos plus longtemps, plus « polluantes », plus « dangereuses ».

Le bilan concret de plus de quinze ans d’écologie punitive délirante, c’est l’apparition de La Havane-sur-Seine, avec des Clio de 2012 en guise de Chevrolet de 1957.

Encore une fois, les gesticulations de l’État ont abouti à l’exact opposé du but recherché, et les imbéciles aux manettes ne se contentent pas de s’en satisfaire : dans leur ignorance crasse, ils s’en félicitent bruyamment, communiqués triomphants à l’appui. Il faut dire qu’ils ont accompli quelque chose de rare : dépenser des milliards, empiler des barèmes, des caméras et des zones interdites pour obtenir un résultat pire que s’ils n’avaient strictement rien fait. Nos hommes d’État ne sont plus inutiles. Ils sont à valeur ajoutée strictement négative.

Et certains naïfs continueront de croire que ce n’est pas exactement l’effet recherché…


https://h16free.com/2026/07/22/84767-lautomobile-francaise-roule-vers-la-cubanisation-totale

21 juillet 2026

Fraude fiscale : lorsque Bercy détecte beaucoup et récupère peu

H16
20/7/2026

La France de Macron, c’est ce fier pays qui accumule les records avec entrain et jarrets pétillants. Tenez, prenez ce nouveau record en 2025 dans lequel le fisc français a notifié 17,1 milliards d’euros de droits et pénalités au titre de la fraude fiscale : eh oui, après 16,7 milliards en 2024, la courbe grimpe sans discontinuer depuis 2021.

Quelle force, quelle vigueur, quel entrain ! Les communiqués triomphants peuvent fuser, la presse peut dûment recopier, et le contribuable moyen pourra s’endormir rassuré : l’État veille, les fraudeurs tremblent, la justice fiscale progresse !


Malheureusement, une facétieuse Cour des comptes a publié en décembre dernier un rapport nettement moins festif dans lequel on découvre que si ces montants notifiés battent effectivement des records, les montants réellement encaissés, eux, font la sieste : les recettes effectivement recouvrées au titre du contrôle fiscal sont passées de 12,2 milliards d’euros en 2015 à 11,4 milliards en 2024, en euros courants, pendant que les recettes fiscales totales de la DGFiP bondissaient de 44 %.

Et plus intéressant encore, le taux de recouvrement des sanctions prononcées s’est effondré de 88 % en 2019 à 60 % en 2022, avec le montant des sanctions fiscales, qui représentait 30 % de l’impôt éludé en 2015 qui n’en représente plus que 15 % dix ans plus tard.

Autrement dit, Bercy détecte comme jamais mais récupère de plus en plus mollement.

Je vois certains ici, habitués de ces colonnes, tentés de sabrer le champagne : voilà enfin une bonne nouvelle ! L’État, ce gouffre insatiable qui ponctionne tout ce qui bouge et taxe tout ce qui ne bouge plus, renoncerait donc à une partie de son butin. Or, chaque euro que le fisc ne parvient pas à extraire est un euro qui reste dans l’économie productive au lieu de financer la prochaine agence de l’innovation du vivre-ensemble numérique ; on devrait donc déjà applaudir des deux mains cette soudaine apathie du bras armé de la prédation fiscale…


Bon en fait non.

Cette victoire est une illusion d’optique et il suffit de gratter le vernis pour découvrir deux réalités autrement moins réjouissantes.

La première, c’est que cette mansuétude n’est pas distribuée au hasard : elle est réservée à une clientèle très particulière.

Le rapport de la Cour détaille ainsi l’explosion des « règlements d’ensemble », ces accords discrets par lesquels l’administration rabote non seulement les pénalités mais aussi les droits eux-mêmes, pratique longtemps dépourvue de toute base légale : on est passé de 116 accords en 2019 à 315 en 2024, pour environ 1,3 milliard d’euros de droits et pénalités minorés chaque année.

Pendant ce temps, la Direction des vérifications nationales et internationales, chargée des 10 000 plus grandes entreprises du pays, n’applique de pénalités que dans 3,2 % des dossiers qui le mériteraient, soit moitié moins que le taux attendu, au nom (tenez-vous bien) de l’attractivité de la France. Oui. Voilà.


Bref, la fiscalité française, c’est une remise commerciale pour la clientèle premium, celle qui dispose d’avocats fiscalistes coûteux et de la capacité de faire durer un contentieux dix ans, et pour la piétaille, le tarif plein, prélevé à la source, contrôlé par croisement automatique de fichiers. Le quidam qui a oublié de déclarer trois cents euros de revenus locatifs recevra sa proposition de rectification générée par algorithme, avec majoration et intérêts de retard, sans la moindre possibilité de « conclusion apaisée ». Le grand groupe qui a optimisé quelques centaines de millions négociera tranquillement son règlement d’ensemble autour d’un café. La loi est la même pour tous, mais certains contribuables sont manifestement plus négociables que d’autres.

(Ici, on comprendra évidemment que s’il devait y avoir évolution, ce serait pour que tout le monde, piétaille incluse, bénéficie des conclusions apaisées, et pas cet inverse mélenchonesque qu’on sent poindre à l’horizon…)

La seconde réalité est plus inquiétante encore, et curieusement absente des gazettes habituelles : ce bradage généralisé des créances fiscales est en réalité le symptôme d’un État en crise de manque.

La Cour note en effet que l’administration justifie elle-même ces arrangements par la nécessité de « sécuriser les rentrées budgétaires ».

Autrement dit, plutôt que d’attendre dix ans un hypothétique jugement pour récupérer la totalité du redressement, Bercy préfère toucher tout de suite une fraction négociée ce qui est très exactement le comportement du drogué en manque qui revend sa télévision à 20 % de sa valeur parce qu’il lui faut du liquide dès à présent pour acheter sa dose tout de suite, et que la notion même de moyen terme a disparu de son horizon mental.

Avec un déficit qui flirte avec les 6 % du PIB et une charge de la dette qui enfle joyeusement, l’État français n’a effectivement plus les moyens d’avoir de la patience : il escompte ses propres créances, il liquide son stock, il fait les soldes sur la fraude.


Ajoutons, pour compléter le tableau, que les effectifs du contrôle fiscal ont fondu de 19 % en dix ans et que la fameuse levée du « verrou de Bercy », qui devait envoyer les gros fraudeurs devant le juge, ne s’est traduite par aucune augmentation des poursuites ou des condamnations, la justice étant elle-même trop exsangue pour absorber le flux.

Bref, un État qui affiche des records de fraude détectée pour la galerie, qui encaisse de moins en moins, qui accorde des ristournes croissantes à ceux qui coûtent trop cher à attraper, qui matraque d’autant plus fort les petits qu’ils ne peuvent pas se défendre, et qui explique lui-même qu’il brade parce qu’il a besoin d’argent frais immédiatement : tout ceci ressemble à l’aveu piteux, rance, d’une machine à la fois obèse et impuissante, trop affaiblie pour faire respecter ses propres règles, trop affamée pour y renoncer, et réduite à monnayer son autorité au guichet des transactions.

Les drogués en manque finissent rarement par se refaire une santé en vendant leurs meubles. Quant aux États qui en sont réduits à solder leurs créances pour boucler les fins de mois, l’Histoire est remarquablement constante sur le sujet : cela ne peut pas bien se terminer.


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