Translate

Affichage des articles dont le libellé est - ECONOMIE / FINANCES. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est - ECONOMIE / FINANCES. Afficher tous les articles

16 septembre 2026

H16
16/9/2026

Économie française : l’impasse gouvernementale est totale

La rentrée est là et les nouvelles économiques françaises reviennent de vacances et cette année, elles ne reviennent pas franchement bronzées…

Par exemple, l’INSEE vient d’abaisser sa prévision de croissance pour 2026 à 0,4 %, contre 0,7 % auparavant. D’ailleurs, le premier semestre a été révisé à la baisse : −0,2 % au premier trimestre, 0,0 % au deuxième, dans une quasi-récession ou un encéphalogramme plat que le gouvernement espère agrémenté de quelques soubresauts d’ici décembre, en restant obstinément calé sur un 0,7 % de croissance, après 0,9 % en avril et 1 % dans le budget initial.

Au-delà du constat, l’INSEE constate qu’« À rebours de ses voisins, l’économie française a décroché ». Dorian Roucher, responsable de la conjoncture à l’Insee, précise que la croissance française serait « trois fois moins » importante que celle de la zone euro ou du Royaume-Uni.


Depuis le printemps, chaque révision gouvernementale avait été dûment imputée à la « loi spéciale » et au « conflit au Moyen-Orient ». Or, nos voisins européens et les Britanniques subissent la même guerre, le même pétrole hors de prix, le même détroit d’Ormuz tendu comme un Gabriel Attal sous coke et, pour ceux de la zone euro, la même BCE qui remonte ses taux. Et pourtant, ils s’en sortent, sinon brillamment, du moins nettement mieux. Si la conjoncture est la même pour tous et que seule la France décroche, c’est que la France traîne des boulets bien à elle.

L’INSEE les liste d’ailleurs avec la pudeur euphémistique des institutions publiques : le décrochage tient « notamment » à une situation budgétaire difficile, et l’investissement des entreprises, qui repasserait dans le rouge cette année, serait « plombé par des perspectives de demande atone et un coût du capital en hausse ».

Ben tiens.

Il faut dire qu’avec le taux de la dette française à dix ans qui a franchi les 4,3 % (du jamais-vu depuis 2008), le capital se fait plus cher puisque c’est la référence sur laquelle se cale tout le crédit du pays. Sans surprise, l’investissement des entreprises recule donc (−0,3 %), celui des ménages plus encore (−1,3 %), la croissance s’étiole, les recettes fiscales suivent, le déficit se creuse, l’État emprunte davantage, les taux remontent, les politiciens s’agitent, Marine Tondelier émet des couinements et les portes de l’Enfer émettent un petit grincement en s’ouvrant davantage.

Eh oui : l’État n’est plus une malheureuse victime du ralentissement mais son moteur.

Chaque euro qu’il accapare pour boucler ses fins de mois manque à ceux qui produisent, et chaque dixième de point sur l’OAT se paie en usines qui n’ouvrent pas et en maisons qui ne se construisent pas.

Ce qui fait une facture de plus en plus poivrée : au premier semestre, l’État a déjà versé 34,5 milliards d’euros d’intérêts, en hausse de plus de 18 % sur un an, soit davantage que le budget annuel de la Justice. Cet été, un nouveau déficit est même apparu dans les comptes du pays : selon la Banque de France, la balance des revenus, encore légèrement positive il y a un an, affiche désormais près de 10 milliards d’euros de déficit sur douze mois. La France verse maintenant au reste du monde plus de revenus, intérêts en tête, qu’elle n’en perçoit.


C’est assez logiquement que Goldman Sachs et Deutsche Bank proposent maintenant à leurs clients des paniers d’obligations pour parier sur les suites de la présidentielle 2027. Les banquiers new-yorkais mettent déjà un prix sur une faillite possible que nos politiciens refusent de voir.

Face à ce tableau, le gouvernement s’agite.

En juillet, il a réuni un « comité d’alerte des finances publiques » pour « donner un cap ». Il a annoncé une sorte d’économies de Schrödinger, à la fois annoncées et introuvables, dont la moitié des 10 milliards prévus pour 2026 reste sans le moindre détail.

Le piège est déjà visible, déjà refermé et bien illustré avec ce qui se passe sur les carburants : le gazole dépasse les 2,29€/l, un record depuis le début de la guerre, et Bercy reste « défavorable » à toute mesure générale, au motif que « la situation des finances publiques ne nous semble pas permettre ce type de mesure ».

Ce n’est pas faux, l’État n’a effectivement plus les moyens de rendre le moindre centime, et ce, même si la crise ne lui coûte rien : fin août, les recettes fiscales sur les carburants dépassaient de 9 millions d’euros leur niveau de l’an dernier : la TVA, gonflée par les prix, a compensé presque au million près la baisse des accises, due à une consommation en recul de 5,5 %. Les Français paient donc des prix records et roulent moins (ce qui affaiblit la croissance) pendant que le fisc encaisse comme si de rien n’était. À la place d’une baisse de taxes, on distribue 1,4 milliard d’aides ciblées, avec les formulaires, les critères et les guichets qui vont avec, payés avec vos sous.


Le piège est donc refermé. Baisser les impôts ? Bercy vient d’écrire que c’est impossible. Baisser les dépenses ? Impossible aussi pour une classe politique qui a les yeux rivés sur avril 2027. Emprunter davantage ? Chaque euro emprunté coûte désormais plus cher que ce qu’il rapporte en croissance. Faire tourner la planche à billets ? Elle est à Francfort et elle n’est pas d’accord. Et les ménages n’offrent plus aucun amortisseur : l’inflation remonterait à 2,9 % d’ici décembre et leur pouvoir d’achat reculerait de 0,4 % sur l’année.

Que reste-t-il alors pour nos pitres aux commandes ?

La croissance miracle vient d’être revue à la baisse. Le sauvetage européen existe, mais la BCE réserve ses instruments aux pays qui tiennent leurs engagements budgétaires, et il arriverait avec des technocrates chargés d’imposer les coupes que Paris n’a jamais osé faire.

La seule solution qui se prépare en coulisses, c’est d’aller chercher l’argent là où il se trouve, dans l’épargne des Français, en poussant banques et assureurs à se gaver d’obligations d’État, en « orientant » l’assurance-vie et le reste ou en inventant une « contribution exceptionnelle ».

La seule vraie solution, tout le monde la connaît : couper franchement la dépense publique. Pas en ralentir la hausse, comme c’est l’habitude des clowns vides qui occupent l’actualité, mais bien la couper, c’est-à-dire supprimer des pans entiers d’un État obèse et rendre aux Français une partie de ce qu’on leur prend. Solution ô combien douloureuse, impopulaire et sans effet visible avant 2027, et donc inévitablement invisible pour la brochette de saboteurs au pouvoir.

L’incident financier viendra donc probablement d’un déclencheur : une note dégradée, une adjudication boudée, un gouvernement renversé, un résultat électoral qui affole ces marchés sur lesquels on parie déjà. La spirale est lente, parce que la vieille dette bon marché ne se renouvelle que progressivement, et c’est précisément ce qui permet à Bercy de faire semblant de ne rien voir.

« Plafonner, c’est organiser la pénurie », dit Bercy. En plafonnant enfin ses dépenses, peut-être parviendrait-il à organiser la pénurie d’impôts ? Ne rêvez pas, cela n’arrivera pas.


https://h16free.com/2026/09/16/85250-economie-francaise-limpasse-gouvernementale-est-totale

8 septembre 2026

Jean Mizrahi
7/9/2026

La France est-elle devenue décadente ?
 
Je lis ce matin deux résultats d’un sondage commandé par le HuffPost. Ils sont édifiants. 43 % des Français seraient favorables à une annulation de la dette détenue par la BCE, contre seulement 27 % qui y seraient opposés. Plus de la moitié refuseraient par ailleurs une sous-indexation des retraites. Plus frappant encore, cette opposition reste très forte chez les jeunes, qu'on étrangle financièrement et qui seront appelés à payer demain les engagements pris aujourd’hui, un suicide incompréhensible. Dans le même temps, un autre sondage indiquait récemment que 89 % des Français se disent préoccupés par la dette publique. Dit autrement : j'ai peur que ma voiture rencontre le mur, mais je ne veux pas qu'on freine.
Voilà donc où nous en sommes : les Français s"inquiètent massivement de la dette, mais refusent majoritairement les mesures qui permettraient de la réduire. Ils veulent simultanément moins de dette, autant de dépenses, autant de transferts, autant de retraites et, si possible, moins d’impôts. Cela porte un nom : le déni. Pourtant, tout est désormais sous nos yeux. La dette continue d’augmenter, les déficits ne sont plus maîtrisés, la charge des intérêts progresse, notre système de retraite pèse de plus en plus lourdement sur les finances publiques, les prélèvements obligatoires comptent déjà parmi les plus élevés du monde développé et la croissance reste insuffisante pour rendre soutenable cette dérive. Tous les voyants sont au rouge et une grande partie du pays continue pourtant de raisonner comme si l’économie pouvait être abolie par décret.
Il n’y a pas cinquante solutions pour sortir de cette impasse. Il faut remettre les retraites en rapport avec ce que les cotisations permettent réellement de financer, puis engager une réflexion de fond sur un système qui fait peser une charge toujours croissante sur les actifs. Il faut réduire les transferts et les dépenses qui étouffent les entreprises et amputent les salaires. Il faut enfin s’attaquer massivement à l’accumulation réglementaire qui ralentit l’investissement, l’innovation et la croissance. Car sans croissance, nous entrerons durablement dans une trappe à dette : davantage d’intérêts, davantage d’impôts, moins d’investissement, moins de croissance, puis davantage de dette.
La dette, elle, ne disparaîtra pas par l’opération du Saint-Esprit. Il n’existe que deux chemins.
• Le premier est celui de la faillite. La France peut un jour se retrouver incapable d’honorer normalement ses engagements. Un défaut français provoquerait un séisme financier majeur, compte tenu de la taille de notre économie et de notre dette. L’accès au financement deviendrait extrêmement difficile et extrêmement coûteux. La conséquence concrète serait brutale : fonctionnaires non payés, appauvrissement du pays, chute de l’investissement, contraction de l’activité et baisse du niveau de vie.
• Le second chemin est celui du redressement. Il consiste à développer l’économie, à accroître durablement le PIB, à réduire les déficits puis à dégager des excédents budgétaires. Cela suppose des efforts, des arbitrages et l’abandon d’un certain nombre d’illusions. Mais au terme de ce chemin, les Français peuvent être plus riches et le pays plus solide.
Nous approchons rapidement du moment où ce choix ne pourra plus être évité. Continuer comme aujourd’hui n’est pas une politique, c’est simplement repousser l’échéance. La dernière trouvaille consiste à proposer l’annulation de la dette détenue par l’Eurosystème, autrement dit notamment par la Banque de France dans le cadre des opérations de la BCE. L’idée fait rêver parce qu’elle donne l’impression qu’il suffirait d’effacer quelques lignes comptables pour régler le problème. Elle est surtout politiquement commode : personne ne paierait, personne ne perdrait rien et la dette disparaîtrait. Malheureusement, le monde réel ne fonctionne pas ainsi.
Les pays du nord de l’Europe s’y opposeraient avec la plus grande fermeté. La progression de l’AfD en Allemagne ne rendra certainement pas l’opinion allemande plus disposée à accepter une mutualisation ou un effacement des dettes publiques françaises. Les autres États fortement endettés réclameraient immédiatement le même traitement. Pourquoi l’Italie, l’Espagne, la Belgique ou la Grèce accepteraient-elles que la France bénéficie seule d’une telle faveur ? La crédibilité de l’ensemble du dispositif monétaire européen serait alors atteinte. Les investisseurs intégreraient immédiatement la possibilité que la dette publique ne soit plus une créance intangible mais une variable politique. Le prix du risque augmenterait, les taux pourraient encore plus monter et les financements se raréfier précisément au moment où la France continue d’emprunter pour couvrir ses déficits. Et il existe une difficulté encore plus élémentaire : le financement monétaire direct des États par la BCE se heurte au cadre juridique des traités européens.
Mais surtout, même si l’on imaginait un instant l’opération possible, elle ne réglerait rien au problème de fond. Effacer une fraction finalement assez faible du stock de dette tout en conservant les mêmes déficits revient à vider une baignoire sans fermer le robinet. Quelques années plus tard, nous retrouverions la même dette, aggravée entre-temps par la défiance que nous aurions nous-mêmes provoquée.
Au vu des sondages, il est malheureusement probable que Jean-Luc Mélenchon et d’autres continueront à défendre cette idée. Politiquement, elle est efficace parce qu’elle permet de promettre que le problème peut être résolu sans effort. Une démocratie entre en décadence lorsqu’elle ne supporte plus qu’on lui dise que deux et deux font quatre, lorsqu’elle préfère la promesse agréable à la réalité désagréable, lorsqu’elle réclame simultanément la dépense et son effacement, les avantages et le refus de les financer, l’indépendance et le refus d’en payer le prix. Nous en sommes dangereusement proches.
Que faudra-t-il pour que le pays se réveille ? Que les taux d’intérêt atteignent des niveaux insupportables ? Que le Trésor rencontre des difficultés à refinancer une échéance ? Qu’une crise financière nous impose en quelques semaines des décisions que nous refusons depuis vingt ans de prendre volontairement ? Ce jour-là, nous découvririons une vérité que l’histoire économique enseigne sans relâche : lorsqu’un pays refuse trop longtemps les efforts qu’il pourrait choisir dans la sérénité, les circonstances finissent par les lui imposer avec une extrême brutalité. Il est encore temps de choisir le redressement, mais il faut d’abord accepter de regarder la réalité en face.

26 août 2026

H16
24/8/2026

Budget 2027 : aucun stress. Détendez vous. Ça ira. Mais si.

Alors mes petits amis, écoutez moi bien : il faut en finir avec la désinformation, scrogneugneu !

Certains, avec un toupet assez phénoménal, ont été prétendre sur les intertubes que le prochain budget 2027 verrait la suppression des APL, le gel du RSA, la remise en cause du crédit d’impôt à la personne, une hausse de l’impôt sur le revenu, la peste, le choléra et les écrouelles pour les gueux et pas de rab de frites à la cantine de l’Élysée.


C’est, bien évidemment, complètement faux et Sébastien Lecornu, le Premier Ministre, s’en est ouvert sur X, le sourcil froncé et l’air grave, dénonçant de méchantes mesures inventées pour inquiéter les Français. Seb nous l’a bien dit : « calmez-vous, le budget 2027 est à peine esquissé enfin, voyons ! »

Ah et en ce qui concerne le gel partiel des pensions de retraites pour les pensions dépassant 3.000 euros, évoqué par des ministres eux-mêmes et travaillé du côté de Bercy ?

Euh eh bien c’est en effet bon en fait et alors c’est-à-dire que mais enfin cependant avez-vous noté qu’une trentaine de références de préservatifs non conformes, vendues en ligne et en pharmacie ces derniers mois, sont susceptibles d’entraîner des grossesses non désirées ou des infections sexuellement transmissibles ?

Hum, pardon ? Mais pourquoi vous insistez avec cette histoire de retraites ? Il y a aussi cette tiktokeuse retrouvée morte et partiellement calcinée dans le Gard et…

Non ? Vous voulez vraiment évoquer ce qui s’est passé ces dernières semaines sur le plan économique en France ? Vous êtes vraiment excités ! Il n’y a pourtant pas de quoi !

Vous voulez vraiment évoquer le taux des emprunts d’État qui chatouille les 4,10% par le mauvais bout, ce qui ne lui était plus arrivé depuis 2008 ? Vous voulez vraiment vous attarder sur la cible de déficit pour 2027 qui recule discrètement de 4,5 % à 4,9 % du PIB ? Vraiment ? Et pourquoi agiter ce rapport de l’Inspection générale des finances qui alerte, le 20 août, sur les « risques majeurs » d’une loi spéciale prolongée ?

Tout ceci est très anxiogène, enfin !

Il faut se détendre, les avis de taxe foncière ne tomberont pas avant le 27, et le verdict de l’agence de notation Fitch ne tombera que le 28.

Pas de quoi s’exciter, allons franchement !


D’ailleurs, des mesures discrètes mais certainement efficaces sont déjà prises et ce d’autant plus que l’administration n’a plus un centimètre de marge.

Cela explique pourquoi la Direction générale du Trésor réfléchit à sortir les ETF synthétiques exposés hors d’Europe du champ du PEA, c’est-à-dire à fermer une des rares portes qui poussaient encore l’épargnant français vers les actions plutôt que vers la pierre. La taxe foncière augmente automatiquement pour 7,4 millions de logements. Les surtaxes présentées comme « temporaires » pourraient rester en place parce que le besoin est fort et l’adjectif est faible.

Et puis on regarde du côté des niches : crédit d’impôt pour l’emploi à domicile, abattement de 10 % sur les pensions, pacte Dutreil, crédit d’impôt recherche, tout ce qui reste attaché à quelqu’un est potentiellement remis en question étudié.

Après tout, l’État emprunte cette année 310 milliards d’euros à moyen et long terme (montant record, Champion mon frère !) sans budget voté et sur la seule autorisation d’une loi spéciale. Avec une dette publique qui franchit les 3.500 milliards, la charge d’intérêts dépasse désormais le budget de la Défense et, bon, il faut bien que quelqu’un paie.

Ce quelqu’un, cela ne peut pas être un autre que le retraité, le salarié, le chômeur, l’entreprise, le fonds de placement, l’épargnant. J’en entends qui murmurent « et la bureaucratie obèse ? » sans comprendre que sans elle, personne ne produirait les rapports montrant où l’argent peut se trouver. Eh oui !


Et surtout, il ne faudrait pas oublier l’autre côté de l’équation : il reste 9 mois avant la présidentielle et on ne fâchera personne en donnant.

Du coup, le leasing social a rouvert son guichet le 16 juillet : 50.000 véhicules électriques, une aide allant jusqu’à 9.500 euros, des loyers à partir de 94 euros par mois, et 20.000 dossiers déposés en 15 jours. Comme le dit le ministre de l’Économie, à ce rythme, on arrivera très vite au plafond. Youpi, quoi.

Au passage, rassurez-vous : les 401 millions d’euros de ce leasing ne sortent pas du budget de l’État, ils transitent par les Certificats d’Économies d’Énergie, versés aux professionnels par des fournisseurs qui répercutent la charge sur les factures. Certes, la dépense existe mais elle est simplement sortie du périmètre où on la compte. Oui, l’État n’a plus un sou, oui, il distribue toujours mais par une tuyauterie qui n’apparaît pas au déficit. Youpi, quoi.

Vous pensez qu’on fait les malins avec ce genre de plomberie comptable ? Attendez de voir ce qu’on sait faire en statistiques !

Par exemple, en avril 2026, l’indice Insee de confiance des ménages résumait huit soldes d’opinion, dont la capacité d’épargne actuelle et future, l’une et l’autre en dégradation continue. Mais en juin, il n’en résume plus que six et les deux soldes gênants ont été retirés pour composer un indicateur séparé, sobrement baptisé « climat de l’épargne » avec comme résultat que la confiance « repart à la hausse » même si le climat de l’épargne se dégrade. Tout est documenté, tout est méthodologiquement défendable. Du cousu main. Youpi, quoi.

Pas besoin de s’étendre sur les autres indices comme le chômage qui atteint 8,3 % au deuxième trimestre à son plus haut niveau depuis la crise sanitaire ce qui, après le sixième trimestre d’application de la « loi pour le plein emploi », représente un bel exemple de réussite macronienne.


C’est un peu comme les défaillances d’entreprises qui dépassent 70.000 sur 12 mois (un niveau qu’on n’avait vu ni en 2008, ni pendant la crise des dettes souveraines) avec les prêts garantis par l’État qui arrivent massivement à échéance cet été : on voit bien que ça peut stresser, mais voilà, on ne stresse pas. Pas du tout. Youpi, même.

Restons-en donc sur un scénario apaisant, zen, calme et tranquillisant : comme la dette a une durée de vie moyenne de huit ans et cinq mois, les 4,10 % d’intérêts ne frapperont pas d’un coup, ils s’installeront par tranches, pépères. Le remplacement des obligations émises à moins de 1 % entre 2015 et 2021 était programmé de longue date. Pas de quoi stresser.

Fitch maintient la France en A+ et pourrait très bien reconduire son verdict le 28 et si on ne regarde pas le déficit commercial sur le trimestre entier (qui se dégrade de 4,6 milliards d’euros), le chiffre de juin s’est même révélé meilleur que prévu. Youpi encore !

Bref, il ne reste qu’à tenir la cible révisée de 4,9 % de déficit, ce qui suppose de ne trouver qu’un petit 28 milliards d’euros bien tassé, sans toucher la dépense de fonctionnement de l’État évidemment. On va s’échanger quelques rapports, créer quelques instances et surtout : ON NE COUPE RIEN.

No Stress.

Tout va très bien se passer.


https://h16free.com/2026/08/24/85090-budget-2027-aucun-stress-detendez-vous-ca-ira-mais-si

21 août 2026

Natacha Polony
21/8/2026

Le cauchemar de la facturation électronique : la République se défait aussi dans les détails

À partir du 1er septembre 2026, toutes les entreprises françaises devront être en mesure de recevoir leurs factures sous forme électronique. Les grandes entreprises et les ETI devront également les émettre ainsi, les PME et microentreprises bénéficiant d'un an de plus pour cela.
Le dispositif annoncé initialement comportait la garantie que l’État proposerait un portail public. Celles qui souhaiteraient des services supplémentaires pourraient se tourner vers des prestataires privés, mais toutes les autres devaient disposer d’une solution publique gratuite.
Mais en octobre 2024, le Gouvernement a changé de cap. Il a abandonné les fonctions de facturation du portail public, jugeant leur développement trop complexe et trop coûteux, craignant qu’il ne retarde encore la réforme et considérant que le développement des plateformes privées permettrait de leur confier les services. C’est ainsi que l’impuissance publique finit par s’entretenir elle-même. On renonce à donner à l’État les moyens de surmonter les difficultés qu’il rencontre ; on constate qu’il ne sait plus faire ; puis cette incapacité justifie de nouveaux transferts vers le privé.
Le portail subsistera pour certaines fonctions techniques, mais il ne sera plus le service gratuit directement accessible aux entreprises qui avait été annoncé. Désormais, les entreprises devront choisir une plateforme privée agréée pour échanger leurs factures. Le recours à un opérateur privé devient un passage obligé.
C’est donc une nouvelle contrainte administrative et, probablement, financière. Or, une telle contrainte ne pèse jamais de la même manière selon la taille de l’entreprise. Le coût, ce n’est pas seulement celui du prestataire, c’est aussi le temps consacré à le choisir, comprendre un nouvel outil, le paramétrer et modifier ses habitudes. Une grande entreprise dispose pour cela de comptables, de juristes et de services informatiques. L’artisan qui fait ses factures le soir après sa journée de travail ne les a pas. Le commerçant, l’agriculteur, l’indépendant, la petite entreprise non plus.
Ces nouvelles contraintes arrivent alors que près de 70 000 entreprises ont fait l’objet d’une procédure de défaillance en 2025 (un niveau historiquement élevé) et 37 700 supplémentaires au premier semestre 2026. Ce n’était pas le moment !
L’État attend de cette réforme 2 à 3 milliards d’euros de recettes supplémentaires par an à partir de 2028. Lutter contre la fraude et faire rentrer l’impôt dû est évidemment nécessaire. Mais l’égalité fiscale suppose de déployer la même détermination face aux plus puissants. Cette célérité à organiser jusque dans le détail la remontée des transactions de millions d’artisans, commerçants, agriculteurs et petites entreprises contraste singulièrement avec notre difficulté persistante à empêcher les multinationales de déplacer artificiellement leurs bénéfices vers les pays où ils seront moins taxés.
Dans les deux cas, la même exigence républicaine devrait nous guider : une puissance publique suffisamment forte pour garantir l’égalité, protéger ceux qui disposent de moins de moyens, faire contribuer justement les plus puissants et conserver la maîtrise des infrastructures numériques essentielles à notre économie.
Derrière cette affaire de factures se joue finalement une certaine idée de la République. Une République souveraine et solidaire suppose un État qui retrouve la volonté et la capacité de faire.

29 juillet 2026

H16

Note de service : l’État distribue 200 milliards, à 24 milliards près

Note de Service – Cabinet du Directeur – 29 Juillet 2026 – République Française


Mes chers collaborateurs,

Vous n’êtes pas sans avoir remarqué l’agitation médiatique estivale entourant la publication de divers rapports, études et déclarations relatifs aux aides publiques apportées aux entreprises. Comme toujours en pareil cas, la presse s’emballe, l’opposition glapit et le contribuable s’interroge, ce qui n’est jamais bon signe. La présente note a donc pour objet de clarifier la position officielle du gouvernement et de rappeler ses arguments essentiels. Vous voudrez bien vous en inspirer fortement, y compris en famille.

1. Sur l’existence même du rapport

Certains commentateurs malveillants présentent le récent rapport du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan comme un document accablant. C’est un contresens complet, que vous corrigerez en toute occasion. Un État qui produit un rapport sur lui-même est un État qui se regarde avec lucidité. Un État qui ensuite range proprement ce rapport dans un tiroir est un État qui ne cède pas à la précipitation. Un État qui commande alors un nouveau rapport pour évaluer les suites données au précédent est un État apprenant. Vous constaterez que nous cochons les trois cases. Il n’y a donc pas de sujet.

2. Sur le montant des aides

À la question, au demeurant fort indiscrète, de savoir « combien la Nation consacre-t-elle chaque année au soutien de ses forces productives ? », vous répondrez avec la limpidité suivante :

a/ selon le Haut-Commissariat au Plan, 187 milliards d’euros pour la seule année 2023 ;
b/ selon une précédente commission d’enquête sénatoriale, 211 milliards d’euros par an ;
c/ mais le plus important n’est pas le chiffre mais la dynamique.

Vous soulignerez donc que l’écart entre ces deux évaluations officielles n’est que de 24 petits milliards d’euros, soit à peine les budgets annuels de la Justice et de la Culture réunis, ce qui constitue une fourchette d’une étroitesse remarquable et témoigne d’une maîtrise statistique que le monde entier nous envie.


Si votre interlocuteur insiste, vous rappellerez que la dynamique évoquée en c/ est excellente, ces aides progressant trois fois plus vite que les aides sociales. Vous éviterez toutefois de préciser que ce ratio est brandi avec véhémence par la presse la plus étatiste du pays : même si réussir à indigner simultanément le social-démocrate mou et le gauchiste éhonté est une performance rare, il n’est pas utile de nous en vanter.

3. Sur la question du périmètre

Vous aurez noté que, faute de consensus sur ce que recouvre exactement la notion d’« aide aux entreprises », le Haut-Commissariat a proposé au Premier ministre non pas une mais deux définitions distinctes. Des esprits chagrins voudraient y lire l’aveu que l’État ignore combien il distribue, à qui, et pourquoi. Mais vous, vous retournerez l’argument : là où le vulgaire ne voit qu’un chiffre, la Haute Administration en voit deux. Cela s’appelle de la richesse méthodologique. Avec un peu d’entraînement, on parvient à employer cette expression sans sourire.

Vous vous abstiendrez en revanche de tout parallèle avec la situation du contribuable qui proposerait à son contrôleur fiscal deux définitions distinctes de son revenu imposable. Ce parallèle, quoique techniquement exact, n’apporte rien au débat.

4. Sur le contexte budgétaire

Le Premier ministre ayant lui-même qualifié le niveau de la dette et du déficit de « préoccupant, grave même », le FMI réclamant un effort de 0,8 point de PIB par an jusqu’en 2029, la Cour des comptes constatant qu’« on est en train de perdre le contrôle de la dette publique » et les experts missionnés par Bercy chiffrant à 126 milliards d’euros les économies nécessaires d’ici 2032, il pourrait vous être demandé pourquoi le Gouvernement concentre son effort sur les franchises médicales, la taxe foncière et les retraités plutôt que sur les 211 ou 187, vérifier avant diffusion milliards d’euros d’aides susmentionnées.


Vous répondrez, les yeux dans les yeux, que ces aides constituent un investissement dans la compétitivité, l’attractivité et la souveraineté, trois mots qu’il conviendra de prononcer dans cet ordre et avec gravité. Vous ne répondrez en aucun cas « on ne mord pas la main qu’on nourrit », formulation dont l’exactitude n’excuse pas la maladresse. Vous ne mentionnerez pas davantage que le retraité, lui, ne finance aucune campagne électorale, observation dont je ne m’explique toujours pas la présence dans la précédente version de cette note et dont l’auteur est prié de se faire connaître.

5. Sur la réaction des marchés

Le taux d’emprunt français à dix ans vient d’atteindre 4 %, une première depuis juin 2009. Vous présenterez cette évolution comme une excellente nouvelle : après des années de taux faibles traduisant presque de l’indifférence, les investisseurs consentent enfin à la France un rendement à la hauteur de sa gestion. Certains y verront le prix du risque ; vous y verrez une marque d’estime, et vous ajouterez que peu de pays peuvent se vanter de voir leur signature aussi richement rémunérée.


6. Consignes générales

En synthèse, vous retiendrez que l’État distribue chaque année aux entreprises une somme comprise entre 187 et 211 milliards d’euros, sans savoir précisément laquelle, sans savoir exactement à qui, et sans qu’aucun rapport, aucune commission d’enquête ni aucun Premier ministre préoccupé, gravement même, n’envisage d’y toucher, et que tout ceci démontre un pilotage d’ensemble dont nous pouvons être fiers.

Si un interlocuteur particulièrement retors objectait que, dans le même temps, chaque euro prélevé sur le contribuable est calculé, recoupé, vérifié et exigé sans attendre, majorations de retard comprises, vous saluerez cette remarque comme la preuve que l’administration fiscale, elle au moins, dispose d’un périmètre parfaitement défini : la feuille d’impôts de nos concitoyens est effectivement ce document en France qui échappe à tout flou méthodologique, ne connaît ni fourchette, ni double définition, et se trouve actualisé chaque année à la hausse avec une régularité que le Haut-Commissariat pourrait utilement étudier.

C’est un motif de fierté nationale, que vous garderez pour vous.

P.-S. (à ne pas diffuser) : pour ceux d’entre vous qui s’étonneraient en privé qu’un dispositif aussi peu lisible traverse les décennies sans dommage, je me permets de rappeler une évidence qu’on n’apprend plus assez à l’ENA : ce n’est pas malgré l’opacité que ce système fonctionne. C’est grâce à elle. Détruisez cette note après lecture.


https://h16free.com/2026/07/29/84830-note-de-service-letat-distribue-200-milliards-a-24-milliards-pres

21 juillet 2026

Fraude fiscale : lorsque Bercy détecte beaucoup et récupère peu

H16
20/7/2026

La France de Macron, c’est ce fier pays qui accumule les records avec entrain et jarrets pétillants. Tenez, prenez ce nouveau record en 2025 dans lequel le fisc français a notifié 17,1 milliards d’euros de droits et pénalités au titre de la fraude fiscale : eh oui, après 16,7 milliards en 2024, la courbe grimpe sans discontinuer depuis 2021.

Quelle force, quelle vigueur, quel entrain ! Les communiqués triomphants peuvent fuser, la presse peut dûment recopier, et le contribuable moyen pourra s’endormir rassuré : l’État veille, les fraudeurs tremblent, la justice fiscale progresse !


Malheureusement, une facétieuse Cour des comptes a publié en décembre dernier un rapport nettement moins festif dans lequel on découvre que si ces montants notifiés battent effectivement des records, les montants réellement encaissés, eux, font la sieste : les recettes effectivement recouvrées au titre du contrôle fiscal sont passées de 12,2 milliards d’euros en 2015 à 11,4 milliards en 2024, en euros courants, pendant que les recettes fiscales totales de la DGFiP bondissaient de 44 %.

Et plus intéressant encore, le taux de recouvrement des sanctions prononcées s’est effondré de 88 % en 2019 à 60 % en 2022, avec le montant des sanctions fiscales, qui représentait 30 % de l’impôt éludé en 2015 qui n’en représente plus que 15 % dix ans plus tard.

Autrement dit, Bercy détecte comme jamais mais récupère de plus en plus mollement.

Je vois certains ici, habitués de ces colonnes, tentés de sabrer le champagne : voilà enfin une bonne nouvelle ! L’État, ce gouffre insatiable qui ponctionne tout ce qui bouge et taxe tout ce qui ne bouge plus, renoncerait donc à une partie de son butin. Or, chaque euro que le fisc ne parvient pas à extraire est un euro qui reste dans l’économie productive au lieu de financer la prochaine agence de l’innovation du vivre-ensemble numérique ; on devrait donc déjà applaudir des deux mains cette soudaine apathie du bras armé de la prédation fiscale…


Bon en fait non.

Cette victoire est une illusion d’optique et il suffit de gratter le vernis pour découvrir deux réalités autrement moins réjouissantes.

La première, c’est que cette mansuétude n’est pas distribuée au hasard : elle est réservée à une clientèle très particulière.

Le rapport de la Cour détaille ainsi l’explosion des « règlements d’ensemble », ces accords discrets par lesquels l’administration rabote non seulement les pénalités mais aussi les droits eux-mêmes, pratique longtemps dépourvue de toute base légale : on est passé de 116 accords en 2019 à 315 en 2024, pour environ 1,3 milliard d’euros de droits et pénalités minorés chaque année.

Pendant ce temps, la Direction des vérifications nationales et internationales, chargée des 10 000 plus grandes entreprises du pays, n’applique de pénalités que dans 3,2 % des dossiers qui le mériteraient, soit moitié moins que le taux attendu, au nom (tenez-vous bien) de l’attractivité de la France. Oui. Voilà.


Bref, la fiscalité française, c’est une remise commerciale pour la clientèle premium, celle qui dispose d’avocats fiscalistes coûteux et de la capacité de faire durer un contentieux dix ans, et pour la piétaille, le tarif plein, prélevé à la source, contrôlé par croisement automatique de fichiers. Le quidam qui a oublié de déclarer trois cents euros de revenus locatifs recevra sa proposition de rectification générée par algorithme, avec majoration et intérêts de retard, sans la moindre possibilité de « conclusion apaisée ». Le grand groupe qui a optimisé quelques centaines de millions négociera tranquillement son règlement d’ensemble autour d’un café. La loi est la même pour tous, mais certains contribuables sont manifestement plus négociables que d’autres.

(Ici, on comprendra évidemment que s’il devait y avoir évolution, ce serait pour que tout le monde, piétaille incluse, bénéficie des conclusions apaisées, et pas cet inverse mélenchonesque qu’on sent poindre à l’horizon…)

La seconde réalité est plus inquiétante encore, et curieusement absente des gazettes habituelles : ce bradage généralisé des créances fiscales est en réalité le symptôme d’un État en crise de manque.

La Cour note en effet que l’administration justifie elle-même ces arrangements par la nécessité de « sécuriser les rentrées budgétaires ».

Autrement dit, plutôt que d’attendre dix ans un hypothétique jugement pour récupérer la totalité du redressement, Bercy préfère toucher tout de suite une fraction négociée ce qui est très exactement le comportement du drogué en manque qui revend sa télévision à 20 % de sa valeur parce qu’il lui faut du liquide dès à présent pour acheter sa dose tout de suite, et que la notion même de moyen terme a disparu de son horizon mental.

Avec un déficit qui flirte avec les 6 % du PIB et une charge de la dette qui enfle joyeusement, l’État français n’a effectivement plus les moyens d’avoir de la patience : il escompte ses propres créances, il liquide son stock, il fait les soldes sur la fraude.


Ajoutons, pour compléter le tableau, que les effectifs du contrôle fiscal ont fondu de 19 % en dix ans et que la fameuse levée du « verrou de Bercy », qui devait envoyer les gros fraudeurs devant le juge, ne s’est traduite par aucune augmentation des poursuites ou des condamnations, la justice étant elle-même trop exsangue pour absorber le flux.

Bref, un État qui affiche des records de fraude détectée pour la galerie, qui encaisse de moins en moins, qui accorde des ristournes croissantes à ceux qui coûtent trop cher à attraper, qui matraque d’autant plus fort les petits qu’ils ne peuvent pas se défendre, et qui explique lui-même qu’il brade parce qu’il a besoin d’argent frais immédiatement : tout ceci ressemble à l’aveu piteux, rance, d’une machine à la fois obèse et impuissante, trop affaiblie pour faire respecter ses propres règles, trop affamée pour y renoncer, et réduite à monnayer son autorité au guichet des transactions.

Les drogués en manque finissent rarement par se refaire une santé en vendant leurs meubles. Quant aux États qui en sont réduits à solder leurs créances pour boucler les fins de mois, l’Histoire est remarquablement constante sur le sujet : cela ne peut pas bien se terminer.


https://h16free.com/2026/07/20/84759-fraude-fiscale-lorsque-bercy-detecte-beaucoup-et-recupere-peu

14 juillet 2026

H16

L’État vend la mèche : en réalité, c’est la panique

-13/7/2026- Il faisait beau, ce jeudi soir de juillet, à Aix-en-Provence. Sous les platanes des Rencontres économiques, entre deux coupes et trois panels sur l’intelligence artificielle, le gratin du CAC 40 côtoyait les présidentiables en pleine séance d’échauffement. Pourtant, dans ce décor charmant, le Premier ministre a choisi de sonner l’alerte « avec gravité », expliquant qu’il fallait éviter de « mettre le pays complètement dans le ravin ».

Alerte, ravin, voilà du vocabulaire officiel bien inquiétant pour celui qui, il y a peu, célébrait encore le sérieux budgétaire retrouvé et la trajectoire maîtrisée. Est-ce un signe ?


Peut-être. Après, tout, pour mesurer les tremblements de terre, les géologues disposent de sismographes ; pour mesurer la panique qui s’installe dans les étages feutrés de l’État français, le vocabulaire officiel suffit amplement, surtout lorsqu’il passe de « trajectoire », de « sérieux budgétaire » et de « redressement des comptes publics » à « efforts nécessaires », « décisions courageuses » voire lorsqu’en l’espace de dix jours, la Cour des comptes, le ministre des Comptes publics et le Premier ministre dégainent successivement « tous les signaux sont au rouge », « baril de poudre » et ce « ravin » qui indiquent que l’aiguille du sismographe vient de sortir du papier.

On s’en rappelle : le 25 juin dernier, la Cour des comptes présentait son rapport annuel sur les finances publiques ouvert d’une formule limpide : « On peut dire que tous les signaux sont au rouge ». David Amiel, le ministre des Comptes publics, loin de minimiser comme le voudrait la tradition, surenchérissait trois jours plus tard : « La Cour des comptes a 100 fois raison. On est assis sur un baril de poudre ». Et enfin, ce 2 juillet à Aix, Lecornu complétait le triptyque avec son alerte, sa gravité et son ravin.

Trois institutions, dix jours, mais un seul champ lexical, celui de l’explosion imminente…

Notons l’inversion remarquable : là où, d’ordinaire, la Cour alarme et le gouvernement relativise (division du travail habituelle depuis quarante ans), cette fois-ci, le gouvernement en rajoute sur son propre censeur et ne cherche plus à rassurer qui que ce soit.


Tout se déroule comme s’il prépare l’opinion soit à des mesures douloureuses, soit à un accident, soit aux deux.

Il est vrai que les chiffres derrière les mots justifient quelques sueurs froides : la dette publique atteignait 117,5 % du PIB fin mars, ce qui fait de la France le seul pays de la zone euro dont l’endettement dépasse désormais son pic de la crise sanitaire. La Cour prévoit 3 620 milliards d’euros fin 2026, soit 160 milliards de plus en un an, et une charge d’intérêts de 77,4 milliards d’euros cette année, en route vers 100 milliards en 2029. Le ministre l’a d’ailleurs reconnu : la charge de la dette est devenue le premier poste de l’État, devant l’éducation nationale et la défense.

En somme, le premier ministère de France est désormais celui des créanciers, ce qui impose quelques contraintes à l’organigramme du pouvoir. Ah, et puis concernant la « bonne surprise » du déficit 2025 à 5,1 % (seulement !), la Cour précise aimablement qu’elle est due exclusivement à des hausses d’impôts et de cotisations, les économies ayant été « une nouvelle fois repoussées ».

Le redressement, c’est vous.

Quant à l’édifice budgétaire 2026, il repose sur des hypothèses déjà décédées : le budget tablait sur 0,9 % de croissance quand la Banque de France vient de raboter sa prévision à 0,5 %. Et pour 2027, c’est encore mieux : selon L’Opinion, une note confidentielle du Trésor anticiperait un déficit remontant à 6,2 % du PIB, pire que la prévision de la Commission européenne.


Il faut se résoudre à l’évidence : pendant qu’on vous parle doctement de « cap maintenu » au micro, on écrit en interne que le déficit va repartir à la hausse l’année de l’élection. Bercy a d’ailleurs missionné en urgence quatre économistes indépendants pour évaluer les risques de 2027, initiative présentée comme inédite, dans une sorte d’autopsie préventive à un patient qu’on présente officiellement comme en santé correcte (ou quasiment).

Face à ce tableau, l’action gouvernementale force l’admiration par sa proportionnalité : un gentil comité d’alerte en avril qui a accouché de 6 milliards d’économies de précaution, un second encore plus croquignolet, le 7 juillet, dont on attend 6 milliards supplémentaires.

12 petits milliards de rabot face à un déficit de l’État de 135 milliards, c’est… sympathique. Le vocabulaire est celui de Pompéi, l’action est celle d’un syndic de copropriété.

Le Premier ministre a du reste vendu la mèche à Aix en expliquant qu’il valait mieux un budget de compromis « et des candidats qui vous diront votez pour moi, on vous le corrigera en mai », ce qui, concrètement, signifie que le budget 2027 sera un texte de figuration, la vraie décision attendra le prochain locataire de l’Élysée. Les agences de notation l’ont parfaitement compris, qui maintiennent la note française en attendant l’automne et la clarification du débat. Autrement dit, le calme actuel des marchés ressemble plus à une suspension d’audience qu’à une disculpation.



Le plus intéressant est qu’au-delà des gesticulations et des mots chuchotés en coulisse, les Français semblent avoir compris ce qui se trame vraiment : la TVA recule, la consommation cale, et le taux d’épargne des ménages campe autour de 18,5 % du revenu disponible, pendant que Foncia décrit un marché immobilier jamais vu en 54 ans d’existence et que les clients expliquent au premier administrateur de biens du pays qu’ils n’ont plus confiance. En somme, les ménages remplissent la cave avant l’orage.

Le sismographe le plus fiable du pays n’est ni rue Cambon ni à Bercy, mais on peut le lire sur les livrets d’épargne des Français.

La Cour parle de rouge, le ministre de poudre, le Premier ministre de ravin, le Trésor écrirait 6,2 % dans ses notes confidentielles, et la réponse officielle consiste en deux comités d’alerte et un budget de figuration en attendant que les électeurs veuillent bien trancher en mai 2027.

Depuis des années, ce blog s’échine à documenter l’état réel des comptes publics sous les ricanements de ceux qui y voyaient du catastrophisme. Ce travail devient heureusement superflu : le sommet de l’État s’en charge désormais lui-même, avec un vocabulaire qu’on ne lisait guère qu’ici.

Est-il besoin de conclure ?


https://h16free.com/2026/07/13/84679-letat-vend-la-meche-en-realite-cest-la-panique

8 juillet 2026

H16
8/7/2026

La France dépense largement pour ses retraites mais peine à se payer un ventilo

L’État français ressemble à ce ménage un peu spécial qui, le toit troué, la porte d’entrée qui ne ferme plus et le frigo désespérément vide, décide d’engloutir l’intégralité du revenu familial dans une télévision grand écran, une isolation parfaitement étanche des toilettes et deux kilos de caviar. Il dépense comme s’il avait les moyens de tout, tout en se révélant incapable de pourvoir aux besoins les plus élémentaires.

Et à la fin, l’addition nous est présentée, avec componction (pour faire passer la douloureuse) et un gros bâton (pour qu’elle soit, malgré tout, payée). Le 30 juin dernier, l’OCDE a d’ailleurs eu la délicatesse de rappeler l’évidence : la France dépense trop, dépense mal, et gagnerait à faire les deux dans le bon sens.

Difficile de lui donner tort.


Par exemple, le gouvernement a maintenu et généralisé le repas Crous à un euro pour tous les étudiants, ce qui garantit d’ailleurs que les Crous vont rencontrer de solides difficultés financières. Dans le même temps, la France, dont les forêts sont chaque été la proie des pyromanes – ce qui ravit au passage les climatohystériques – a commandé deux Canadair flambant neufs, livrables en 2032, dans le meilleur des cas 2033. En attendant, le pays ne disposera en tout que de 12 appareils vieillissants.

Autre exemple avec les hôpitaux, qui fondent dès que le thermomètre s’emballe : le mois passé, on a vu des soignants se cotiser pour s’offrir un climatiseur mobile, pendant que l’État annonçait fièrement une commande d’urgence de 30.000 appareils dont personne ne sait comment elle va être réellement financée, ni comment l’appel d’offre va être passé.

Dans le même temps, le même État lance un plan à 50 milliards d’euros d’ici 2035 pour de l’éolien offshore, assorti d’un régime d’aides d’État de 11 milliards approuvé par Bruxelles, et ce, alors que les parcs déjà installés produisent peu voire parfois rien et que le retour sur investissement se mesure en décennies (s’il y a un retour). 50 milliards pour un pari dont on ignore encore le rendement, mais pas un sou pour climatiser des hôpitaux, voilà un arbitrage qui se passe de commentaire.

Rassurez-vous, il en va de même pour les établissements scolaires.


Face aux canicules à répétition, EDF et la Banque postale ont sorti 130 millions d’euros pour équiper 12.500 établissements. L’intention est louable, mais rapportée aux plus de 80.000 écoles du pays, la goutte d’eau s’évapore avant de toucher le sol. Et comme on pouvait déjà le lire ici en 2019, le sujet ne date pas d’hier : cela fait des lustres qu’on redécouvre, chaque été, que l’été peut-être cuisant. Au rythme où vont les gesticulations, les annulations de brevet ou de baccalauréat vont pouvoir continuer les prochaines années.

Pendant ce temps, la France consacre des milliards à l’aide militaire et humanitaire à l’Ukraine, et le défilé du 14 juillet 2026 sera d’ailleurs placé sous le signe de la coalition, 10.000 soldats et pilotes ukrainiens compris. Soutenir l’Ukraine est un choix politique possible mais on peut aussi noter que, ce 2 juillet, la justice allemande a formellement accusé les autorités ukrainiennes d’avoir commandité le sabotage des gazoducs Nord Stream, sabotage qui a contribué à faire exploser la facture énergétique des ménages européens, français compris.

Financer généreusement celui qu’un parquet voisin soupçonne d’avoir allumé la mèche de votre propre inflation, c’est couillu ; le faire alors que les finances sont au bord de l’effondrement, cela dépasse l’étrange pour confiner au suspect.

Ces exemples s’accumulent et s’ajoutent, de surcroît, au millefeuille administratif dont l’OCDE constate l’étendue et la valeur ajoutée… « ouverte à discussion », pour le dire gentiment.

Ainsi, la France entretient plus de 430 opérateurs de l’État, des centaines de groupements d’intérêt public et plus de 2000 officines, agences et établissements dont les missions se chevauchent, s’entremêlent et se papouillent avec une créativité admirable, pour un coût estimé de 77 milliards d’euros par an (une broutille, détendez-vous !). Le gouvernement rêvait d’économiser deux à trois milliards en fusionnant tout cela ; le Sénat, plus lucide (?), estime que 500 millions serait déjà un objectif ambitieux.


L’appareil administratif est si morbidement obèse que plus personne n’ose espérer le dégraisser sérieusement.

Et on touche là au vrai sujet : les dépenses publiques françaises ont atteint 57,2 % du PIB en 2025, un record mondial, dont une dizaine de points ne sont que de l’emprunt maquillé en recette. Le déficit culmine à 5,1 % du PIB et la dette affiche un 3.536 milliards d’euros bien joufflu. Mais pour couronner le tout, cet argent produit peu et même de moins en moins.

La santé en est l’illustration parfaite : la France dépense plus que la moyenne pour des résultats en dessous, et l’on estime que plus de 20% des soins prodigués seraient inutiles, soit une vingtaine de milliards jetés par les fenêtres chaque année.


Quant aux retraites, l’OCDE relève que la France y consacre (dans une décontraction de plus en plus mesurée) presque le double de ce que versent les autres pays riches. Alors, certes, ici, le résultat n’est pas nul puisque le taux de pauvreté des retraités y figure parmi les plus bas d’Europe, mais cette performance se paie au prix d’une fiscalité vexatoire, d’une dette obèse que plus personne ne sait comment honorer, et d’un impact sur la compétitivité des emplois français qui apparaît clairement négative (pour ne pas dire catastrophique à présent).

Le message de l’OCDE n’est donc pas seulement qu’il faut dépenser moins, mais bien qu’il faut dépenser moins ET mieux dépenser ce qui reste, ce qui suppose de couper fermement là où l’argent ne sert à rien : le millefeuille et ses 77 milliards, les 20 milliards de soins inutiles, les paris énergétiques dont le rendement est grotesque, les dépenses extérieures dont on ne maîtrise ni le coût ni le retour. Et il faudrait que le tout soit en retrouvant, accessoirement, le sens élémentaire des priorités, celui qui voudrait qu’on achète de quoi éteindre les incendies et rafraîchir les hôpitaux avant d’isoler somptueusement les toilettes.

Rien n’indique hélas qu’on en prenne le chemin, tant l’ampleur des coupes nécessaires paraît sous-estimée par toute la classe politique, celle qui tient la gamelle comme celle qui tourne autour en attendant son tour. On continue donc de commander du caviar sous un toit troué, en s’étonnant benoîtement que la pluie tombe à l’intérieur.

Ce pays est foutu.


https://h16free.com/2026/07/08/84656-la-france-depense-largement-pour-ses-retraites-mais-peine-a-se-payer-un-ventilo

14 juin 2026

H16
12/6/2026

Comment l’épargnant européen finance assidument les licornes américaines qui vont l’écraser

Le constat est connu, répété, et toujours aussi déprimant : la croissance a déserté l’Europe.

Le World Economic Outlook d’avril 2026 du FMI le confirme sans ménagement, avec une croissance mondiale autour de 3,1 %, des États-Unis à 2,3 %, une Inde à 6,5 %, une Chine qui tient à 4,4 %, et une zone euro qui se traîne à 1,1 %, Allemagne à 0,8 %, France à 0,9 %, Italie à 0,5 %.


Et quand on regarde de plus près, on retrouve encore le diable dans les détails : ce 1,1 % n’est pas un simple verdict structurel mais une révision à la baisse, de 1,4 à 1,1 %, provoquée par le choc énergétique de la guerre au Proche-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz.

Autrement dit, il a suffi d’un conflit lointain pour mettre le Vieux Continent à genoux. Cruelle et froide réalité : l’économie européenne est si fragile qu’une étincelle à des milliers de kilomètres lui coupe les jambes, faute d’énergie abordable, faute du nucléaire qu’on a saboté avec entrain, faute de la moindre marge de manœuvre.

Or, cette vulnérabilité n’est pas le fruit du hasard mais le résultat d’une politique délibérée et elle se lit aussi là où naissent les richesses de demain, c’est-à-dire dans les licornes.

Selon l’étude d’Eqvista, on en compte plus de 1 550 dans le monde : 783 aux États-Unis, 282 en Chine, soit près de 77 % du total à elles deux. En face, le Royaume-Uni en aligne 64, l’Allemagne 38, et la France un valeureux 30. Et tandis que l’Europe compte ses pépites sur ses doigts, les champions américains changent carrément de dimension : SpaceX prépare son entrée en Bourse autour de 2 000 milliards de dollars et OpenAI vise plus de 1 000 milliards, le tout sur le Nasdaq. Mistral AI, notre fierté nationale, plafonne pour sa part à une douzaine de milliards d’euros.


L’écart devient un véritable gouffre.

L’explication convenue est bien sûr toute trouvée : l’Europe manque de capitaux, pardi ! En fait, c’est l’exact contraire de la vérité, et c’est là que le drame vire à la comédie.

Le Vieux Continent est assis sur près de 33 000 milliards d’euros d’épargne privée, et ses ménages mettent de côté chaque année près de 1 400 milliards, soit un taux d’épargne près de trois fois supérieur à celui des Américains.

Dès lors, le problème n’est pas le carburant mais bien la tuyauterie financière : cette montagne d’épargne dort sur des livrets au rendement famélique, se trouve confisquée par des systèmes de retraite par répartition qui ne capitalisent rien, et reste surtout prisonnière de la grande maladie européenne, à savoir la fragmentation financière. En effet, il n’existe toujours pas de véritable marché unifié du capital en Europe, mais vingt-sept marchés nationaux cloisonnés, incapables de se parler, qui renchérissent et découragent l’investissement sur place. Le rapport Letta, « Much more than a market », le diagnostiquait sans détour dès avril 2024 : c’est précisément cette fragmentation qui détourne chaque année quelque 300 milliards d’euros d’épargne européenne vers l’étranger, principalement vers l’économie américaine.

Oui, vous avez bien lu : le petit épargnant français, prudent, taxé, rangé, finance sans le savoir le capital-risque américain et devient, bien malgré lui, l’investisseur providentiel de la Silicon Valley. Son assurance-vie nourrit les licornes qui viendront ensuite écraser ses propres entreprises. On a connu masochisme moins raffiné.

Pire encore : même quand l’Europe parvient à faire éclore un champion, elle le regarde partir.

Le rapport Draghi le rappelait sans détour : près de 30 % des licornes nées en Europe entre 2008 et 2021 ont déménagé leur siège, le plus souvent outre-Atlantique, pour y trouver l’argent et la liberté qu’on leur refusait ici. L’Europe est devenue une pépinière à talents qu’elle offre gracieusement à ses concurrents.


Reste l’explication culturelle, commode et paresseuse : les Européens seraient frileux par nature.

L’indice d’évitement de l’incertitude de Hofstede affiche en effet 46 pour les États-Unis contre 86 pour la France, 75 pour l’Italie et 65 pour l’Allemagne. Mais attention à ne pas confondre la cause et l’effet. Cette aversion au risque n’est pas inscrite dans les gènes du Français, mais n’est que la réponse parfaitement rationnelle à un tabassage fiscal et réglementaire permanent. Quand l’État taxe la réussite, sanctionne l’échec et pousse votre épargne vers des cases « sûres », la prudence devient la stratégie optimale. Cette absence de culture du risque n’est pas inévitable, et n’est qu’une réponse aux incitations qu’on lui impose.

Le verdict le plus cinglant reste pourtant celui de Mario Draghi lui-même : aucune entreprise européenne de plus de 100 milliards d’euros n’a été créée de toutes pièces depuis cinquante ans, là où les six sociétés américaines valant plus de mille milliards l’ont toutes été pendant cette période. Les trois premiers investisseurs européens en recherche et développement sont des constructeurs automobiles ; aux États-Unis, ce sont des géants de la tech. Tout est dit.

Que propose Bruxelles face à ce naufrage ? Un nouvel acronyme, évidemment !

Après l’Union des marchés de capitaux de 2015 et ses soixante propositions législatives restées lettre morte, voici venue l’Union de l’épargne et de l’investissement, droit sortie de ce même rapport Letta. Encore un plan, encore une stratégie, encore des pelletées de normes destinées à réparer les dégâts des normes précédentes, comme si l’addiction à la bureaucratie pouvait se soigner par un surcroît de bureaucratie.

En 2026, la vraie croissance ne se décrète pas dans les capitales européennes : elle se construit là où l’ambition a encore le droit de s’exprimer et où l’épargne sert à financer l’avenir plutôt qu’à le fuir. L’Europe, elle, accumule les rapports lucides et les décisions inverses. Elle a tout compris, et ne changera rien.

Ce continent est foutu.


https://h16free.com/2026/06/12/84520-comment-lepargnant-europeen-finance-assidument-les-licornes-americaines-qui-vont-lecraser

8 novembre 2023

Les indicateurs économiques sont formels : tout va de mieux en mieux !

H16

Si la situation géopolitique est indubitablement morose actuellement, et si certains observateurs ont noté quelques petites tensions ici ou là et notamment au Proche-Orient, au moins peut-on se rassurer avec la situation économique qui montre des signes clairs d’une excellente santé.


Tant à l’international que dans le cocon douillet de cette France gérée de main de maître par Bruno Le Dilaté, on constate la même chose : tous les indicateurs économiques passent progressivement au vert, à la bonne humeur, à la détente et indiquent un embonpoint revigorant.


Ainsi, quelques éléments de réflexion en provenance d’Outre-Atlantique nous donnent une assez bonne idée de l’état général de l’économie américaine et, par là, de ce qui se profile à l’horizon pour le reste des économies qui sont alignées avec l’Oncle Sam, Europe en premier. Dans ces éléments, citons le bilan financier de la Réserve Fédérale américaine, qui indique d’étonnants déficits.

Il faut en effet se rappeler que la Fed avait l’habitude de faire des bénéfices et d’envoyer ces bénéfices au Trésor américain chaque année, depuis sa création en 1913, et ces bénéfices se comptaient généralement en milliards de dollars tous les ans. Cependant, ces derniers temps, en raison des dépôts des banques commerciales (rémunérés) et des intérêts payés sur leurs réserves, voilà que la Fed verse quelque 700 millions de dollars par jour aux banques commerciales. Au bilan, cette année, la Réserve fédérale affiche un exercice déficitaire.


Oui, vous lisez le graphique correctement : la Fed creuse un trou de 110 milliards de dollars après avoir subi une nouvelle semaine de pertes dans une série sans précédent. Au passage, on ne s’étonnera même plus de constater que les mêmes individus qui expliquent que le système bancaire est sûr et solide ont trouvé un moyen de perdre de l’argent malgré l’existence d’une presse à billets qui tourne à plein régime…

Parallèlement, on ne pourra s’empêcher de noter que la Chine, qui n’était plus tout à fait un excellent client des Bons du Trésor américain depuis 2014, est très clairement passée du côté des vendeurs de ces bons. Si c’était relativement discret depuis lors, l’accélération depuis 2022 est franchement visible et les quatre derniers mois marquent une accélération dans la vente de ces bons par les Chinois qui semblent vouloir s’en débarrasser comme d’une malédiction. En septembre dernier, le gouvernement chinois s’est ainsi délesté du plus gros bloc de bons américain depuis quatre ans…


Et alors que notre Bruno national nous laisse penser, très sérieusement, qu’on en aurait fini de la hausse des prix, le marché commence à réaliser que les déficits (américains ou occidentaux en général) sont difficilement soutenables, et il reflète ces craintes dans les taux des bons du trésor qui continuent de grimper. Les bons américains à 30 ans tripotent le 5% annuel, pendant que les OAT françaises à 30 ans continuent leur exploration bien au-delà des 3,8% (pour rappel, ces mêmes OAT peinaient à dépasser les 0.8% il y a deux ans).


Et lorsqu’on examine les derniers indicateurs économiques nationaux, la perplexité est de mise.

Ainsi, et si l’on s’en tient aux gros titres d’une presse qui fait bien attention de ne pas trop creuser le sujet de peur de s’attirer le dangereux courroux des dirigeants actuels, la consommation des ménages français aurait augmenté de 0,7% ces derniers mois selon l’INSEE, aidant en cela à stabiliser le produit intérieur brut français autour de 0,1%, en territoire positif donc, ce qui permettrait d’éviter de parler de récession.

Dans le même temps, il apparaît cependant que l’indice PMI (indicateur économique qui jauge la confiance des chefs d’entreprise) s’effondre à 42,8. En rappelant qu’en dessous de 50 indique une contraction de l’activité, on peine à comprendre comment l’activité enregistrée par l’INSEE reste pourtant positive, d’autant qu’en même temps, la confiance des ménages est – elle aussi – en chute libre.

Autrement dit, les entreprises n’ont pas (du tout) confiance dans l’avenir, les ménages non plus, les uns comme les autres réduisent la voilure de tous les côtés, mais le PIB croît et la consommation aussi.

C’est bien entendu grotesque et cela doit certainement au fait que l’INSEE – qui l’avoue à mots choisis dans sa note sur ce récent calcul du PIB – a quelque peu “révisé sa méthodologie” en piochant avec décontraction dans ces “révisions” qui transforment des gamelles retentissantes en atterrissages souples. Révisions méthodologiques qui, au passage, n’ont pas été mises en place par d’autres pays comme l’Allemagne qui – c’est ballot – observe quant à elle une baisse de PIB de 0,3% en ligne avec ce à quoi on pouvait s’attendre, y compris dans la zone euro qui voit son PIB diminuer lui aussi de 0,1%.


Peut-être la performance étonnante de la France doit-elle à sa dette publique qui s’envole délicatement et touche de nouveaux sommets ?

Au final, peu importe puisque le Français moyen est surtout préoccupé par ses perspectives d’avenir, et avec les cadors actuellement au gouvernement, ces perspectives ne cessent évidemment de s’améliorer. Ou presque.

Il suffit pour s’en convaincre de prendre connaissance de l’état des lieux des petites entreprises françaises, qui constituent un très important vivier d’emplois (autour de 20% selon l’INSEE, et 4 millions d’emplois actuellement) : or, pour 49% d’entre elles, l’activité a baissé depuis 2022, 40% des entrepreneurs rencontrent des difficultés financières personnelles liées à la faiblesse de leur activité et leur état d’esprit se dégrade pour 8 sur 10 d’entre eux.

Cette dégradation est étonnante, alors que nos dirigeants répètent que les choses s’améliorent. C’est encore plus étonnant dans un pays qui a fait sa priorité de la bonne santé, de la solide sécurité, de l’excellente instruction de ses concitoyens et qui, pour parvenir à ces objectifs louables, augmente considérablement et systématiquement ses impôts dont une partie va – réjouissez-vous ! – aider d’intéressantes associations qui importent des clandestins par bateaux entiers.

Nul doute que ces indicateurs économiques seront pris en défaut pendant les prochains mois qui, grâce aux efforts renouvelés de nos dirigeants affûtés, verront se concrétiser des prouesses économiques dignes des meilleurs pages d’Histoire de l’Union Soviétique la République du Clownistan Démocratique.


https://h16free.com/2023/11/08/75719-les-indicateurs-economiques-sont-formels-tout-va-de-mieux-de-mieux