EUROPE : LES IDÉES DANGEREUSES ET FOIREUSES DE MACRON
À un an de la fin de son règne qu'il termine en lambeaux et avant de retourner pantoufler dans on ne sait quelle banque d'affaires, Macron, à Varsovie puis à Athènes, ne cesse de marteler ce qui restera sans doute, après lui, le principal mantra de tous ses héritiers politiques : la France doit constituer à partir de sa force de dissuasion nucléaire et hors du cadre exclusif de l'OTAN une structure de défense impériale ou supranationale de l'Europe qui servira de noyau stratégique et décisionnel à une future souveraineté européenne.
Dès lors, sur quoi fonder cette dernière, qu'on sait introuvable depuis l'échec de la CED en 1954 et celui du traité constitutionnel de 2005 ?
La réponse est simple : l'Europe doit se construire sous forme de bloc polarisé afin de s'opposer victorieusement aux trois impérialismes russe, chinois et... américain (la Turquie, qui occupe Chypre et menace l'intégrité territoriale de la Grèce, n'est pas ouvertement citée, mais faisons crédit à Macron que parlant à Athènes il y pensait certainement sans le dire) !
Le drame, c'est qu'une grande partie des Français – et pas seulement au sein des élites diplômées de Sciences-Po ou des écoles de commerce – semblent se montrer plutôt convaincus par cette ritournelle à la fois pavlovienne et insensée.
Or, il ne faut jamais cesser de rappeler que tout cela n'a absolument ni rime ni raison.
D'abord parce qu'en renouvelant l'aide à l'Ukraine exsangue et en faisant de celle-ci le nouveau levier de l'intégration supranationale en matière de politique de défense, Macron comme Merz ou Starmer désigne clairement la Russie en tant qu'ennemi prioritaire de l'Europe, bien avant la Chine ou les États-Unis. Alors même que, sans un solide partenariat avec Moscou, on voit mal ce que pourraient faire des nations aussi faibles, divisées et mondialement discréditées que les nations européennes en cas de conflictualité ouverte avec Washington, Pékin ou Ankara.
Ensuite, parce que si une telle structure de défense supranationale voyait le jour, en admettant même que l'Allemagne ou l'Italie acceptent de confier leur sécurité à l'incertaine tutelle d'une hégémonie nucléaire française ou franco-britannique, cela augmenterait considérablement les risques de guerre ouverte et nucléaire avec Moscou dans l'hypothèse où un gouvernement polonais encore un peu plus déjanté que ceux qu'on connaît déjà aujourd'hui s'avisait de provoquer Poutine ou l'un de ses successeurs sur la Baltique ou à Kaliningrad.
La France, et toute l'Europe, deviendraient de façon automatique l'otage des néo-cons de Varsovie, alors qu'elles peuvent encore, aujourd'hui, refuser de céder aux diktats indécents de Trump sur le détroit d'Ormuz.
On aimerait bien que tous ces sujets vitaux commencent à être abordés sérieusement à l'approche des futures élections présidentielles.
C'est quand même autrement plus décisif que la énième réforme des retraites ou les suppliques du patronat sur la réduction des jours fériés. Et ce n'est pas parce que Macron va enfin quitter l'Elysée que les idées foireuses qu'il défend en matière de guerre et de paix quitteront le sommet de l'Etat en même temps que lui.
