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13 septembre 2024

Rapport Draghi : le constat d’échec cuisant des réglementations européennes

H16

13/9/2024 - L’Union européenne, c’est vraiment une réussite : non seulement, elle nous permet de faire l’expérience sur le sol européen d’une guerre essentiellement paisible, mais en plus, elle nous garantit une économie en croissance maîtrisée, bien à l’abri des tonitruantes innovations qui menacent régulièrement les citoyens européens de leurs bienfaits un peu trop positifs.


Ouf ! Sans les subtils efforts du Commissaire Breton et de toute la Commission européenne derrière lui, les citoyens européens auraient été confrontés à l’arrivée de l’iPhone 16 et de quelques unes des innovations technologiques qu’il propose, notamment en matière d’intelligence artificielle. Il apparaît en effet qu’Apple, confronté aux contraintes imposées par le Digital Market Act européen, a renoncé aux fonctionnalités avancées de son dernier iPhone 16 sur le territoire européen.

Cette décision d’Apple pourrait peut-être sembler déraisonnable : après tout, il ne s’agit que d’une petite conformité à quelques aspects légaux auxquels les législateurs européens tiennent fermement, voilà tout.

Peut-être. Ou peut-être pas, si l’on en croit les conclusions du rapport que Mario Draghi vient de publier, lui qui s’était vu confier la tâche d’évaluer le futur de la compétitivité européenne par l’actuelle présidente de la Commission européenne.

Présenté en conférence de presse il y a de cela quelques jours (et lisible en détail ici), ce rapport brosse un tableau intéressant de l’Europe et ne laisse guère de doutes sur les petits soucis qui se sont développés ces dernières années.

Pour mémoire, Mario Draghi, c’est un peu ce plombier miraculeux non pas issu d’un jeu vidéo, mais plutôt de la bureaucratie financière italienne puis européenne. Il s’agit d’un des artisans de l’entrée de l’Italie dans l’euro, grâce à l’appui de la société JP Morgan qui, juste avant l’avènement de la monnaie unique, achètera pour 35 milliards d’euros de swaps en deux ans et permettra ainsi de faire passer le déficit budgétaire de la botte italienne de 7.5% à 2.5% du PIB… Après ce “succès”, de banquier central italien en 2006, il passera à la Banque centrale européenne en 2011. Et c’est à l’occasion de la crise de l’Euro à cette période qu’il exprimera tout son talent en s’asseyant avec décontraction sur l’interdiction de la BCE, pourtant inscrite dans les traités la fondant, d’acheter des obligations de pays mal gérés.


Bref, Mario est un homme de Davos et tout à fait dans la ligne du Forum économique mondial. Dès lors, si son constat semble correct concernant la dérive technocratique et bureaucratique du Léviathan européen, on devra donc faire extrêmement attention à ses recommandations, ses précédents exploits illustrant fort bien ce qu’on ne doit surtout pas faire.

Dans les constats, on retrouve – avec une surprise modérée – ceux déjà faits par d’autres avant lui que la croissance européenne a nettement décroché par rapport à la croissance d’autres zones, à commencer par l’américaine et la chinoise ; dans un monde où les autres avancent, se contenter de faire du sur-place revient à prendre du retard : ainsi, en 50 ans, aucune entreprise de 100 milliards de dollars de valorisation n’a vu le jour en Europe alors que, dans le même temps, les États-Unis sont parvenus à en créer 6 dont la valorisation dépasse maintenant les 1000 milliards de dollars.


Pour l’ex-banquier central, l’une des principales raisons de l’écart de performance est résumé par une poignée de graphiques, et notamment ceux montrant la différence des prix de l’énergie entre la Chine, les États-Unis et l’Europe. Le constat est globalement catastrophique : alors que l’Europe supportait des prix industriels du gaz entre les prix américains (plus bas) et les prix chinois (plus élevés), la guerre en Ukraine les a fait durablement exploser bien au-dessus de tous avec une augmentation de 345% (!)…


Le rapport note au passage que l’Union européenne est devenue le premier importateur de gaz liquéfié au monde mais que négociant de manière dispersée, n’arrive pas à tirer le moindre bénéfice de sa taille, à la différence de la Corée et du Japon. Quant à cette nouvelle place de premier importateur, elle provient directement de l’application des lumineuses idées de sanction qui ont été mises en place en 2022 et ont vraisemblablement transformé la situation européenne de sur-place précédemment observée en véritable dégringolade à partir de 2022.

Mais de façon encore plus importante que ces aspects spécifiques à l’énergie (qui reste la base même de l’économie et qui entraîne absolument tout le reste dans son sillage), c’est l’autre constat qui explique le sur-place en premier lieu : l’analyse détaillée des contraintes qui pèsent sur les entreprises européennes montre sans ambiguïté que c’est bel et bien le régulateur européen le premier responsable des très médiocres performances européennes.



“Le problème n’est pas que l’Europe manque d’idées ou d’ambition. Nous avons de nombreux chercheurs et entrepreneurs talentueux qui déposent des brevets. Mais l’innovation est bloquée à l’étape suivante : nous ne parvenons pas à traduire l’innovation en commercialisation, et les entreprises innovantes qui souhaitent se développer en Europe sont entravées à chaque étape par des réglementations incohérentes et restrictives.”

Lors de la conférence de presse, Draghi a ainsi assez clairement exprimé ceci avec une formule lapidaire mais que beaucoup de libéraux, beaucoup de chefs d’entreprises, beaucoup d’économistes lucides et beaucoup de citoyens confrontés à cette réalité quotidienne ne pourront qu’approuver : l’Europe est en train de tuer ses entreprises à coup de législation. Par exemple, on estime que la règlementation sur la protection des utilisateurs (RGPD) – qui se traduit par une avalanche de fenêtres désagréables à chaque site web européen visité – « réduit les bénéfices des petites entreprises technologiques de 15% », ce qui constitue un échec catastrophique (prévisible et prévu, du reste) qui profite en fin de compte aux grandes entreprises technologiques ainsi qu’aux petites étrangères.


Au passage, cette catastrophe n’est pas une figure de style puisqu’une évaluation du coût des contraintes légales qui empêtrent les entreprises européennes a même été réalisé et corrobore le rapport Draghi, et cette étude évalue ainsi à près de 4% du PIB sont ainsi perdus en France rien qu’à cause de ces aspects.


En fait, toutes les constatations de Draghi dans son rapport sont un véritable désaveu cinglant des politiques européennes mises en place sur les vingt dernières années au moins et en particulier sur celles qui ont porté sur le numérique dans lequel l’Europe se fait assez violemment distancer non seulement par les États-Unis, déjà leader depuis longtemps, mais aussi par la Chine qui, en vingt ans, a non seulement rattrapé l’Union mais la laisse dans la poussière de l’Histoire.

Ce rapport commandé par von der Leyen est une véritable gifle à la présidente de la Commission, ainsi qu’à son commissaire attaché au Marché Intérieur, Thierry Breton qui incarne si parfaitement la sur-règlementation, l’arrogance bureaucratique et l’échec institutionnalisé notamment dans sa ridicule guéguerre contre Musk qui n’a d’ailleurs pas manqué de relever la pertinence des constats de Draghi.

Ces constats posés, les recommandations de l’ex-banquier feront cependant frémir tous ceux qui ont compris la racine du mal, à savoir l’hubris démesuré des législateurs sans freins : avec une (très) longue litanie d’interventions des États (et du bras législatif et exécutif européen) dans tous les domaines où l’Europe s’enfonce, on sait déjà qu’une application, même modeste, de ces recommandations aboutira à accélérer l’enfoncement.

De tout cela, seuls quelques gauchistes niais trouveront leur compte dans ce qui s’apparente à un suicide désorganisé, inconscient mais obstiné de l’Europe : finalement, la décroissance, on est en plein dedans.


https://h16free.com/2024/09/13/78633-rapport-draghi-le-constat-dechec-cuisant-des-reglementations-europeennes

CONSIDÉRATIONS SUR LA DETTE DE L'ÉTAT ou C'EST BIEN UN ADIEU, PAS UN AU REVOIR

Gabriel Nerciat

13/9/2024 - Depuis l'époque maintenant lointaine d'Antoine Pinay, de Raymond Barre ou de Pierre Bérégovoy, à chaque fois que j'entends un ex-ministre ou Premier ministre en faire des tonnes sur le déficit et sur la dette (sur le mode "nous acceptons de ruiner l'avenir de nos enfants", etc.), je sais, avec un instinct aussi sûr que jamais démenti, que le type en question est un parfait tocard, et que sa carrière nationale n'ira jamais au-delà de Matignon ou de Bercy.
Le verdict est encore plus implacable lorsque l'ambitieux Père-la-Rigueur se réclame de la souveraineté de la France (neuf fois sur dix, il s'agit d'un européiste) ou du chantage à la banqueroute nationale (qui achève de démontrer qu'il s'agit bien d'un escroc).
Proposer aux Français comme seule ambition politique de réduire la dette ou le déficit budgétaire, surtout quand on a ardemment contribué à les creuser soi-même pendant sept ou dix ans, est une pure insanité pour au moins trois raisons.
1) Un État qui ne s'endette pas ne sert à rien, de même qu'une entreprise qui n'investit pas. La question n'est pas la dette en soi, mais ce qu'on en fait. Si c'est pour construire de splendides châteaux comme Louis XIV ou Louis II de Bavière, voire arracher la Franche-Comté à l'Espagne ou l'Alsace aux Impériaux, c'est très bien ; si c'est pour multiplier l'assistanat et les prébendes intéressées à des clientèles administratives et politiques ou instaurer un pernicieux despotisme sanitaire, c'est très mal.
2) Il est tout à fait dans l'ordre des choses que la sixième puissance économique du monde, où règne depuis longtemps une administration fiscale zélée et intransigeante appuyée sur une moyenne bourgeoisie rentière des plus serviles, s'endette : ses créanciers ne savent que trop bien qu'elle ne risque guère, malgré le piège de la zone euro et les iniquités de la mondialisation, de faire banqueroute comme l'Argentine ou la Grèce. Là encore, le vrai problème n'est pas de contracter des dettes, mais plutôt de savoir qui sont les créanciers (nationaux ou étrangers, particuliers ou institutionnels) auprès desquels l'État s'endette, et quel usage ils entendent faire des créances qu'ils détiennent.
3) On a compris depuis longtemps que tous les candidats qui promettent de réduire la dette et les déficits vont faire le contraire une fois parvenus au pouvoir. Macron fait d'autant moins exception qu'il a fréquenté le monde de la haute finance, et sait à quoi s'en tenir sur les dizaines de milliards d'euros que récoltent chaque année les banques d'affaires et les fonds d'investissement détenteurs de nos obligations du Trésor. C'est un peu la même opération qu'un psychanalyste qui vous promet de guérir vos névroses, ou une femme farouche qui suggère de se révéler plus facile après avoir entrevu vos bijoux de famille.
Tout cela pour dire que Bruno Le Maire a bien fait de convier 5000 personnes aux frais du contribuable, en sonnant le tocsin d'une République dispendieuse, pour leur faire ses adieux devant les caméras : quoi qu'en dise la pythonisse Michel Houellebecq, il est à craindre, ou à souhaiter, qu'on ne le revoie plus avant longtemps, même au salon de la littérature érotique aux côtés des excellentes Octavie Delvaux et Julie-Anne De Sée.

Conseil Mondial des Imams, Déclaration sur l'exécution d'otages par les terroristes du Hamas

12 septembre 2024

« Je vis à Paris depuis plus de deux ans et je ne pensais pas que ma vie serait mise en danger ici. »

Régis de Castelnau

Rubrique : chaise longue

Après le débat opposant Harris à Trump à la télévision américaine, reprise des spasmes d’adoration pour la candidate démocrate et d’exécration pour le républicain.
Tout le système médiatique français (y compris les réseaux) a donné le spectacle des ravages de notre mentalité de colonisé. La « gauche » s’est surpassée, jusqu’aux dirigeants exprimant leur soumission dans la langue des maîtres.
La palme de la servilité revenant à Libération se précipitant pour titrer : « Présidentielle américaine Kamala Harris écrase Donald Trump dans un débat à sens unique. » La simple lecture du New York Times, résolument engagé derrière Harris, permettant pourtant d’apprendre que ce fut beaucoup plus serré et équilibré.
Finalement, pour avoir de tout cela une approche équilibrée, il vaut mieux écouter Maria Zakharova, la majestueuse porte-parole de Sergueï Lavrov, le ministre russe des affaires étrangères.
Interrogée sur le débat et plus largement sur la prochaine élection américaine, elle a répondu : « Qui s’intéresse à une querelle sur l’emplacement des chaises longues un quart d’heure avant la rencontre du Titanic avec l’iceberg ? »
Pas mieux. 12/9/2024

VIDÉOS, DÉLATION ET SCANDALE

Gabriel Nerciat

11/9/2024 - La France du début du XXIe siècle : ce pays veule et fragmenté de consciences délatrices, où le film d'une fessée administrée à une fillette hystérique suscite plus d'émoi et de scandale que le suicide d'un paysan, la bastonnade d'un enfant juif, la détresse d'un travailleur pauvre qui couche dans sa voiture, la torture d'un retraité octogénaire au fer à repasser ou l'appel public au Djihad en plein cœur de Paris.
Pauvre père Antoine, quand tu iras te pendre au fond de ta grange, n'oublie pas d'activer la caméra de ton portable avant de passer ton cou dans le nœud de la corde.
Il faut bien ça pour que ta fin pitoyable ait la moindre chance de devenir autre chose qu'un fait divers.

Il y a un agenda inquiétant derrière leur mise en scène

François Meylan

23/8/2024 - Dans cette interview, publiée une seconde fois suite à une censure, l'essayiste et commentateur François Meylan discute de l'ouvrage Animalia d'Oskar Freysinger, une fable animalière qui critique de manière incisive la société moderne, dénonçant la montée d'un totalitarisme qui ne dit pas son nom et des atteintes aux libertés individuelles en Occident.

L'interview explore également le rôle déclinant des médias dans la société occidentale, autrefois considérés comme le quatrième pouvoir. Monsieur Meylan condamne sévèrement la censure et la transformation des médias en outils de propagande. Il évoque le manque de débat public et l'auto-censure des journalistes, surtout dans le contexte de la gestion médiatique de la crise du Covid-19.

L'effondrement des valeurs humaines et la déshumanisation sont d'autres thèmes centraux de la discussion. Monsieur Meylan décrit une société où les individus sont réduits à des "codes barres," des éléments utilitaires au service d'un système qui privilégie une élite. Il met en garde contre les dangers du wokisme, qu'il voit comme un mouvement destructeur visant à démanteler les structures traditionnelles, y compris les États-nations et la famille.

00:00 : Prélude
00:55 : Rencontre avec M. François Meylan
1:25 : La liberté dans le dernier ouvrage d’Oskar Freysinger
2:40 : La connaissance de soi
6:00 : Un totalitarisme qui ne dit pas son nom ?
8:07 : Les médias pendant la crise covid
14:12 : RKI-Files, le début de la remise en question ?
17:00 : Retour sur la cérémonie des JO 2024
25:00 : Un agenda progressiste
26:20 : Tourner en dérision la tradition et le divin
29:17 : Les étiquettes qui disqualifient
30:30 : Une société du paraître déshumanisée
36:56 : La culture du doute 

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11 septembre 2024

Ze Rhubarbe Blog

Peut-on exclure les vaccins Covid comme cause de la surmortalité hors Covid ?

Ben non.
Article rédigé par le spécialiste en médecine environnementale Günter Kempf dans le très mainstream Berliner Zeitung.
Il analyse les chiffres officiels disponibles (notamment britanniques) montrant une corrélation entre phases de vaccination de masse et hausse de la surmortalité hors Covid.
Reprenant les risques avérés relatifs à cette vaccination, il estime que la relation causale ne peut être exclue, même si les acteurs impliqués dans ces politiques de vaccination expérimentale de masse (politiciens, scientifiques, médecins, médias, et les covidistes en général) ne veulent plus parler de ce sujet.
Évidemment.


Dette française : l’épineux problème des retraites

H16

11/9/2024 - Michel Barnier vient d’arriver et avec tout le brio d’un teckel neurasthénique, forme son nouveau gouvernement qui saura, on n’en doute pas, relever les défis qui l’attendent. Parmi ceux-là, l’établissement d’un budget vaguement crédible.

Eh oui, il va falloir trouver “un pognon de fou”.


Bien sûr, la voie choisie consistera à augmenter les impôts (parce que pourquoi pas, après tout, ces cochons de riches – lire “classes moyennes” – pourront bien payer et l’intendance suivra, hein). L’alternative, bien trop libérale au goût d’un Barnier résolument socialoïde, consisterait pourtant à couper dans les dépenses les plus lourdes de l’État.

Une idée évidente consisterait en l’arrêt de la distribution de pognon gratuit des autres sous forme de subventions (à toutes les associations, à toutes les entreprises, tous les bidules que l’État encourage en pure perte), en accompagnant cet arrêt de saupoudrage par l’arrêt des ponctions correspondantes : l’argent distribué n’ayant jamais été que prélevé ailleurs auparavant, la disparition complète du prélèvement et de la distribution ferait économiser des sommes folles à l’État rien qu’en frais de fonctionnement, et ferait réapparaître des dizaines de milliards dans les poches des Français et des entreprises précédemment ponctionnées.

Pour donner un ordre d’idée, les subventions aux entreprises se montent (selon différents calculs) entre 92 et 260 milliards d’euros, le chiffre de 140 milliards étant généralement utilisé. Pour les associations de tout crin, on parle d’un montant oscillant autour de 23 milliards d’euros. Au total, ce serait donc au moins 160 milliards qui resteraient dans les poches des Français.

Le coup de fouet économique engendré serait biblique, mais il est absolument garanti que cette solution est politiquement impraticable dans la France actuelle.


Par ailleurs, les dettes publiques étant des promesses auprès du reste du monde qu’il serait particulièrement hasardeux de répudier, l’autre volant de réduction possible serait aménageable dans les redistributions sociales dont la promesse n’est, elle, que politique et qui n’engage que ceux qui y croient.

Après tout, la société française pourrait fort bien décider (au travers de politiciens courageux – ne cherchez pas, ça n’existe plus malheureusement) de réajuster le train de vie que l’État octroie à certaines populations avec les moyens financiers réels de la nation, et non plus en se basant sur un transfert vers les générations futures au travers de la dette… Autrement dit, arrêter de transformer des promesses politiques (généralement creuses ou pleines de filouteries) en promesses financières qui ne provoquent pas les mêmes problèmes en cas de dédit.

Très concrètement, cela revient à baisser la redistribution des retraites dont le financement actuel est justement sujet à ce genre de transfert : comme il devient difficile (pour ne pas dire impossible) de boucler les budgets gouvernementaux compte tenu du niveau actuel des pensions versées, l’État crée de la dette qui devra être remboursée par les générations futures. En fait, ces dernières auront mathématiquement une retraite plus lointaine et moins cossue afin de garantir les promesses politiques basées sur des modèles et des espérances de croissances de plus en plus fantaisistes.

La mesure, bien que d’autant plus impopulaire qu’elle constitue un motif pavlovien de grève et de manifestation de tout ce que le pays comprend de gauchistes, est pourtant à la fois la plus efficace et la plus réaliste pour retrouver des marges de manœuvre budgétaires : même avec des changements modestes dans les versements de ces pensions, les impacts seraient modérés sur les individus mais importants sur les finances publiques.

Cette dernière affirmation n’est pas gratuite.

Elle est en réalité étayée par la plupart des éléments économiques et financiers dont on dispose assez largement et dont, sans surprise, la presse ne fait qu’assez peu de cas tant il est devenu tabou d’expliquer que les générations salariées actuelles payent pour les pensions un tribut maintenant trop lourd. Oui, la génération des boomers coûte maintenant trop cher et on arrive actuellement au bout de ce qu’il est possible de faire supporter aux générations suivantes.

D’une part, la population concernée est de 17 millions d’individus et ne cesse de croître à un rythme plus marqué que celui des cotisants comme le montre assez clairement le graphique suivant (de l’INSEE) :


D’autre part, et comme le détaille les rapports de la DREES, les personnes retraitées sont sous-représentées parmi les Français ayant le niveau de vie le plus bas. Ainsi, le taux de pauvreté des retraités est nettement plus faible que celui de l’ensemble de la population à 8,7 % contre 14,6 % en 2019.

En 2019, selon l’enquête Revenus fiscaux et sociaux de l’Insee, le niveau de vie médian des retraités vivant en France métropolitaine dans un logement ordinaire (hors institution) s’élève à 1900 euros par mois et est supérieur de 3,3% au niveau de vie médian de l’ensemble de la population, qui est de 1840 euros par mois. En outre, si l’on tient compte du fait que beaucoup de retraités sont propriétaires de leur logement, leur niveau de vie médian s’élève alors à 2 310 euros par mois. Il est supérieur de 9,5% au niveau de vie médian de l’ensemble de la population qui est de 2110 euros par mois (toujours en tenant compte du fait d’être propriétaire).


Par décile, la répartition des niveaux de vie est fort intéressante et permet de bien visualiser comment se répartissent les retraités. On note ainsi que les déciles à partir du quatrième (D4) offrent tous un niveau de vie moyen supérieur ou égal au niveau de vie moyen de la population générale (1837€).

À titre d’illustration, une baisse de 10% des pensions versées dans les déciles de 4 à 10 (soit les 9,7 millions de retraités les plus aisés) permet d’économiser plus de 30 milliards d’euros par an ; de la même façon, une baisse de 20% sur les pensions versées dans les déciles de 6 à 10 (soit les 6,4 millions de retraités les plus aisés) permettrait d’économiser plus de 47 milliards d’euros par an…


Bien évidemment, entre de nouvelles ponctions fiscales – difficile alors que le pays est perclus d’impôts comme jamais et que les Français le savent – et la diminution des prestations sociales (dont les retraites font partie et ne constituent qu’une des pistes possibles), le choix du gouvernement sera cornélien qui devra équilibrer le nombre d’individus impactés et la pénibilité (réelle et ressentie) de l’action.

Certes, les électeurs de Macron sont largement puisés dans le réservoir des retraités, mais d’une part, le mur de dettes est maintenant impossible à éviter et d’autre part, Macron ne peut espérer un troisième mandat ce qui rend ce stock d’électeurs sans intérêt pour lui. La douloureuse facture pourrait donc s’abattre sur ces derniers avec d’autant plus de désinvolture qu’en réalité, le pouvoir en place n’a cure ni de ces retraités, ni des autres Français à partir du moment où son avenir personnel est menacé.

Enfin, ce billet ne pourrait être complet sans rappeler que ces calculs, arguties et prises de têtes sur la retraite (et les pistes d’économies possibles) ainsi que l’espèce de guerre intergénérationnelle qu’ils entraînent ne se seraient jamais produits si le système de répartition avait été convenablement remplacé par un système de retraite par capitalisation individuel qui est toujours bien meilleur que l’actuel, véritable vol pur et simple des classes les plus modestes.

Cependant, ne nous leurrons pas : les coupes nécessaires n’auront pas lieu, ni dans les retraites, ni ailleurs.

Et plutôt que d’augmenter la richesse en diminuant l’intervention de l’État, on peut parier que ses représentants choisiront l’accroissement de cette intervention afin de garantir l’égale répartition de la misère, bien plus politiquement vendable.

Et c’est exactement ce que nous aurons.


https://h16free.com/2024/09/11/78611-dette-francaise-lepineux-probleme-des-retraites

10 septembre 2024

Jean Mizrahi

9/9/2024 - Emmaüs annonce aujourd'hui vouloir effacer son nom de son organisation. Je trouve cette méthode détestable. En dépit de tous ses défauts, l'abbé Pierre a joué un rôle essentiel dans la prise de conscience de la grande pauvreté dans notre pays. Personne n'est parfait, il aura eu ses très mauvais côtés, mais il aura aussi démontré un courage estimable. On ne peut pas effacer ainsi le rôle joué par cet homme qui par certains aspects reste un exemple. Le manichéisme qui caractérise notre société est dangereux car il interdit toute nuance, c'est la meilleure recette pour arriver au totalitarisme. Il ne faut pas dissimuler les problèmes, mais ne pas oblitérer non plus les mérites.

Tiephaine Soter

10/9/2024 - Mon séjour à Rome se poursuit, intensément. Je pense que j'ai dépassé le stade du syndrome de Stendhal de l'historien, parce que je n'ai plus vraiment la migraine et je dors mieux.
Cela étant dit, je ne pensais pas, en me plongeant dans l'histoire ancienne, voir des débats aussi contemporains. Malgré toute notre technologie, nous en sommes au même point qu'il y a 2000 ans. J'avais déjà abordé le sujet quand je voyageais à Athènes et que je vous parlais des philosophes platoniciens et aristotéliciens, en vous expliquant comment les idées anciennes étaient toujours là, sans cesse recyclées, eh bien c'est la même chose en économie sociale.
Toute la république romaine, à partir du IIIe siècle av. J.C., est traversée par la question agraire, en réalité la question de la redistribution des richesses. Les conquêtes romaines dans la péninsule italique avaient généré d'énormes revenus, ainsi qu'un énorme butin, dont l'essentiel était accaparé par les classes oligarchiques de Rome. Le phénomène s'était aggravé, puisque comme on dit "l'argent attire l'argent" (il est plus facile de créer des gros revenus quand on a déjà beaucoup d'argent, c'est à peu près impossible sous un certain seuil, qui définit une pauvreté perpétuelle dont on ne peut plus s'extraire), si bien que la classe moyenne avait pour ainsi dire disparu au moment de la destruction de Carthage, en -146. D'un côté, il y avait quelques immenses fortunes, de l'autre, une immense majorité de citoyens réduits à la pauvreté, qui n'avait plus d'autre choix que de s'exiler dans les villes où étaient établis certains dispositifs de soulagement de la misère (on est avant le système "panem & circenses", qui sera de facto mis en place quelques décennies plus tard).
Le système tenait tant bien que mal, jusqu'à ce que des démagogues décident d'accaparer le pouvoir pour eux-mêmes et multiplièrent les atteintes à l'ordre "constitutionnel" de séparation des pouvoirs. Pour soutenir leurs entreprises qui violaient les lois, ils faisaient appel au soutien populaire, en jouant sur des distributions de terres (la plupart du temps annulées) et des subventions sur les prix du blé (elles aussi souvent temporaires, en tout cas assez limitées). Le tout foutait un bordel monstrueux dans l'économie romaine, et causait des conflits entre classes de citoyens qui jusque-là avaient des intérêts communs (malgré la pauvreté rampante, il n'y avait que peu de misère, le niveau de vie des citoyens pauvres à Rome était nettement plus favorable que celui de certains citoyens de classe moyenne dans les villes de provinces).
Les conséquences ? Très simples : une déliquescence sans précédent des mœurs, sur fond de violences politiques qui dégénéraient en guerres civiles et en massacres à faire pâlir la Saint Barthélémy, combinées à des révoltes spontanées et localisées, et qui s'étalèrent sur 50 ans avant que la république ne soit abolie et que le régime impérial prenne le relais.
Mais n'allez pas croire que le régime impérial a fait mieux : ça a été la même chose. L'Empire n'a fait qu'un "reset" du système économique républicain, et s'est effondré encore plus rapidement, en raison des invasions barbares, de la chute vertigineuse de la démographie, et de la défiance citoyenne envers un système politique qui ne leur donnait aucun pouvoir d'influence réel. Il était devenu plus sûr pour assurer son avenir de devenir fonctionnaire que de travailler, et l'oisiveté, pauvre ou rentière, était plus simple que le travail productif sur lequel pesait l'essentiel des taxes qui asphyxiaient l'économie.
L'Histoire est un cercle.
C'est désespérant.
« Il y a une forme de tristesse qui naît du fait de trop savoir, de voir le monde tel qu’il est vraiment. C’est la tristesse de comprendre que la vie n’est pas une grande aventure, mais une succession de petits moments insignifiants, que l’amour n’est pas un conte de fées, mais une émotion fragile et passagère, que le bonheur n’est pas un état permanent, mais un aperçu rare et fugace de quelque chose auquel on ne peut jamais s’accrocher. Et dans cette compréhension, il y a une profonde solitude, un sentiment d’être coupé du monde, des autres, de soi-même. »

Virginia Woolf

9 septembre 2024

Tatiana Ventôse

Michel Barnier n'est pas "juste un vieux random des Républicains"

Courte vidéo (1:52) ↴

Réflexion sur le fondement démocratique de l’expérience Michel Barnier à Matignon

Maxime Tandonnet


9/9/2024 - Samedi 7 septembre ont eu lieu des manifestations de gauche contestant le fondement démocratique de la nomination de M. Barnier à Matignon qualifié de « coup de force ». Elles auraient réuni 300 000 manifestants selon les organisateurs. Que faut-il en penser?

Le principal argument des manifestants tient au résultat des législatives des 30 juin et 7 juillet 2024. Avec 183 députés, la coalition de gauche dite NFP dispose du plus grand nombre de parlementaires, devant Ensemble 168 et RN 143. Même bien loin de la majorité absolue (289 députés), la gauche unie, en tête par le nombre de députés, aurait ainsi vocation à désigner un premier ministre issu de ses rangs.

Or, ce raisonnement n’est pas conforme à la tradition républicaine. En démocratie, dans la tradition française, la majorité relative n’est pas un critère de choix du gouvernement. Si une coalition dispose de 50%+1 une voix, évidemment le premier ministre doit être issu de ses rangs. Mais le fait de revendiquer le plus grand nombre de députés minoritaires, dans un contexte fragmenté, ne crée pas un droit à exercer le pouvoir.

Dans l’hypothèse d’une Chambre émiettée, sans majorité nette, le choix du chef de gouvernement et du gouvernement est toujours fondé sur la recherche du moins mauvais équilibre possible pour lui permettre de n’être pas mis en minorité et de durer aussi longtemps que possible en évitant la censure. Il est parfaitement normal de choisir le premier ministre ayant le moins de chance d’être censuré et donc de puiser un gouvernement dans une logique de quête d’un équilibre central par-delà les coalitions et les partis.

Ainsi, lors des élections du 10 novembre 1946, le parti communiste et ses alliés obtenaient 182 députés, le MRP (centriste) 162 et la SFIO (socialiste) 102. Le chef de gouvernement désigné fut pourtant Léon Blum de la SFIO (Léon Blum, icône de la gauche historique, n’a pas refusé la présidence du Conseil !).

D’ailleurs, si le RN, par un basculement de quelques sièges, l’avait emporté en nombre de députés en 2024, obtenant une prétendue majorité relative, tout en étant à cent lieues de la majorité absolue, les mêmes manifestants auraient-ils réclamé pour lui le droit à gouverner ?

La nomination de Michel Barnier est donc irréprochable sur le plan de la logique du fonctionnement parlementaire. En revanche, elle soulève évidemment une question de fond au regard de la perception de la démocratie par l’opinion.

Le Premier ministre est issue d’une formation qui a obtenu environ 7% des voix lors des deux tours des législatives, contre 33% au RN, 28% au NFP et 22% à Ensemble (macronistes). Si cette nomination est parfaitement légale et conforme aux principes républicains, nonobstant les protestations du 7 septembre, la question de sa légitimité populaire se pose en effet.

Disons que le fondement de l’accession au pouvoir de Michel Barnier relève de la légitimité historique plutôt que démocratique. Elle résulte des circonstances, des événements – l’effondrement d’un chef de l’État, un profond chaos politique, un pays en perdition – et non d’un choix populaire. (Le 30 juin 1958, de Gaulle n’est pas revenu au pouvoir à la suite d’une élection mais d’une profonde crise de régime.)

L’enjeu, pour Michel Barnier, est de transformer cette légitimité historique, de l’ordre de l’événementiel, en légitimité populaire – ou popularité qui compenserait le manque d’assise démocratique à la base.

La clé du succès tient à sa capacité à tenir tête à l’Élysée, à rassurer par sa personnalité, à donner un visage radicalement différent de l’autorité politique, à engager les réformes attendues des Français sur la sécurité, l’immigration, l’école, les finances et les services publics. Surtout, à bannir la folie de la communication narcissique pour recentrer la vie publique sur l’intérêt général.

À ce niveau, je me répète : les chances de succès sont évidemment réduites dans un contexte aussi difficile et piégé mais le coup mérite d’être tenté et d’ailleurs, quel autre choix que de tenter d’y croire, pour le pays ?

https://maximetandonnet.wordpress.com/2024/09/09/reflexion-sur-le-fondement-democratique-de-lexperience-michel-barnier-a-matignon/
Ze Rhubarbe Blog

9/9/2024 - L'EuroSoviet veut imposer le véhicule électrique aux Européens à travers une propagande "écolo" et, surtout, la menace d'importantes amendes envers les constructeurs de véhicules s'ils n'atteignent pas la cible imposée pour 2030, en gros un véhicule thermique pour quatre EV.
Côté consommateur, il devait y avoir d'importantes primes à la casse thermique et à l'achat d'EV, aujourd'hui sévèrement rabotées du fait de la réalité économique catastrophique.
Dans les faits :
"Toute l'industrie automobile européenne est dans une situation très sérieuse" a prévenu Oliver Blume, le PDG du groupe Volkswagen. Chef de file du premier constructeur automobile européen, et deuxième mondial, Blume a annoncé la possible fermeture d'usines dans son berceau allemand.
Deux jours plus tard, le suédois Volvo fait marche arrière et renonce à son objectif de passer au tout électrique d'ici 2030. La marque prolonge le développement de ses modèles hybrides face à un marché de l'électrique qui reste à plat.
Hier, c'était Toyota qui a confirmé réduire d'un tiers ses objectifs de production mondiale de véhicules électriques pour 2026.
C'est incontestable : en cette rentrée, le marché automobile ralentit et les véhicules électriques perdent considérablement de leur attractivité."
La disparition des aides étatiques, la hausse des prix de l'électricité, le prix des véhicules, le manque flagrant d'infrastructure, et sans doute la réalisation par une partie du public du très faible degré "écologique" réel des EV, alimentent une diminution importante de la part de marché EV en véhicules neufs.
Selon Lucas de Meo, PDG de Renault, récemment sur France Inter :
"On est en train de préparer 2025 maintenant parce qu'on prend les commandes pour les voitures qu'on va livrer. Et là, selon nos calculs, si l'électrique reste au niveau d'aujourd'hui, l'industrie européenne va peut-être devoir payer 15 milliards d'euros d'amende ou renoncer à la production de plus de 2,5 millions" d'unités, a-t-il expliqué.
"Il faut qu'on nous donne un peu de flexibilité", a-t-il plaidé. "Mettre simplement des échéances et des amendes sans avoir la possibilité de flexibiliser ça, c'est très dangereux."
En août, l'électrique ne représentait que 12,5% du marché automobile européen, avec une baisse de 10,8% des ventes sur un an.
Le dirigeant de Renault a aussi souligné l'importance du marché électrique pour les projets industriels européens de fabrication des batteries.
"Si les voitures électriques ne se vendent pas, ces projets là ont des difficultés", a-t-il mis en garde.
De fait, les immenses usines de fabrication de batteries ont bien du mal à sortir de terre, alors que certains commencent à comprendre que l'intensification de l'extraction minière requise pour alimenter ce marché est quand même très difficile à réconcilier avec une quelconque "écologie" : c'est juste une nouvelle opportunité pour le grand capital, celui-là même qui dicte aux von der Leyen, Macron et Cie leurs feuilles de route.