Gastel Etzwane
7/10/2026
Vue des États-Unis, la France est entrée dans une spirale infernale
La France n’est plus seulement, à l’étranger, le pays des Lumières, du luxe ou de la dissuasion nucléaire. Vue des États-Unis, elle est devenue le pays qui inquiète : une grande économie occidentale engagée dans une spirale d’endettement dont personne ne voit clairement comment elle pourrait sortir.
Le 5 octobre 2026, le Wall Street Journal a consacré un long format à « l’appétit de la France pour l’argent magique », devenu une « bombe d’endettement ». Le constat est qu’après des années de dépenses excessives, le pays a quitté le rang des économies européennes jugées solides pour devenir l’un des maillons faibles du continent, avec des investisseurs qui s’attendent désormais au pire. Le lendemain, l’article figurait en une du site du journal, tandis que le Financial Times décrivait la même trajectoire. La dette française n’est plus un problème intérieur. Elle devient un sujet d’inquiétude international.
Et ce qui inquiète n’est pas une appréciation idéologique : ce sont les marchés. La France emprunte désormais plus cher que la Grèce et l’Italie, les anciens malades de la crise des dettes souveraines. Son déficit ne serait dépassé, parmi les grandes économies comparables, que par celui des États-Unis. Le taux français à dix ans s’est approché de 5 %, un niveau inédit depuis 2002. Selon l’Insee, la dette atteignait 3 595,5 milliards d’euros à la fin du deuxième trimestre 2026, soit 119 % du PIB. Plus de 1 000 milliards supplémentaires en neuf ans.
Et le plus difficile est encore devant. Plus de 1 000 milliards de dollars de dette doivent arriver à échéance d’ici 2030. Dès l’an prochain, Paris devra émettre environ 380 milliards de dollars, un record, alors que la Banque de France réduit son portefeuille et que certains acheteurs étrangers traditionnels, notamment japonais, se sont retirés. Une étude commandée par Bercy prévoit une hausse de 59 % de la charge de la dette d’ici 2030. Celle-ci pourrait alors dépasser les dépenses militaires. Le gouverneur de la Banque de France parle d’un « étau progressif ».
Mais la fragilité française n’est pas seulement financière. Elle est aussi politique. Le pays n’a plus équilibré un budget depuis 1974. Le déficit est resté supérieur à 5 % du PIB trois années consécutives et pourrait atteindre 6,8 % en 2030 si rien ne change. Chaque tentative sérieuse de réduction des dépenses se heurte à une Assemblée éclatée en trois blocs, incapable de dégager une majorité durable. Et à l’approche de la présidentielle, les principales forces politiques promettent davantage de dépenses plutôt qu’un assainissement : Marine Le Pen envisage un retour de l’âge de départ à la retraite jusqu’à 60 ans ; Jean-Luc Mélenchon propose d’effacer les 488 milliards d’euros de dette française détenus par la Banque de France.
C’est là que la spirale devient infernale : une dette immense impose de réduire les déficits ; la situation politique rend cette réduction presque impossible ; l’impuissance politique inquiète les prêteurs ; cette inquiétude renchérit le coût de la dette ; et ce coût réduit encore les marges de manœuvre d’un État qui dépense déjà beaucoup plus qu’il ne prélève.
L’expression d’« argent magique » n’est d’ailleurs pas américaine. Elle vient de Sylvain Maillard, député du camp présidentiel, évoquant ce réflexe français consistant à toujours demander à l’État « un peu d’argent magique, pour payer, payer, payer ». Le Wall Street Journal raconte ainsi comment Emmanuel Macron, arrivé au pouvoir avec l’image d’un banquier décidé à remettre les comptes en ordre, a fini par financer crise après crise : Gilets jaunes, Covid, bouclier énergétique, « quoi qu’il en coûte ». Des mesures exceptionnelles sont devenues des dépenses durables. Fin 2023, le Trésor alertait déjà Bruno Le Maire sur l’effondrement des recettes. Puis est venue la dissolution. Selon un conseiller de Gabriel Attal cité par le journal, 2024 constituait peut-être l’une des dernières fenêtres permettant encore de réduire proprement le déficit. Elle s’est refermée.
C’est cela que voient désormais New York et Londres : non plus une grande puissance traversant une mauvaise passe budgétaire, mais un pays pris dans un mécanisme qui s’auto-entretient. Une dette proche de 120 % du PIB, des taux supérieurs à ceux de la Grèce et de l’Italie, des centaines de milliards à refinancer chaque année, une charge d’intérêts qui explose, une majorité introuvable et une présidentielle qui promet déjà une nouvelle surenchère de dépenses.
La France est en train de changer de réputation. Hier encore, elle intriguait par son modèle. Aujourd’hui, elle inquiète par sa fragilité. Et lorsque la première presse financière mondiale commence à présenter en une la deuxième économie de la zone euro comme un risque, le problème n’est plus seulement français. Il devient européen et, vu des grandes économies occidentales, franchement préoccupant.










































