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6 octobre 2026

H16
5/10/2026

On veut des moyens pour les cramer rapidement !

Cette rentrée n’échappe à aucun des marronniers habituels : Les feuilles tombent, les températures aussi et comme chaque automne, les lycées se bloquent et l’actualité se remplit soudains de marrons (et pas seulement ceux échangés entre les forces de l’ordre et ceux qu’on fait passer pour des lycéens).

Tout se déroule comme si, En France, on ne pouvait avoir une année scolaire complète sans une grosse poignée d’établissements barricadés à coups de poubelles, de palettes et de mortiers d’artifice. Ainsi, en décembre 2018, 188 lycées avaient été touchés dans le sillage des Gilets jaunes. Puis vinrent le bac en contrôle continu en 2021, Parcoursup en 2022, les retraites en 2023, Gaza en 2024. Si le motif change, la liturgie semble immuable : on bloque d’abord, on trouve une raison ensuite.

La récolte de cette année s’annonce exceptionnelle : on a ainsi compté plus de 350 établissements mobilisés et 625 interpellations et 83 policiers et gendarmes blessés. Depuis le début du mouvement, des centaines d’élèves et de personnels ont été blessés. Beauvau a ouvert une cellule interministérielle de crise. L’occupant de l’Élysée rappelle que la colère ne justifie pas la violence, le ministre de l’Éducation trouve les revendications « légitimes ». L’heure est grave, le numéro vert quasiment déjà imprimé dans des flyers colorés et tout est donc sous contrôle.


Et comme souvent, personne n’a rien organisé au départ, aucun mot d’ordre ne semble venu d’en haut : tout est parti du lycée Saint-Exupéry de Créteil, où quelques élèves ont barré l’entrée avec des poubelles. Trois vidéos sur Snapchat et TikTok plus tard, la région parisienne s’embrasait, l’Union Syndicale Lycéenne courait prendre la tête d’un cortège qui ne l’avait pas attendue, et La France Insoumise trottinait derrière l’Union syndicale lycéenne.

Pour LFI, l’occasion était trop belle : après des années à chanter la conflictualité, l’insurrection citoyenne et la « nouvelle France », voilà que la jeunesse se soulève enfin.

Pas de doute, il faut en être ! Sans hésiter et avec toute la « finesse » politique dont ils sont capables, Éric Coquerel et Clémence Guetté appellent donc à généraliser les blocages, et Jean-Luc Mélenchon, désormais candidat, demande carrément à ses élus et militants de « s’interposer » entre les lycéens et les forces de l’ordre. À Saint-Denis, le maire insoumis Bally Bagayoko pousse le zèle jusqu’aux abords d’un lycée bloqué, ce qui lui vaut une saisine de la justice par le préfet de police pour « provocation à commettre un délit ».

Malheureusement pour notre tribun septuagénaire, un mouvement né sur TikTok n’obéit à personne.

En fait de Grand Soir, c’est une tendance virale qui ressemble peu aux délicieuses affiches communistes des années 60 : une femme brûlée au visage à Marseille par un émeutier cagoulé qui se sert d’un spray comme d’un lance-flammes, une surveillante tabassée au sol à Annecy, un professeur gravement blessé d’un coup de barre de fer à Angers, une lycéenne aspergée d’acide, … En fait de peuple insurgé, le petit Jean-Luc se retrouve embarrassé avec cagoules, matelas en feu et un catalogue d’agressions qui tourne en boucle sur toutes les chaînes à sept mois de la présidentielle.


Bref, la « Nouvelle France » s’expose, et elle n’est guère attrayante. Pour ceux qui redoutaient qu’un Mélenchon trop vigoureux pourrait chasser le candidat de l’extrême-centre dès le premier tour, voilà qui tombe à pic.

Il y a bien évidemment des revendications : on notera des remarques sur des classes surchargées, des toilettes insalubres, des surveillants ou des infirmières introuvables. Certes, mais ce n’est certainement pas une question de moyens.

L’Éducation nationale dispose en 2026 d’un budget de 64,5 milliards d’euros (près de 90 en comptant les pensions), soit 12 de plus qu’en 2019, pour un nombre d’élèves qui fond chaque année. C’était jusqu’à l’an dernier le premier poste du budget de l’État, tout juste détrôné par la Défense (qui investit dans les mortiers apparemment). Autrement dit, avec moins d’élèves et plus de prélèvements, l’Éducation nationale transforme des milliards en absence de chaises.


De l’autre côté, la réponse lycéenne est à l’image de l’absence d’éducation qui leur est dispensée : on manque de locaux ? On crame les locaux. On réclame des profs ? On tabasse les profs. On réclame des surveillants ? On les envoie aux urgences. Décidément, PISA ne risque pas de remonter : ce sont des réactions d’imbécile qui incendie sa cuisine pour protester contre la lenteur de son four.

Au passage, on notera que les bâtiments des lycées relèvent des Régions, quand les profs et les surveillants relèvent de l’État : on exige des moyens de l’un en détruisant ceux de l’autre, et c’est le même contribuable qui paiera deux fois, sans obtenir la moindre chaise supplémentaire. Malin.

Enfin, la saison ne serait pas complète sans ses figures imposées de laxisme et d’évaporation joyeuse de la République dans un vivre-et-casser-ensemble devenu habituel : une circulaire de l’Intérieur et de l’Éducation fixe aux préfets une « ligne rouge très claire », qui devient rose pâle au passage devant les juges au vu des premières condamnations : 140 heures de TIG à Belfort pour des jets de projectiles sur les forces de l’ordre (sept ans encourus), du sursis probatoire à Reims pour des violences sur policiers, 120 jours-amende à 8 euros à Nice pour un individu qui brandissait des mortiers. Et ce sont des majeurs ! Pour les mineurs, on frôle les gros yeux.

Au milieu, se retrouvent les enseignants dont une partie, par la voix du Snes-FSU, estime que les lycéens expriment des revendications légitimes ; l’autre se tait, tétanisée, et met de bonnes notes pour avoir la paix. Des années de #PasDeVague, d’affaires étouffées et de renoncements discrets ont produit ce résultat : une institution où ceux qui devraient tenir la classe ne le veulent ou ne le peuvent plus, des parents qui regardent ailleurs, des juges qui distribuent des TIG, et l’État qui rédige des circulaires pleines de mots fermes en comptant ses blessés.

Plus personne ne canalise rien, et tout le monde le sait.

Ces gesticulations ne sont cependant pas perdues pour tout le monde. Au-delà des inévitables retombées politiques, pendant que les poubelles flambent devant les lycées, plus personne ne parle de l’état des comptes publics, du déficit qui galope ou des taux des OAT qui grimpent.

Pour un gouvernement qui n’aime rien tant qu’un sujet bruyant pour couvrir les sujets graves, l’aubaine est inespérée.

Que chacun se rassure : la Toussaint approche, les blocus vont se dissoudre dans les vacances, et la saison reprendra au printemps, avec un nouveau motif et des poubelles renouvelées au frais du contribuable.

Rendez-vous en avril.


https://h16free.com/2026/10/05/85389-on-veut-des-moyens-pour-les-cramer-rapidement

9 septembre 2026

H16
9/9/2026

L’Éducation nationale s’effondre, mais elle tient ses positions

Pour sa dernière rentrée, Emmanuel Macron a trouvé le mot juste : à son époque, a-t-il expliqué avec l’assurance des cuistres, les vacances d’été commençaient « autour du 14 juillet ». Vérifications faites, c’était évidemment faux.

Eh oui, un jour de rentrée, le chef de l’État n’avait rien d’autre à offrir qu’une nostalgie calendaire basée sur du vent. Finalement, c’était assez raccord avec une institution qui n’avait pas plus à dire et transforme donc la rentrée des classes en pur exercice de communication. L’instruction, elle, attendra.


Cependant, ce même 1er septembre, l’association Helpen publiait son « Livre noir » de l’Éducation nationale : 264 pages fondées sur plusieurs milliers de témoignages et de signalements, qui décrivent non pas des conflits de bureau mais un « harcèlement institutionnel », enraciné dans les pratiques managériales du ministère : dans 81 % des situations, le supérieur hiérarchique est directement impliqué ; 77 % des victimes rapportent des représailles après signalement ; 55 % n’ont jamais obtenu la moindre réponse et 98 % jugent la réaction de l’institution peu ou pas efficace. Ceux qui ne refusent pas la réalité y liront le bilan d’une administration en pleine déliquescence, à la mécanique résumée en une phrase dans le rapport : « ce que l’institution ne corrige pas, elle le reproduit ».


Une semaine plus tôt, le ministre Édouard Geffray déroulait sa conférence de rentrée : « tolérance zéro », on ne touche pas « même un cheveu » d’un agent de l’Éducation nationale. Il parlait bien sûr des agressions venues de l’extérieur, et pour celles de l’intérieur, la ligne est autrement plus souple : entre mai et juillet, cinq questions écrites de députés de tous bords ont demandé au ministre ce qu’il comptait faire, sans aucune réponse reçue. La « tolérance zéro » s’applique aussi aux questions.

L’Inspection générale elle-même reconnaît pourtant, dans son dernier vadémécum, que le harcèlement moral existe bien dans la maison et qu’il peut être « diffus » et « systémique ». L’institution le sait, l’écrit et le classe avec efficacité.

Cependant, elle n’est pas inactive : la même semaine, le ministère et l’Intérieur adressaient aux chefs d’établissement et aux forces de l’ordre deux télégrammes recensant les « menaces » de l’année scolaire : terrorisme, stupéfiants, « masculinisme »…

Voilà qui rassure,  l’administration est capable de dresser l’inventaire scrupuleux de tout ce qui menace ses classes, à l’exception d’elle-même. L’hôpital se moque de la clinique, avec en-tête tricolore et adresse un message limpide aux personnels : on vous protège contre le monde, pas contre la maison.

Pendant ce temps, le terrain se débrouille.

Par exemple, à La Chapelle-sur-Erdre, un professeur manquait dès le premier jour, et le maire a dû faire classe, faute de remplaçant disponible dans un ministère qui supprime par ailleurs 4.000 postes cette année. La « tolérance zéro » ne s’applique pas aux affectations.

Côté propositions, Bruno Retailleau, candidat à la présidentielle, a découvert en meeting la nécessité d’« internats disciplinaires » pour les élèves violents, ce qui a fait sourire les éducateurs : ça existe déjà, ça s’appelle les Epide, et il suffisait de se déplacer pour le savoir. La droite de plateau invente des dispositifs que l’État possède déjà, pendant que l’État perd des professeurs qu’il ne remplace pas.

Tout ce petit monde tourne en vase clos, redistribuant la pénurie avec le sérieux d’un plan quinquennal. Une ânerie de président, une absence en classe, un télégramme sur le « masculinisme » : la rentrée a ses priorités.

Mais le plus consternant, c’est que cette administration en manque de remplaçant trouve sans mal des inspecteurs.

Quarante ans après la loi Savary, l’enseignement catholique dénonce des contrôles à répétition, des fermetures de classes en cascade et des coupes de moyens qui visent spécifiquement les établissements sous contrat. Dans le seul Finistère, l’enseignement catholique a perdu 1.000 élèves en un an et fermé 24 classes. Les écoles qui tiennent debout sans grève ni absentéisme chronique, où les parents se bousculent encore, sont traitées en suspectes ; celles qui s’effondrent (plus ou moins vite) sont protégées. C’est l’égalité des chances qui transforme la sélection par l’échec en vertu républicaine ; ce qui marche est à inspecter, très régulièrement et ce qui se délite mérite moyens et compassion ministérielle.


D’ailleurs, le même réflexe s’applique aux familles qui ont choisi de se passer tout à fait du système.

Depuis la loi « séparatisme » de 2021, l’instruction en famille n’est plus un droit mais une faveur, accordée sur dossier par le rectorat, et de plus en plus rarement selon la Cour des comptes : 10.202 demandes sur 40.846 refusées en 2024-2025, soit un enfant sur quatre renvoyé de force vers l’école publique (qui fonctionne si bien). On prétend ainsi lutter contre la radicalisation, mêmem si le guide interministériel admet lui-même que les cas d’enfants radicalisés à domicile sont « exceptionnels ».

Tant refus pour un risque exceptionnel ne s’explique que si l’on comprend que l’institution ne se bat pas pour le niveau des élèves mais pour son monopole. La « liberté » éducative se mesure au tampon.

Et sans surprise, avec cette direction, ces gesticulations, cette mentalité, le niveau fait exactement ce qu’on attend d’un système qui protège sa structure avant sa mission.

Depuis 2000, la France a perdu 40 points en mathématiques dans les enquêtes PISA, soit l’équivalent d’une année scolaire, et 30 points en compréhension de l’écrit ; sur quarante pays évalués, quatre seulement ont fait pire. Sur le long terme, en calcul, les élèves de CM2 sont passés d’un score de 100 en 1987 à 70 en 2017, et la dictée compte désormais 19 erreurs en moyenne contre 11 à l’époque. La dernière fournée montre même que les tendances s’aggravent : les résultats en sont apocalyptiques.


À ce niveau de délitement, ce n’est pas une erreur mais bien un effet recherché, aligné sur des décennies de « réformes » et de « priorités » éducatives qui enrichissent le vocabulaire ministériel et appauvrissent celui des élèves.

La rentrée 2026, c’est une administration qui harcèle ses propres agents, ignore les députés qui s’en inquiètent et trouve encore le temps d’adresser des télégrammes sur le « masculinisme ». C’est un ministère sans remplaçants mais fourni en inspecteurs, réservés de préférence à l’école libre. C’est un État qui refuse un enfant sur quatre à l’instruction en famille au nom d’un danger qu’il qualifie pourtant d’« exceptionnel ». Et, au sommet, un président inutile qui prétend se souvenir de dates de vacances qui n’ont jamais existé.

Il ne manque rien au tableau, sinon des élèves qui sachent le lire. Rassurons-nous : à ce rythme, dans dix ans, l’Éducation nationale n’aura plus personne à harceler, plus personne à inspecter et plus personne à instruire.

Elle sera enfin parfaitement conforme à ses procédures.


https://h16free.com/2026/09/09/85210-leducation-nationale-seffondre-mais-elle-tient-ses-positions

26 juillet 2026

Gastel Etzwane
26/7/2026

France en 2026 : on interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans (enfin, on essaye, avec des contrôles d’âge qui vont tenir cinq minutes face à un VPN et un frère aîné complaisant), parce que TikTok et Instagram « détruisent la jeunesse ».
Mais pendant que l’on s’agite sur le chronophage digital, le gouvernement dévoile fièrement son vrai chantier prioritaire : former 100 % des cadres de l’Éducation nationale à la lutte contre les discriminations anti-LGBTI+. Module dédié pour les directeurs et inspecteurs, renforcement de la formation continue, vademecum dans tous les établissements d’ici 2027… Parce que, comme le dit Aurore Bergé, « la question éducative est centrale ».
On se demande juste centrale pour quoi. Les maths ? Le français ? La biologie ? Les sciences dures qui ouvrent réellement des portes et des cerveaux ? Non. On préfère s’assurer que chaque cadre sache parfaitement « qualifier et signaler » les actes anti-LGBTI+, alors que les résultats PISA continuent de s’effriter et que des générations sortent du collège en galérant sur une règle de trois.
On interdit le scroll aux ados… mais on remplit le temps scolaire (et la formation des adultes qui les encadrent) avec de la sensibilisation idéologique. Chacun tirera ses conclusions sur ce qui est vraiment jugé urgent par le pouvoir.
Les pays qui avancent, eux, n’ont pas le temps de transformer l’école en atelier permanent de reprogrammation morale. Ils enseignent encore à calculer, à lire et à raisonner. Curieux, non ?

15 mai 2026

Philippe Meyrieu
pédagogue

- 7/5/2026 - "Nous vivons, pour la première fois, dans une société où l'immense majorité des enfants qui viennent au monde sont des enfants désirés. Cela entraîne un renversement radical : jadis, la famille "faisait des enfants", aujourd'hui, c'est l'enfant qui fait la famille. En venant combler notre désir, l'enfant a changé de statut et est devenu notre maître : nous ne pouvons rien lui refuser, au risque de devenir de "mauvais parents"...
Ce phénomène a été enrôlé par le libéralisme marchand : la société de consommation met, en effet, à notre disposition une infinité de gadgets que nous n'avons qu'à acheter pour satisfaire les caprices de notre progéniture.
Cette conjonction entre un phénomène démographique et l'émergence du caprice mondialisé, dans une économie qui fait de la pulsion d'achat la matrice du comportement humain, ébranle les configurations traditionnelles du système scolaire.
Pour avoir enseigné récemment en CM2 après une interruption de plusieurs années, je n'ai pas tant été frappé par la baisse du niveau que par l'extraordinaire difficulté à contenir une classe qui s'apparente à une cocotte-minute.
Dans l'ensemble, les élèves ne sont pas violents ou agressifs, mais ils ne tiennent pas en place. Le professeur doit passer son temps à tenter de construire ou de rétablir un cadre structurant. Il est souvent acculé à pratiquer une "pédagogie de garçon de café", courant de l'un à l'autre pour répéter individuellement une consigne pourtant donnée collectivement, calmant les uns, remettant les autres au travail.
Il est vampirisé par une demande permanente d'interlocution individuée. Il s'épuise à faire baisser la tension pour obtenir l'attention. Dans le monde du zapping et de la communication "en temps réel", avec une surenchère permanente des effets qui sollicite la réaction pulsionnelle immédiate, il devient de plus en plus difficile de "faire l'école". Beaucoup de collègues buttent au quotidien sur l'impossibilité de procéder à ce que Gabriel Madinier définissait comme l'expression même de l'intelligence, "l'inversion de la dispersion".
Dès lors que certains parents n'élèvent plus leurs enfants dans le souci du collectif, mais en vue de leur épanouissement personnel, faut-il déplorer que la culture ne soit plus une valeur partagée."
Gastel Etzwane

Un naufrage cognitif : pourquoi la Gen Z est la première génération à voir son QI baisser

- 15/5/2026 - Pour la première fois depuis près de deux siècles, une génération entière affiche un déclin cognitif par rapport à celle qui l’a précédée. C’est le constat alarmant dressé par le neuroscientifique américain Dr Jared Cooney Horvath, qui a alerté le Sénat américain en janvier 2026. Selon lui, la Gen Z (née entre 1997 et 2010) est la première à obtenir des scores inférieurs en lecture, mathématiques, mémoire et résolution de problèmes, malgré un temps passé à l’école plus important que jamais.
Le coupable ? L’exposition massive et précoce aux écrans et à la technologie éducative (EdTech). Smartphones, TikTok, résumés en bullet points et tablettes à l’école ont transformé la façon dont les jeunes apprennent… ou plutôt, dont ils n’apprennent plus.

Le cerveau humain n’est pas conçu pour le « skimming »

Le Dr Horvath explique que notre cerveau a évolué pour l’interaction humaine directe et l’effort intellectuel soutenu. Or, plus de la moitié du temps d’éveil des adolescents est aujourd’hui passée devant un écran. Résultat : ils deviennent des « skimmers », des survolleurs d’information. Au lieu de plonger dans un texte complexe ou de résoudre un problème en profondeur, ils zappent de fragment en fragment.
Cette habitude détruit progressivement la mémoire de travail et la discipline mentale. Dès qu’un pays généralise les ordinateurs et tablettes dans les classes, les résultats scolaires chutent, selon des données compilées sur 80 pays. « Ce n’est pas du progrès, c’est une reddition », déclare le neuroscientifique. « Nous redéfinissons l’éducation pour qu’elle s’adapte à l’outil, au lieu de former nos enfants. »

Une urgence sociétale et un paradoxe inquiétant

Le Dr Horvath qualifie la situation d’urgence sociétale. Le plus préoccupant, selon lui, est le décalage entre la perception des jeunes et la réalité : beaucoup de membres de la Gen Z se sentent surconfiants quant à leurs capacités, alors qu’ils sont objectivement moins armés cognitivement que leurs parents au même âge.
Ce « naufrage cognitif » pourrait avoir des répercussions majeures sur l’ensemble de la société : moindre capacité d’innovation, difficultés accrues dans les études supérieures et sur le marché du travail.
Face à ce constat, les recommandations sont claires et radicales :
• Limiter drastiquement le temps d’écran en classe ;
• Retarder l’arrivée du smartphone chez les enfants ;
• Revenir aux méthodes traditionnelles : manuels papier, interaction humaine directe et apprentissage profond.
Certains pays scandinaves ont déjà commencé à réduire ou supprimer l’EdTech dans les écoles primaires, afin de redonner à la génération Alpha (les enfants nés après 2010) une véritable capacité d’attention et de réflexion.
Le message du Dr Jared Cooney Horvath : il est encore temps d’agir avant que ce déclin ne devienne irréversible.


11 mai 2026

René Chiche
11/5/2026

Dix mille euros.

C’est la somme que l’État vient d’être condamné à verser à la mère et à la sœur de Jean-Pascal Vernet, ce professeur des écoles qui s’est suicidé le 2 mai 2019 après avoir reçu par erreur un courrier de l’administration l’informant de sa suspension et de sa mise en examen.
Dix mille euros, serait-ce donc le prix accordé à la vie d’un professeur ? Ou bien hélas plus vraisemblablement le solde de tout compte consenti par l’État, qui est ici juge et partie, pour endosser sa responsabilité sans assumer sa faute ? « Allez, on vous donne 10 000 euros et on n’en parle plus ! »
Car le plus sidérant n’est peut-être pas l’estimation dérisoire du préjudice causé à une mère et à une sœur par la mort d’un fils et frère dans ces conditions, le plus sidérant est que le tribunal administratif de Marseille reconnaît la responsabilité de l’État tout en affirmant qu’aucune faute de l’administration ne serait établie. Le tribunal appelle cela une « responsabilité sans faute ». La formule est juridiquement connue, certes. Mais appliquée à une affaire de cette nature, elle provoque un véritable vertige moral.
Car oui, il y avait bien erreur. Le jugement le reconnaît lui-même noir sur blanc : le courrier évoquait une procédure pénale qui concernait en réalité un autre enseignant. Le tribunal reconnaît également que Jean-Pascal Vernet, après avoir reçu cette lettre, a rédigé un courrier d’adieu dans lequel il affirmait faire l’objet d’une procédure pénale, avant de mettre fin à ses jours quarante-huit heures plus tard. Le suicide est reconnu « imputable au service ». Et pourtant, malgré tout cela, il n’y aurait pas de faute…
Cette décision marque peut-être l’aboutissement d’une évolution profondément inquiétante de notre institution : celle d’un système capable de broyer un agent sans véritablement s’en rendre compte ni surtout s’en demander compte, capable de le conduire à la mort puis d’effacer juridiquement toute responsabilité humaine derrière les abstractions et commodités du droit administratif.
Le plus glaçant est peut-être dans ce passage du jugement où le tribunal reproche à la famille de ne pas apporter suffisamment de précisions pour démontrer la faute de l’administration. Comme si le fait d’adresser par erreur à un professeur un courrier lui annonçant sa mise en examen ne constituait pas déjà, en soi, une faute d’une gravité extrême. Comme si l’on pouvait sérieusement soutenir qu’aucun dysfonctionnement administratif fautif n’existait dans une telle affaire.

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27 avril 2026

François Asselineau
26/4/2026

DUFLOT VEUT ACCÉLÉRER LA DESTRUCTION DE NOTRE ENSEIGNEMENT



La dirigeante écologiste, ex-ministre de Hollande (Ayrault I et II) veut en finir avec l'exigence sur l'orthographe.
Elle a déclaré sur RMC que « l’orthographe n’est pas une religion » et l'a qualifiée d’« instrument de sélection scolaire ».
Se définissant crânement comme une « psychopathe de l’orthographe repentie »,elle juge que le véritable enjeu de la langue est de « se comprendre, de s’exprimer et d’agir ensemble ». Et que le respect de l'orthographe serait donc une vieillerie à supprimer d'urgence.
Cette sortie fait suite à la publication d'une note de service d'Édouard Geffray (ministre de l’Éducation nationale) qui demande aux enseignants de faire preuve d'une « exigence renforcée dans les attentes rédactionnelles pour toutes les disciplines ».
Exigence que Duflot dénonce comme étant « une lubie récurrente ».

COMMENTAIRES

Il est minable de constater que RMC, repris par Le Figaro, qui censurent impitoyablement les analyses, les propositions et l'existence même de l'UPR, trouvent en revanche judicieux de donner le plus grand retentissement à Mme Duflot, qui a quitté fort heureusement la politique depuis 8 ans, dans un soulagement général.
Non seulement cette dame ne représente plus qu'elle-même, mais ce qu'elle sort avec aplomb n'est, pour la paraphraser, que la « lubie récurrente » d'une idéologie soixante-huitarde moribonde.
Une idéologie qui affirme que l'on formera mieux les enfants au monde de demain si l'on supprime, dans leur parcours éducatif, toute contrainte, toute exigence, toute rigueur, tout souci de précision et toute difficulté, et cela par refus de la « sélection scolaire » et souci de promouvoir la « créativité » des élèves.
Or 2 raisons fondamentales révèlent toute la sottise de la réaction de Duflot.
1. Duflot ne comprend pas que le but de l'orthographe, comme celui de la grammaire, n'est pas d'embêter sciemment de jeunes enfants au nom d'une « lubie récurrente », sadique et inutile.
Car l'orthographe ne sert pas à rien.
C'est ce qui permet notamment de distinguer des mots homonymes comme :
-sein (partie du corps)
-saint (sacré ou personne canonisée par l'Église)
-sain (bonne santé)
-ceint (entouré)
-seing (signature)
Supprimer la précision de l'orthographe, de la grammaire et de la ponctuation, reviendrait donc à multiplier sans cesse les quiproquos, à rendre les textes ambigus ou carrément inintelligibles.
Contrairement à ce qu'affirme Duflot, ce n'est donc pas la suppression de l'orthographe qui permettrait aux futurs adultes de « se comprendre, de s’exprimer et d’agir ensemble ».
C'est au contraire son maintien et son enseignement rigoureux, comme le fixe d'ailleurs la note du ministre !
2. Duflot ne comprend pas non plus que l'exigence et la précision sont la base de l'optimisation des mécanismes mentaux pour permettre aux enfants de progresser vers les sommets de l'intelligence et de la pensée.
Pour le comprendre, cette écologiste devrait réfléchir au constat très significatif suivant :
Les pays où l'apprentissage de l'écriture et de la lecture sont les plus difficiles au monde – du fait de la mémorisation nécessaire d'au moins 2000 idéogrammes (Chine,Taïwan, Japon...) – sont aussi les pays où le quotient intellectuel (QI) moyen des populations est le plus élevé du monde :

CLASSEMENT des 10 premiers pays du monde par ordre de QI moyen

1) Chine: 113
2) Singapour: 113
3) Hong Kong :110
4) Macao : 110
5) Taïwan : 110
6) Japon : 109
7) Corée du Sud :109
8) Canada : 106
9) Finlande :106
10) Estonie : 106
[ https://donneesmondiales.com/qi-par-pays.php ]

Comme on l'a vu en France au XIXe et XXe siècles, l'exigence de l'enseignement et l'effort demandé aux élèves sont ainsi la clé du développement économique et de la prospérité.
A contrario, la baisse du niveau d'exigence dans l'enseignement français s'accompagne de notre dégringolade économique et civilisationnelle.

https://www.lefigaro.fr/.../l-orthographe-n-est-pas-une...

10 février 2026

Rafik Smati

- 10/2/2026 - S’il est un sujet qui m’inquiète profondément pour l’avenir de la France, c’est notre décrochage scientifique. Nous perdons pied dans la course à l'intelligence, et les conséquences seront irréversibles si nous ne réagissons pas.
1) La France compte actuellement environ 150 000 élèves ingénieurs, contre 7 millions d’élèves Chine. À démographie comparable, le ratio est désormais de 1 à 3 en notre défaveur. Ce différentiel n'est pas une statistique abstraite : c'est un indicateur précis de notre dépendance technologique future et de notre perte de souveraineté.
2) Nous avons renoncé à l’exigence au nom d'idéologies hors-sol. La suppression des mathématiques du tronc commun au lycée a été un acte d'automutilation nationale. Malgré une volte-face tardive, le mal est fait : le réservoir de talents s'est tari et la "bosse" scientifique française s'affaisse.
3) Nous avons sacrifié l’éducation de nos enfants pour financer notre modèle social. Il y a 40 ans, l’Éducation et les retraites pesaient chacune 7 % du PIB. Aujourd’hui, les retraites ont doublé pour atteindre 14 %, quand l’Éducation stagne péniblement à 7 %. Nous consommons notre capital intellectuel pour financer le présent, voire le passé.
4) Pire encore, 30 % du budget de l'Éducation nationale est aujourd'hui aspiré par le financement des retraites de ses propres agents. Le budget réel consacré à l'enseignement s'effondre. Résultat : nos professeurs sont mal payés, nos infrastructures vieillissent et nos résultats PISA dégringolent.
Mon message est clair : on ne gagnera pas la grande bataille du 21ème siècle avec plus de dette, mais avec plus d'intelligence ! Pour cela, je propose d’ériger les mathématiques en grande cause nationale !
Il est temps de renouer avec la grande tradition scientifique de la France. Ceci n’est pas une option, c’est la condition de notre survie en tant que nation-puissance.
Le sursaut scientifique est une urgence vitale pour la France.

8 décembre 2025

Bac + 5, Orthographe – 10 : la terrible diplômosclérose française

H16
8/12/2025

Les études – PISA notamment – se suivent et indiquent toutes la même chose : le niveau des élèves français continue de sombrer.

Que ce soit 2007, 2010 ou plus récemment, 2023, ces colonnes ont été l’occasion de noter la contre-performance du système scolaire français sur les 20 dernières années : alors que les budgets du ministère chargé de nos chères têtes blondes n’ont cessé de croître, et que le montant consacré par élève aussi – alors même que le nombre total d’élèves, lui, diminue petit à petit dans le premier degré, les résultats des enfants (à l’arrivée en 6ème) et des adolescents (au sortir du collège) n’a pas cessé de dégringoler, et de le faire de plus en plus vite.

En 20 ans, le budget de l’Éducation est passé d’environ 100 milliards en 2000 à plus de 190 en 2025 : en somme, on a augmenté les moyens et surtout produit des médiocres, et ce malgré de nombreuses études (Rapport Coleman (1966), méta-analyses d’Eric Hanushek, étude du Mackinac Center ou de l’OCDE) montrant une corrélation faible entre les moyens financiers et l’efficacité d’un apprentissage.


La tendance était connue et les années passées, des articles récurrents s’inquiétaient de la présence d’étudiants à l’orthographe de plus en plus hésitante sur les bancs de facultés pour lesquelles l’écriture en français compréhensible n’est pourtant pas facultative (le Droit par exemple). Bien qu’inquiétante, cette tendance était pour le moment considérée comme marginale et ne concernant qu’une petite poignée d’individus presque analphabètes, manifestement bénéficiaires d’un baccalauréat un peu trop facile à obtenir.

Les choses sont cependant en train de tourner au vinaigre à mesure que cette proportion d’élèves illettrés croît de façon alarmante. À tel point que certains professeurs directement concernés s’en ouvrent directement dans quelques articles de presse, et pour eux, le constat est sans appel : on peut parler d’un « véritable effondrement ».

Et alors que la proportion de jeunes adultes diplômés du supérieur en France n’a cessé d’augmenter, même en prépa et avec une grosse majorité d’élèves avec une mention « très bien » ou « bien », des professeurs témoignent retrouver « des copies de six pages qui contiennent 60 à 70 fautes ». Pour ces derniers, on observe « une nette dégradation depuis trois ou quatre ans ».

Pour les professeurs concernés, la cause du mal est à chercher dans l’abandon de l’exigence de la grammaire et l’orthographe de la part des élèves : assez logiquement, comme les cycles primaires et secondaires ont renoncé à imposer une grammaire et une orthographe correctes aux élèves, ces derniers ne se donnent plus autant de mal qu’avant pour rester lisibles et compréhensibles. La disparition progressive des dictées, la réduction de la taille des devoirs écrits et l’amoindrissement de plus en plus marqué des exigences de syntaxe et de cohérence d’ensemble sont autant de facteurs qui ont favorisé un véritable laxisme orthographique et grammatical, qui s’est mué en habitude pour les élèves lorsqu’ils passent dans les études supérieures.

Le problème, c’est qu’une absence de rigueur au niveau de la forme entraîne bien souvent un amoindrissement de la rigueur au niveau du fond. Rapidement, alors que l’orthographe et la grammaire se délitaient, les raisonnements sont devenus de plus en plus simplistes, voire bateaux. Les poncifs s’enchaînent et la pensée de l’élève devient de plus en plus brouillonne. Petit à petit, par manque de vocabulaire, par manque d’exigence orthographique, par délitement grammatical, les élèves ne savent plus ni écrire, ni s’exprimer, ni même tenir un raisonnement décent.

Devant ce constat effarant, les autorités semblent vaguement comprendre qu’il va falloir se reprendre. Apparemment, cela passerait par un baccalauréat plus sévère : ainsi, pour la session 2026, les règles se durcissent en supprimant la possibilité d’un repêchage en dessous de 8 sur 20. Mieux encore, l’actuel ministre de l’éducation souhaite également que les professeurs aient des consignes d’exigence claires, avec, par exemple, la sanction de toute copie qui ne serait pas écrite de manière intelligible. Pour le ministre, une telle copie, avec « un niveau d’orthographe, de syntaxe et de grammaire absolument déplorable, ne peut pas avoir la moyenne ».

Compte tenu de la façon dont les élèves pleurnichent chaque année sur des examens trop difficiles ou trop sévères, on peut raisonnablement douter que ces nouvelles consignes seront effectivement appliquées pour la session 2026. Et donc, même si la prise de conscience est là, même si les autorités semblent vouloir aller dans la bonne direction, la distribution de diplômes en carton va probablement continuer…

Distribution d’autant moins pertinente que, dans le même temps, un nombre croissant d’entreprises renonce à utiliser les diplômes pour recruter leur personnel : pour ces dernières, il apparaît en effet qu’un poste dépend plus des compétences qu’une affaire de diplôme, et qu’un candidat, même avec des diplômes peu adaptés ou inexistants mais aux compétences démontrables est finalement plus intéressant qu’un diplômé aux compétences encore à acquérir…

Cette tendance est déjà clairement en cours outre-Atlantique, où s’accumulent les entreprises qui expliquent pivoter clairement d’un recrutement basé sur les diplômes à un recrutement basé sur les compétences : alors qu’un nombre croissant de candidats peut présenter un diplôme de l’enseignement supérieur, les entreprises comprennent que ces diplômes ne garantissent plus autant qu’avant certaines compétences minimales qu’elles recherchent et modifient leurs critères d’embauche en conséquence. Du reste, c’est maintenant une façon officielle de procéder chez certains grands noms de la tech comme Google ou Amazon qui ont leurs propres « examens » permettant d’évaluer au mieux les candidats, indépendamment de leurs diplômes.

En Europe, on note la même propension à se détacher, très progressivement, des papiers officiels produits par le système éducatif traditionnel. Un récent article de presse sur la DRH de SAP expliquait justement l’accent mis sur les compétences avant le diplôme. Sans surprise, on en voit les timides prémices en France où, là encore, certains comprennent l’importance des compétences avant tout.


la France s’apprête à vivre un douloureux paradoxe, celui d’un pays qui n’a jamais autant vénéré les diplômes – au point que les grandes écoles et les concours administratifs incarnent encore une forme de noblesse républicaine – tout en organisant avec autant de zèle leur dévaluation, et des millions de Français bardés de titres ronflants mais incapables de rédiger une note de service.

Fidèle à elle-même, elle tentera probablement encore un peu de restaurer la façade en rafistolant les examens et en multipliant les circulaires, sans pouvoir arrêter le mouvement de fond : dans un monde où l’on n’embauche plus des certificats mais des capacités, maintenir la fiction du diplôme magique revient à tenir debout une vitrine alors que l’arrière-boutique s’effondre.

Tôt ou tard, la France devra vivre une révolution culturelle et admettre que la compétence ne se distribue pas en fin d’année mais se construit, se vérifie, et parfois s’apprend en dehors même de l’école. Peut-être alors découvrira-t-elle qu’elle n’a jamais souffert d’un manque de talents, mais d’un excès de confiance dans ses titres et que, pour sortir de sa diplômosclérose, il lui faudra cesser de confondre diplôme et savoir-faire.

Ce sera le premier vrai test… dont la copie, cette fois, devra être lisible.


https://h16free.com/2025/12/08/82818-bac-5-orthographe-10-la-terrible-diplomosclerose-francaise

8 octobre 2025

Jean Mizrahi

-5/10/2025- Je vous recommande la lecture de ce fil sur le réseau X/Twitter, sur l'indiscipline en milieu scolaire, qui résulte de l'étude PISA :
On y découvre, chiffres à l’appui, ce que tout enseignant en France constate chaque jour : le chaos règne dans nos classes.
Il y a quelques mois, j’avais raconté mes trois semaines passées comme professeur de mathématiques – à mi-temps, puisque j’ai d’autres obligations – dans un collège « moyen » de Marseille. L’expérience fut édifiante : j’en avais conclu que le premier problème de l’Éducation nationale n’est ni le manque de moyens, ni les programmes, ni même les méthodes pédagogiques, mais bien l’indiscipline. Et surtout, la présence d’éléments toxiques qui, par leur comportement, bouleversent l’ordre de la classe et contaminent les autres : une incitation permanente à la pagaille, au refus d’apprendre, à l’anarchie.
Nous payons aujourd’hui la mauvaise digestion par notre pays des idées de Mai 68. Cette révolution culturelle, mal comprise, a engendré une série d’excès dont nous subissons chaque jour les conséquences délétères. La France s’enfonce à vitesse grand V. Et la faillite de notre système scolaire est à la fois le reflet de ce déclin et l’un de ses moteurs. Nous fabriquons désormais des générations d’incultes décervelés, qui passent beaucoup plus de temps sur TikTok que dans les livres. Avec eux, c’est toute la société qui court au naufrage, si nous ne redressons pas la barre au plus vite. Et certainement pas avec les politiciens pleutres et démagogues que nous nous choisissons régulièrement.
Cette année, j’ai refusé de reprendre un poste, alors même que j’aime profondément transmettre le savoir. J’ai eu plusieurs propositions qui correspondaient à mes souhaits. Mais en me renseignant sur les établissements, j’ai compris que l’Éducation nationale n’attend plus de ses enseignants qu’ils enseignent, mais qu’ils se transforment en gardes-chiourmes. Ce n’est pas le rôle que je veux tenir.
Pourtant, les solutions existent, et elles sont simples. Parmi celles auxquelles je pense :
• créer des internats pour les élèves les plus perturbateurs, assortis d’un suivi psychologique, afin de les éloigner d’un environnement familial et social souvent toxique (quartiers gangrenés par la drogue et l’islamisme, par exemple) ;
• instaurer des sanctions sévères pour les autres perturbateurs ;
• responsabiliser les familles, en les contraignant à assister à des réunions avec les enseignants et en leur imposant des sanctions lorsqu’elles se dérobent – ce qui suppose aussi que les enseignants aient du temps pour rencontrer les parents ;
• faire enfin de l’Éducation nationale une véritable priorité nationale, pour préparer l’avenir plutôt que de gérer en permanence le court terme, comme le font nos politiciens ;
• augmenter significativement le salaire des enseignants, afin d’attirer de nouvelles vocations et de revaloriser la fonction dans l’opinion publique.
Je ne suis pas un fétichiste de l’uniforme. Mais force est de constater qu’il devient sans doute nécessaire de l’imposer, comme un symbole d’autorité et de reprise en main. Qu’une société en arrive là, c’est le signe d’un effrayant manque de maturité collective.
Il faut agir vite. Le navire coule.

20 août 2025

Monique Plaza

-20/8/2025- L’une des méthodes les plus efficaces pour détruire une langue, c’est de réduire sa richesse lexicale, syntaxique, sémantique et pragmatique à l’oral et à l’écrit. La complexité de la pensée et sa liberté d’exercice en pâtissent gravement.
Les "nouveaux théoriciens de la pédagogie" qui sévissent depuis des années ont parfaitement rempli leur mission de destruction dans l’école publique française. Sous le prétexte de ne pas "stigmatiser" les enfants les plus en difficulté et de ne pas "imposer" aux enfants des apprentissages fondamentaux, ils ont mis en cause les méthodes éprouvées, les ont remplacées par des méthodes approximatives ne tenant aucun compte des connaissances acquises sur le développement cognitif de l’enfant.
Sur ce plan là aussi, la France a été attaquée de l’intérieur.

9 juillet 2025

L’effondrement

H16

-9/7/2025- Vous aimez la France ? Savourez-la tant que vous pouvez, dans 20 ou 30 ans, y’en aura plus son effondrement est de plus en plus visible.


Il y a 30 ans, si la sécurité dans le pays n’était pas parfaite, elle autorisait tout de même beaucoup de ces fêtes et rassemblements populaires qui semblent maintenant si difficiles à envisager sans de méticuleuses préparations policières, ces dernières ne permettant d’ailleurs même plus d’éviter les « débordements », mot pudique d’usage maintenant habituel pour camoufler des razzias et des émeutes avec morts et blessés.

La victoire aux Championnat du monde de football de 1998 comporta bien quelques exactions en marge des rassemblements populaires, mais la comparaison avec la « folle soirée » de la dernière victoire du PSG en Ligue des Champions laisse pantois tant il apparaît maintenant que cette dernière fut remplie d’événements beaucoup plus graves que ceux que la presse a daigné relater (avec par exemple 21 cambriolages dont au moins un violent).

Ce qui se passe de façon maintenant routinière, quotidienne ou quasiment, pousse inexorablement le pays dans la même catégorie que les plus violents du Tiers-Monde où les mafias et les gangs agissent avec une impunité croissante. Les journalistes, calés sur un mode opératoire mélangeant le déni idéologique et une révérence complète au pouvoir qui ne supporte pas la réalité, finissent par produire de timides reportages sur un mode interrogatif et surpris des nouvelles tendances pourtant observées par tout le monde depuis des années : « sapristi, on observe une vague de cambriolages avec violence qui touche des personnalités, avec un phénomène en recrudescence ces derniers mois, mais diable, pour quelles raisons ? »


Et n’importe quelle liste de faits divers établie sur un mois glissant donne un excellent aperçu de la violence et de l’insécurité qui s’est installée partout en France, pendant que les dirigeants, chef de l’État en tête, persistent à n’y voir que des événements disjoints, aléatoires et sans aucune tendance de fond claire, voire un « brainwashing » pour le locataire de l’Élysée.

Ce qui est observable pour la sécurité l’est pour d’autres domaines : ainsi, si vous pouviez accepter les performances du système éducatif de la France d’il y a 40 ans, celui de 2025 n’offre plus qu’une image de ruines dont les fissures et les gravats ne sont que partiellement camouflés par les millions de gommettes colorées qui permettent d’évaluer les différents diplômes distribués par l’Éducation nationale.


Les performances de l’éducation française n’étaient guère brillantes sur les 20 dernières années (et les tests internationaux comme PISA le prouvent amplement) mais les dernières épreuves du bac et du brevet poussent tout à la caricature. Avec gourmandise, Idiocracy – qui aurait dû rester une fiction – est devenu un véritable manuel pour le ministère de l’Éducation qui n’hésite plus à abaisser chaque année les exigences envers les élèves au point que cette année, le phonétique suffit dans les copies de français du brevet.


Vous aimiez la France des années 90 où l’on pouvait prendre le TGV pour relier les grandes villes françaises en temps record ? Vous avez apprécié l’ouverture du ciel à la concurrence qui a permis un développement sans précédent des aéroports et des lignes intérieures, rendant tout l’Hexagone plus facile à visiter, augmentant vos opportunité d’emploi, de business ou de tourisme ?

Grâce au travail de sape des syndicats et leurs grèves ridicules, quelques décennies plus tard, les lignes, mal entretenues par une SNCF qui s’enfonce dans une dette abyssale et une gestion calamiteuse, ne permettent plus d’assurer que les trains partent et arrivent (encore moins à l’heure).

Il en va de même pour les lignes aériennes où les contrôleurs aériens, ultraprivilégiés, se permettent eux aussi des arrêts de travail pour des motifs obscènes : ces derniers estiment insupportable d’avoir à badger leurs présences sur leur lieu de travail, la décision de les faire badger ayant été prise suite à un incident en 2022 qui aurait pu tourner au drame : trois contrôleurs étaient présents en poste au lieu des six prévus et deux avions avaient failli entrer en collision. Autrement dit, les contrôleurs ne veulent pas qu’on leur impose leurs horaires de travail déjà pas trop violents (155 jours par an contre 220 en moyenne pour n’importe quelle autre profession) et qu’on s’assure qu’ils font bien leur travail.


Vous aimiez la France avec un certain niveau d’exigence et d’excellence ? Elle a déjà disparu.

La France offre maintenant la vision d’un pays sans sécurité, de plus en plus rempli d’analphabètes approximatifs, sans transports ou infrastructures fiables, dans lequel l’excellence est réservée à une toute petite partie de l’élite.

C’est donc sans surprise que le pays perd aussi sa première place de destination touristique en matière de recettes touristiques : loin des 126 milliards d’euros récoltés par l’Espagne, les 71 milliards dépensés par les touristes sur le sol français montrent tout l’écart (au moins 55 milliards, donc) entre ce que le pays pourrait être et ce qu’il est réellement devenu.

Or, la mesure de l’attractivité touristique de ce joyaux que fut la France est particulièrement pertinente pour évaluer la dérive dans laquelle le pays s’enfonce avec obstination et déni : le pays a d’immenses atouts que peu d’autres endroits au monde peuvent prétendre aligner, mais il apparaît que, sur les dernières décennies, absolument tout aura été fait pour saboter chacun d’entre eux, par action et par omission, par le vote et par l’abstention, par lâcheté, facilité et abandon.

En face de ce constat, on ne distingue pour le moment aucun parti, aucune personnalité politique capable de comprendre les enjeux et de proposer quelques pistes crédibles de solution.

Ce pays est foutu.


4 juillet 2025

Monique Plaza

-4/7/2025- Notre culture est attaquée de tous les côtés. La chute programmée des compétences linguistiques devient vertigineuse en France.
Les professeurs sont sidérés face à la baisse des exigences au brevet et au bac.
Les nouvelles consignes de correction, en invitant à ignorer les fautes de langue, actent une vision pédagogique où l’orthographe est réduite à un facteur d’inégalité sociale, et donc écartée comme exigence prioritaire.
Par quel étrange renversement la défense de l’orthographe est-elle devenue politique ?
Anne, professeur de français depuis vingt ans dans l’académie de Montpellier – un lycée rural en montagne, très familial – pourtant militante d’extrême gauche, tient à désamorcer tout procès en conservatisme. "Dès qu’on s’inquiète de l’état de l’école publique, on est vite catalogué à droite et accusé de déclinisme. Pourtant, quoi de plus démocratique que l’exigence scolaire ?", déplore-t-elle.
La réunion d’harmonisation des barèmes, organisée par le personnel de l’inspection avec les professeurs coordinateurs de l’oral du baccalauréat de français l’a fait bondir.
"À quoi servent les professeurs ? On appelle cette démagogie de la bienveillance ?", s’est-elle insurgée dans une tribune publiée sur le site de l’AFPEAH. "Cette manière de procéder est très violente pour les professeurs, et les élèves qui se préparent consciencieusement".

12 juin 2025

Jean Mizrahi
12/6/2025

Bayrou est réellement à côté de ses pompes

Le rôle des enseignants n’est pas de diagnostiquer ni de traiter les troubles psychiques des élèves. Ce n’est ni leur mission, ni leur compétence. Et ce ne sont certainement pas six heures de "formation" bricolées à la hâte qui y changeront quoi que ce soit. Dans le meilleur des cas, on peut attendre d’eux qu’ils soient des sentinelles, des lanceurs d’alerte. Mais encore faut-il que le système les écoute. Ce n’est pas le cas.
Avant de prétendre "agir", le ministre et ses soutiens pourraient commencer par se poser quelques questions élémentaires :
• Quelle est leur propre part de responsabilité, notamment dans la détresse psychologique de la jeunesse, après deux années de restrictions brutales imposées durant le Covid – périodes d’enfermement, d’isolement, d’angoisse, dont les conséquences sont encore niées ou minimisées.
• Pourquoi l’Éducation nationale fonctionne-t-elle avec un ratio de psychologues scolaires digne d’un pays en crise, soit environ un psychologue pour 1500 élèves, quand les pays d’Europe du Nord en comptent un pour 500 ? Faut-il vraiment feindre de s’étonner que tant de jeunes décrochent ou sombrent ?
• Pourquoi les parents sont-ils si peu associés à la réflexion pédagogique ? En les maintenant à la périphérie, l’école se prive d’un levier essentiel pour détecter précocement les fragilités familiales, sociales ou affectives. Un rejet que l’on habille de grands principes, mais qui traduit surtout une gestion technocratique de la relation éducative.
• Et surtout : pourquoi l’enseignant qui s’inquiète, qui signale, n’est-il pas entendu ? J’en parle d’expérience : après avoir alerté les responsables d’un établissement sur l’état inquiétant d’un élève, je n’ai reçu ni réponse, ni retour, ni suivi. Le silence comme seule politique.
Il y a là un schéma bien rodé : celui d’une classe politique française incapable de prévenir, incapable de penser en amont. Elle ne sait que réagir, tardivement, maladroitement, sous le coup de l’émotion médiatique. « Gouverner, c’est prévoir » disait l’adage. Ici, on se contente de colmater. Mal.

Joachim Le Floch-Imad / Le Figaro
10/6/2025

"« Depuis quatre mois, j’attends des réponses et je ne vois rien venir. Je m’occupe de la sépulture de mon fils et de notre famille. (…) Je patiente. Et je saurai qui s’est moqué de nous », écrivait, il y a deux semaines, la mère d’Élias, 14 ans, tué à coups de machette en plein Paris à la sortie de son entraînement de football. Nonobstant les événements des derniers jours, l’Élysée trouvait bon, en retour, de reprendre à son compte l’expression « faits divers ». Deux mots destinés à faire diversion. Deux mots incapables, pourtant, d’effacer la réalité des maux dont souffre une nation qui s’enorgueillissait jadis d’avoir, à travers la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, érigé la sûreté en « droit naturel et imprescriptible ».
Ce mardi matin, au moment où la mère d’Élias dénonçait courageusement à la télévision l’impuissance consentie du politique en matière sécuritaire, la France était le théâtre d’une énième tragédie. À l’entrée d’un collège à Nogent, en Haute-Marne, un élève de troisième poignardait à mort Mélanie, une assistante d’éducation et mère de famille de 31 ans. Une coïncidence qui raconte, une fois de plus, l’hyperviolence de certains mineurs et la noirceur profonde de « la crise de l’école », selon l’euphémisme consacré. Toutes les statistiques officielles montrent ainsi que les digues qui protégeaient l’école de la République de la barbarie ont cédé les unes après les autres, au détriment des plus vulnérables.
Une note de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère, publiée en mai, alertait sur la hausse de 114 % en trois ans du nombre d’incidents graves à l’école publique (+ 56 % dans le second degré). Un rapport sénatorial dénombre quant à lui 100.000 professeurs menacés ou agressés chaque année. Et l’on sait, grâce aux données publiées dans le cadre de l’enquête Pisa, que la part des élèves français qui disent avoir vu un couteau ou une arme à feu en circulation dans leur établissement représente le double de celle des États-Unis et le triple de celle du Mexique. Des chiffres alarmants, étroitement liés à la crise des vocations dans l’Éducation nationale (- 30 % d’inscriptions au Capes en 20 ans) et à l’explosion du taux de démission des professeurs (+ 567 % en dix ans).
Cette violence, face à laquelle les personnels éducatifs sont en première ligne, plonge bien sûr en partie ses racines dans les discours ministériels et les politiques publiques des dernières décennies. Dans la lignée des théories de « l’Éducation nouvelle », l’école s’est transformée en contre-société libertaire, l’élève a été mis « au centre » et la parole du maître a été reléguée au niveau de celle de l’influenceur. Comme si l’éducation n’avait pas pour buts premiers, via la transmission des savoirs, de civiliser la jeunesse, de lui apprendre la maîtrise de soi, de combattre l’abêtissement qui, en déstructurant l’esprit, fait le lit de la haine, du clanisme et de la jubilation à détruire, dont l’actualité nous apporte jour après jour des illustrations nouvelles. Aussi macabre que soit le symbole, on ne peut s’empêcher de relever que l’assistante d’éducation assassinée ce mardi l’a été devant un collège portant le nom de Françoise Dolto, figure de la religion des droits de l’enfant, de la déconstruction de l’autorité et de la méfiance à l’endroit des limites.
Répondre à la décivilisation à l’œuvre, un impératif qui n’est ni de gauche, ni du centre, ni de droite, implique néanmoins d’agir au-delà des seules politiques éducatives, l’école n’étant plus un sanctuaire mais un réceptacle, une caisse de résonance de la violence, des passions tristes et des forces centrifuges de la société. Les chiffres rappelés ci-dessus sont en effet indissociables des données plus larges du ministère de l’Intérieur : 1000 agressions par jour ; une multiplication par cinq des coups et blessures volontaires depuis 1996 ; des homicides et tentatives d’homicide au plus haut (+ 78 % en sept ans).
C’est à la lumière de ces problèmes vertigineux qu’il faut comprendre les maux auxquels notre école est en proie. Bien que l’institution soit un rempart face à la sauvagerie, elle ne peut à elle seule répondre à la déshumanisation du corps social : dégradation de la santé mentale des plus jeunes, inégalités socio-économiques, repli sur les cultures d’origine liés aux bouleversements démographiques, nihilisme, entrisme islamiste. Cela vaut d’autant plus aujourd’hui, alors que notre système éducatif voit se succéder à un rythme éclair des ministres dont le goût de la communication, les propositions de façade et l’appétence gestionnaire ne parviennent pas à dissimuler l’impuissance face aux vrais défis.
Si des mesures s’imposent pour protéger les personnels et rétablir l’ordre dans les établissements les plus difficiles, la lame de fond à combattre est d’une intensité telle qu’elle rend indispensable, au-delà des effets d’annonce et autres palliatifs, une politique globale définie et mise en œuvre conjointement par l’Élysée, Matignon, les principaux ministres et la technostructure. Le fait que l’assassinat de Mélanie ait eu lieu à l’occasion d’une fouille inopinée de sacs témoigne d’ailleurs bien de l’insuffisance des seules politiques sécuritaires de circonstance. La vidéosurveillance, les portiques de sécurité et autres règlements sur les armes blanches peuvent bien sûr faire l’objet de débats. Attention néanmoins à ne pas concevoir ces derniers comme un cautère sur une jambe de bois, comme des moyens bien commodes de tenter de traiter les conséquences tout en s’aveuglant sur leurs causes : la faillite de l’autorité de l’État, la faiblesse de la réponse pénale, le sentiment de toute-puissance qu’engendre l’impunité systémique, le manque de centres éducatifs fermés, l’immigration hors de contrôle, la démission des parents, la culture de l’immédiateté et du narcissisme, la fracturation de la France.
L’heure n’est pas à sécuriser l’enfer, mais à reconstruire une société malade puisque privée de pilote, de cap et d’espérance. L’histoire montre que la France sait rebâtir sur les ruines et se sortir des situations les plus critiques. Encore faut-il que ceux qui ont la charge de son destin aient le courage de servir réellement l’intérêt général, d’engager des décisions de rupture, de mettre en œuvre le nécessaire virage à 180 degrés. En prenons-nous le chemin ? À entendre la ministre de l’Éducation nationale, Élisabeth Borne, expliquer, au lendemain du rapport sur le frérisme, de la mort d’Élias et des violences en marge du match du PSG, qu’« on ne doit ni légiférer à chaud, ni dans l’émotion », il semblerait que le doute soit permis. Comme si le jour sans fin qu’ont le sentiment de vivre des dizaines de millions de Français devait, inexorablement, se prolonger."

14 avril 2025

Jean Mizrahi
11/4/2025

Trois semaines dans un collège marseillais "dans la moyenne" : carnet de bord d’un observateur

Poursuivant mon exploration de l'Éducation nationale, j’ai effectué ces derniers jours un remplacement à temps partiel dans un collège public de Marseille, chargé de l’enseignement des mathématiques. Une aventure que je qualifierais volontiers de pédagogique et sociologique.

J’avais déjà exercé, à mi-temps, deux années durant, dans deux lycées professionnels de la région : l’un en filière « bac pro commerce » (traduisez : futurs vendeurs souvent plus intéressés par TikTok que par la TVA), l’autre en CAP mécanique et conduite. Ces expériences m'avaient convaincu que l'inculture littéraire et mathématique ne surgissait pas au lycée comme par magie, mais était un mal enraciné depuis bien plus longtemps. Curieux de voir à quoi ressemblait la situation plus en amont, je suis donc allé au collège. Et je me suis instruit.

Le collège en question est "moyen" en tout : ni ZEP hardcore ni perle rare, mais tout de même situé en périphérie. Classé en milieu de tableau dans les statistiques officielles du ministère de l’Éducation nationale pour 2024 (résultats du brevet), il offrait un terrain d’observation exemplaire. Voici quelques instantanés du terrain :

1. Bases fondamentales aux abonnés absents

Les tables de multiplication ? Inconnues au bataillon. Les divisions ? Posées au petit bonheur la chance. Le calcul mental ? Un cauchemar éveillé. Quant à la compréhension écrite, elle tient parfois plus du décryptage archéologique que de la lecture.

2. Bazar quotidien garanti

Chaque classe compte au moins un élève relevant de la psychiatrie – je n’exagère pas. Résultat : exclusions fracassantes (chaises lancées, livres jetés, etc.) mais temporaires, retours rapides, et rebelote. L’institution, impuissante, laisse se dérouler le même scénario indéfiniment.

3. Un tiers d’élèves mal élevée

Un tiers des élèves affichent un comportement oscillant entre la grossièreté et le je-m’en-foutisme. Les résultats scolaires s’en ressentent, les sanctions glissent sans avoir aucun effet. Impossible de sonder les familles sur trois semaines, mais le désintérêt parental transpire au travers de leurs rejetons.

4. Un tiers de suiveurs

Un tiers d’élèves, à potentiel, se laisse entraîner par les trublions. Pas foncièrement mauvais, mais faibles en caractère – ce qui, au collège, est une dangereuse vulnérabilité.

5. Un tiers de naufragés de la salle de classe

Un dernier tiers d’élèves sages, presque hébétés par l’agitation ambiante. Gentils, attentifs... mais freinés par le comportement désordonné de leurs camarades.

6. Entre enseignants, un même diagnostic

Les collègues décrivent la même situation : des classes plus ou moins difficiles, mais partout des éléments perturbateurs qui ralentissent la progression. Le métier relève autant du pédagogue que de l’arbitre de match de catch.

7. Littérature + mathématiques = bug système

La transposition d’un problème exprimé de façon « littéraire » en équation mathématique ressemble pour beaucoup à une expérience de physique quantique : on comprend vaguement les mots pris séparément, mais pas leur signification une fois mis dans le bon ordre.

8. Désintérêt pour la réalité tangible

Parler d’exemples concrets ? Peine perdue, alors que c’est le fondement de ma pédagogie. Ce qui compte, c’est : « Combien de points pour cet exercice ? » et « Est-ce que c’est noté ? » Le savoir pour le savoir, aucun intérêt.

9. Chacun pour soi

Projet pédagogique global ? Connaît pas. Chacun enseigne dans son coin, sans concertation, ni stratégie commune.

10. Bienvenue au survival teaching

Le remplaçant est largué sans boussole : pas de programme clair, débrouille-toi. Heureusement, j’ai pu joindre l’enseignant titulaire. À noter : les élèves "à problème" ne sont pas toujours ceux qu'on signale – les vrais champions du chaos savent rester discrets... quelques minutes. Après, bonne chance.

11. Harcèlement ? Circulez, y'a rien à voir

Un cas de harcèlement repéré et signalé. Réponse : « On s’en occupe et on vous dira ce qu’il en est. » J’attends encore.

12. Vies cabossées

Certains visages trahissent des enfances cabossées, marquées très probablement par la violence familiale. Ces élèves sont parmi les plus instables. Comment leur en vouloir ? Comment le système ne les a pas repérés et s’en est occupé : une honte.

13. "Quart d’heure lecture" ou "quart d’heure bazar" ?

Instauré quotidiennement, le quart d’heure lecture vire dans mes classes à une cacophonie où deux tiers des élèves oublient leur livre. J’ai dû jeter l’éponge, avec regret, pour reprendre un cours normal.
Quelques conclusions (provisoires) :

A. Mélanger élèves sérieux et perturbateurs est une absurdité pédagogique

Il est totalement contre-productif de vouloir faire coexister dans une même classe des élèves motivés, des élèves fragiles et des élèves franchement ingérables. Le résultat est prévisible : le niveau général baisse et l’énergie des enseignants est absorbée par la gestion des troubles, au lieu d’être consacrée à l’enseignement. La solution ne passe pas par l’exclusion pure et simple, mais par la création de structures spécifiques adaptées pour les cas difficiles :
• Petites classes encadrées par des enseignants formés à la pédagogie spécialisée,
• Internats éducatifs pour les jeunes issus d’environnements violents ou toxiques,
• Programmes spécifiques de remise à niveau pour réintégration éventuelle.
Oui, cela demande des moyens. Mais continuer à mélanger tout le monde par peur de stigmatiser revient à sacrifier les élèves sérieux (à plus forte raison quand ils rencontrent des difficultés) sur l'autel d’une illusion d’égalité.

B. Discipline et implication des parents : un duo inséparable

La discipline ne peut être efficace sans l’implication des familles, sans que cela se traduise par une violence contre les gamins une fois rentrés à la maison. Les parents doivent donc être associés, et ne plus être vus comme des empêcheurs de tourner en rond, mais sans tomber dans le travers socialiste du parent qui a forcément raison. Il est grand temps que les parents écoutent les enseignants et les respectent.
Il faut simplifier drastiquement les procédures de sanction pour les familles défaillantes :
• Suspension automatique d’aides en cas de violence grave répétée, sans labyrinthes administratifs comme c’est actuellement le cas,
• Obligation d’assister à des réunions de suivi sous peine de sanctions pécuniaires,
• Responsabilisation claire : l’école n’est pas un substitut à l'éducation familiale.
L’éducation commence à la maison. L’école ne peut réparer seule ce qui a été cassé à la source.

C. Il faut des classes de niveau... intelligemment pensées

Créer des classes de niveau ne signifie pas reléguer les élèves plus faibles dans des ghettos éducatifs. Au contraire : il s'agit d'adapter l'enseignement au profil des élèves :
• Petits effectifs pour les élèves en difficulté : plus de soutien, de pédagogie différenciée, moins d'effet de masse.
• Classes plus denses mais dynamiques pour les élèves à l’aise ou souvent plus disciplinés, capables de progresser plus vite.
C'est la seule manière d’éviter de tirer tout le monde vers le bas. Égalité ne signifie pas uniformité. Et croire que tous les élèves doivent avancer au même rythme est une cruauté pédagogique déguisée en bonne conscience. J’ai connu plus jeune des camarades de classe un peu lents mais qui se sont révélés plus tard. Chacun doit conserver ses chances tout au long du cursus général.

D. La catastrophe commence dès la maternelle

On ne rattrape pas dix ans d’échec éducatif en quatre ans de collège. La racine du problème est dans les écoles maternelles et primaires, où :
• La maîtrise de la lecture,
• Les bases du calcul,
• L’acquisition du vocabulaire,
sont tout simplement insuffisantes.
Un enfant qui entre en 6e sans savoir lire couramment et compter rapidement est déjà perdu dans l’organisation actuelle du secondaire.
Les réformes du lycée, les milliards d’euros pour de nouveaux équipements, les chartes de bonne conduite... ne servent à rien si l’on ne reconstruit pas des fondamentaux solides dès le départ.

E. Un chef d’établissement doit être un véritable chef... pas un gardien de prison

Aujourd'hui, les chefs d’établissement sont souvent réduits au rôle ingrat de gestionnaires administratifs et de garde-chiourmes, sans pouvoir réel sur la pédagogie (et avec un pouvoir limité sur la discipline). Cela doit changer.
Un chef d’établissement doit être :
• Un leader pédagogique, capable de fixer des objectifs aux équipes enseignantes,
• Un manager d’équipe, sachant fédérer ses enseignants autour d’un projet commun,
• Un responsable, avec des objectifs clairs et des leviers d’action réels.
Confier la cohérence pédagogique uniquement aux inspecteurs est un anachronisme : c’est comme vouloir diriger une armée par pigeons voyageurs.

F. Programmes clairs + évaluation sérieuse = socle commun solide

Le contenu des programmes doit être précis, net et contrôlable. Pas de « compétences vagues » ou de « projets transversaux » où l’on perd élèves et enseignants dans un nuage de mots creux.
Chaque année :
• Des savoirs fondamentaux doivent être acquis,
• Des évaluations nationales régulières, chaque année doivent permettre d’identifier les lacunes,
• Des mesures correctives immédiates doivent être prises.
Et cela sans que les enseignants deviennent des scribes obsédés par la paperasse. Liberté pédagogique sur les méthodes, exigence sur les résultats : voilà l’équilibre juste.

G. Rémunérer dignement ceux qui portent l'avenir

Je me foutais de la rémunération que je devais recevoir car ce n’était pas mon objectif. Que penser d'un pays où l'on confie l’éducation des futures générations à des professionnels payés à peine plus qu’un smicard ? C’est indigne, irresponsable, et mortifère pour l’avenir national.
On ne construit pas une nation forte avec des enseignants démotivés et précarisés. Réévaluer significativement leur rémunération est un impératif stratégique, non une faveur corporatiste.
Et pour conclure...
Le collège où j’ai exercé n’est pas un enfer sur Terre. Mais sur 91 collèges marseillais, les 20 premiers au classement sont tous privés. Et dans les 30 premiers, un seul est public.
Faut-il vraiment en dire plus ? Il est urgent, vital même, de refonder entièrement notre système d’instruction publique, en cessant de répéter les mêmes erreurs sous couvert d’idéalisme mal placé.