Gastel Etzwane
- 30/4/2026 - Il y a quelque chose de profondément déprimant et même tragique dans la manière dont on nous présente aujourd’hui le réarmement européen comme une « bonne nouvelle ». L’amiral Rob Bauer, ancien chef du comité militaire de l’OTAN, s’enthousiasme : grâce à Donald Trump, les investissements de défense repartent enfin. Les dépenses militaires des pays de l’OTAN ont bondi de 14 à 20 % en 2025, avec un nouvel objectif à 3,5 % du PIB d’ici 2035. Chars, missiles Patriot, drones, avions de chasse… et pour certains, le rêve coûteux d’un bouclier nucléaire autonome.
Pourtant, ce « sursaut » se produit au pire moment possible.
L’Europe de l’Ouest, déjà fragilisée, voit son moteur historique, l’Allemagne, s’enfoncer dans une crise structurelle spectaculaire. Après deux années de récession (2023-2024), une croissance anémique en 2025 (à peine +0,2-0,3 %), les prévisions pour 2026 ont été divisées par deux : de 1,3 % à seulement 0,5-0,6 %. Dette publique écrasante, désindustrialisation, services publics sous tension, problèmes énergétiques persistants et transition écologique bloquée : le continent peine à assurer ses besoins élémentaires.
Dans ce contexte de difficultés économiques, démographiques et industrielles majeures, on nous demande de nous réjouir que des centaines de milliards soient détournés vers l’armement plutôt que vers la santé, l’éducation, les infrastructures ou le pouvoir d’achat. Le bien-être des populations passe clairement au second plan.
Et le plus absurde, c’est le prétexte invoqué : la guerre en Ukraine serait « inévitable » et justifierait cette course aux armements.
Or, rien n’est moins vrai. Le conflit aurait pu s’arrêter depuis longtemps si l’Europe avait mis toute son énergie dans des négociations sérieuses et des accords réalistes. Les pourparlers d’Istanbul en mars-avril 2022 avaient ouvert une voie (neutralité ukrainienne, garanties de sécurité, statut du Donbass). Les accords de Minsk, dès 2014-2015, montraient qu’une solution diplomatique était possible. Au lieu de cela, l’Occident a choisi l’escalade, les sanctions maximales et l’envoi massif d’armes, transformant une guerre régionale en affrontement prolongé.
À aucun moment, dans aucun pays européen, les citoyens n’ont été consultés pour savoir s’ils étaient d’accord pour envoyer des dizaines de milliards à l’Ukraine, et encore moins pour les 90 milliards supplémentaires qui viennent d’être votés. Aucun débat démocratique n’a eu lieu sur l’implication croissante de l’Europe dans ce conflit. Pire : on sait désormais que des usines en Europe de l’Ouest produisent directement des drones pour l’armée ukrainienne, destinés à tuer des Russes. Cela transforme de facto les pays européens en belligérants, comme si l’on voulait absolument donner à la Russie une raison de nous attaquer, alors que pour Moscou la guerre reste circonscrite à l’Ukraine.
C’est comme si l’Europe de l’Ouest cherchait délibérément à ouvrir un nouveau champ de bataille. Cette escalade légitime, dans le discours officiel, toutes les annonces catastrophistes et les budgets militaires démesurés, au détriment de tout le reste. Au moment précis où nous n’avons plus les moyens d’assurer les besoins élémentaires, dettes abyssales, crise énergétique, transition écologique qui suppose une économie saine et des alternatives immédiates (ce qui est de moins en moins le cas avec le conflit au Moyen-Orient), on priorise les missiles plutôt que les hôpitaux et les écoles.
Cette présentation de la guerre comme inéluctable sert de prétexte commode pour justifier le réarmement massif. On transforme une opportunité manquée de paix en justification permanente pour augmenter les budgets militaires.
Le résultat est clair : une Europe qui s’appauvrit, qui sacrifie son présent et son avenir civil pour préparer un futur de confrontation. Une Europe qui, au lieu de miser sur la diplomatie et la reconstruction, choisit la logique de puissance et la course aux canons.
Ce n’est pas seulement un choix économique. C’est un choix de société, imposé sans véritable consentement populaire. Et il est permis de le trouver non seulement déprimant, mais profondément contre-productif pour les peuples européens. L’histoire jugera si cette Europe « adulte » et réarmée valait vraiment le sacrifice imposé à ses citoyens. Pour l’instant, le prix à payer paraît bien élevé.
