29/7/2026
Le journaliste russe Xenia Fedorova, ancienne directrice en France de la chaîne Russia Today, a reçu aujourd’hui un arrêté d’expulsion émis par le gouvernement français.
Avant 1990, je dénonçais le régime Ceausescu dans des journaux occidentaux, et je travaillais pour The Voice of America, une de quatre radios occidentales qui émettaient en roumain en direction de la Roumanie et dont la ligne éditoriale était très hostile au pouvoir en place à Bucarest. Cela faisait de moi – et de tous mes confrères qui travaillaient dans ces radios – des personae non gratae non seulement en Roumanie, mais dans tout le bloc soviétique.
Xenia Fedorova est, aujourd’hui, en France et dans toute l’Union européenne, dans la même situation : persona non grata.
Avant 1990, personne ne s’est insurgé contre les « journalistes » soviétiques qui, presque toujours, étaient beaucoup moins journalistes qu’espions ou agents d’influence. Personne ne s’est insurgé contre les quelques journalistes français – dignes représentants de la presse « de droite » – qui, parce qu’ils se faisaient offrir des vacances ou des parties de chasse en Roumanie désinformaient les lecteurs français, leur expliquant que Ceausescu était un très bon président. Nul n’a songé, alors, à pénaliser ces personnages hautement nuisibles.
À lire des extraits de l’arrêté d’expulsion, j’ai eu une violente et désagréable sensation de déjà-vu. Ce que le ministère de l’Intérieur français écrit en 2026 contre Xenia Fedorova est exactement ce que la police politique de Ceausescu, la Securitate, écrivait de nous, journalistes nous adressant aux Roumains sur les ondes de quatre radios occidentales.
Il y a donc un certain mode de pensée qui a traversé le temps et l’espace et qui est venu s’ancrer dans des esprits français. Un mode de pensée qui me fait douter de plus en plus que j’ai vraiment quitté la Roumanie de Ceausescu il y a 49 ans.