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15 août 2025

Quelques notes désordonnées en marge de l’évènement du jour

Natalia Routkevitch
15/8/2025

1. La naissance du « Nord Global » ?

Dans un article publié en 2023, le « mage du Kremlin » Vladislav Sourkov imagine l’émergence d’un « Grand Nord » réunissant Russie, États-Unis et Europe dans un bloc géopolitique et culturel commun. Selon lui, la notion de « Sud global » ne peut exister sans un « Nord global » et il invite à observer les premiers contours d’un tel bloc. Il rappelle que plusieurs unions improbables se sont réalisées dans le passé et que l’idée d’un espace partagé mérite d’être envisagée pour l’avenir.
Sourkov estime que, même si un véritable rapprochement ne se produira pas de son vivant, il pourrait advenir sur plusieurs décennies. L’émergence de ce bloc serait lente et douloureuse, mais possible. Selon lui, ce rapprochement aurait pu débuter dans les années 2000 si la proposition d’adhésion russe à l’OTAN n’avait pas été rejetée. Ce projet repose sur des racines culturelles communes et ne se veut ni utopique ni dystopique, mais apparaît comme une alternative à l’opposition Est/Ouest.
Au moment de sa publication, l’article a suscité incompréhension et une salve de critiques, et a valu à Sourkov une enquête après une plainte citoyenne pour vérifier la conformité du texte avec la législation russe.

2. La fragmentation du monde plutôt que la division en 2 blocs

Le « mage du Kremlin » a-t-il vu juste, du moins en partie ? Après des semaines de mouvements diplomatiques erratiques, ayant rapproché les pays du BRICS alors que l’intention initiale était inverse, Donald Trump aurait-il opté pour une sorte de « Grande transaction » avec Moscou, dont la partie la plus visible serait la coopération en Arctique ?
Selon un nombre d’observateurs, Trump chercherait à briser le bloc eurasiatique Russie–Chine–Iran–Corée du Nord en poussant Moscou à se concentrer sur le « Nord Global », où les États-Unis lui proposent une coopération. Dans ce scénario, Russie et États-Unis géreraient ensemble un espace arctique fermé, évinçant des puissances comme la Chine, tout en laissant une place mineure à des acteurs moins importants (Canada, Norvège). La rencontre envisagée en Alaska symboliserait cette nouvelle entente autour d’un « espace nordique » commun.
Pour Washington, Moscou n’est pas la menace principale : c’est Pékin. D’où l’idée d’un partage d’influence nordique avec la Russie, pendant que la confrontation majeure se déplacerait vers le sud de l’Eurasie. Dans cette configuration, il ne s’agirait pas d’une division du monde en deux blocs mais d’une fragmentation en plusieurs blocs situatifs. Pour la Russie, cela ne supprimerait nullement sa coopération avec le BRICS et le Sud global, mais créerait un autre espace de coopération important. Quant au dialogue russo-américain sur d’autres sujets, son rétablissement est nécessaire pour les questions évidentes de sécurité globale.

3. Et l’Europe dans tout ça ?

Dans les années 1930, Paul Valéry se demandait :
« L’Europe deviendra-t-elle ce qu’elle est en réalité, c'est-à-dire un petit cap du continent asiatique ? Ou bien l’Europe restera-t-elle ce qu’elle paraît, c’est-à-dire la partie précieuse de l’univers terrestre, la perle de la sphère, le cerveau d’un vaste corps ? »
La question semble résolue depuis quelque temps déjà. Le leadership européen donne souvent des preuves retentissantes de son incapacité. Sombrer dans le néant n’était pas une fatalité, mais un choix. Comme le disait de Gaulle, l’Europe unie fut « une excuse à toutes les dérobades, à toutes les lâchetés ». Le projet fondateur de l’UE consistait à remplacer les nations par un vaste marché, les hommes politiques par des institutions et les citoyens par des consommateurs. Nous y sommes.
Où s’est déplacé le centre de gravité des décisions ? Si les nations ont été écartées et les hommes politiques transformés en comédiens, quelles mécanismes décisionnels y sont à l’œuvre ? Plutôt que se laisser bercer par les slogans « Europe c’est la paix » etc., les Européens devraient chercher à comprendre le fonctionnement réel du bloc en décortiquant notamment le poids des lobbies. Qui est immense au sein de l’Union…
Depuis quelques années, un bloc militaire se forme au sein de l’UE, soutenu par la volonté politique des élites et par de puissants lobbies de l’armement. En 2022, les dix plus grandes entreprises d’armement européennes ont investi ensemble 4,7 millions d’euros en lobbying auprès des institutions européennes (selon Corporate Europe Observatory).
Les liens entre l’industrie de l’armement et l’Union européenne ne datent pas d’hier. En 2019, la Commission européenne a créé la Direction générale de l’industrie de la défense et de l’espace (DEFIS) – la seule pour laquelle une direction générale autonome a été mise en place. Selon Mark Akkerman (Stop Wapenhandel), « les institutions et décideurs de l’UE sont très réceptifs au lobbying du secteur de l’armement, et cette coopération s’est intensifiée depuis la guerre en Ukraine. »
Pour les peuples européens, la militarisation et la fabrication d’un nouvel ennemi ne constituent nullement une priorité, d’autant qu’elle se fait évidemment au détriment d’autres dépenses. Mais les acteurs du complexe militaro-industriel (CMI) se frottent les mains. Les médias, loin de jouer un rôle critique, leur servent souvent de relais, devenant de véritables marchands de peur – d'où le nom qui leur a été attribué par P. Conesa "le complexe militaro-intellectuel" dont l’objectif est simple : vendre la guerre.
Les origines et les raisons de cette attitude européenne ne se limitent certes pas aux seuls intérêts du CMI et mériteraient un développement beaucoup plus approfondi.
Quant à ceux qui s’opposent à cette logique – chercheurs, députés, analystes indépendants, ou ceux qui réclament plus de transparence et un contrôle démocratique – ils seront de plus en plus rares. Et ceux qui oseront mettre des bâtons dans les roues de cette machine risquent d’être impitoyablement broyés.

4. Souverain est celui qui…

Une notion à garder en tête est celle de la souveraineté négative, ou pouvoir de nuisance. Celui qui ne possède pas la souveraineté nécessaire pour guider son pays peut néanmoins s’arroger la capacité de saper les décisions des autres. Ce pouvoir ne doit pas être sous-estimé.
Enfin, on pourrait avancer que la souveraineté 2.0 consiste, en grande partie, à imiter un processus démocratique et à mobiliser des masses dans différents points du monde via une minorité active, dans son propre intérêt. Autrement dit, il s’agit souvent d’une imitation de la volonté populaire à travers des groupes organisés.
Ce phénomène n’est pas nouveau : l’usurpation de la notion de société civile et du droit de parler au nom du peuple par des minorités actives a toujours existé. Mais les mécanismes de contrôle de ces minorités ont radicalement changé au XXIᵉ siècle. Aujourd’hui, des groupes formés et dirigés de l’extérieur exercent des pressions et jouent une mise en scène destinée à des publics externes, donnant l’illusion d’une qualité démocratique là où il n’y en a pas. Le système médiatique participe à installer cette illusion dans l’esprit du public.
Noam Chomsky décrit le système médiatique occidental comme un « lavage de cerveaux en liberté » : la censure et la « ligne rouge » ne sont jamais formellement énoncées, mais toute personne qui ne satisfait pas certaines exigences minimales est exclue des espaces d’influence. Pour Chomsky, comme pour d’autres penseurs de gauche, cette ligne rouge est fixée par le capital et le pouvoir qui le sert – mais d’autres facteurs sont également à l’œuvre.
On observe un curieux renversement des rôles : ce ne sont plus les États qui utilisent les médias et les intellectuels pour justifier leur politique, mais ces derniers qui imposent leurs choix aux dirigeants politiques. Il s’agit d’une nouvelle relation complexe entre pouvoir politique et monde médiatique.
Or, le dirigeant-entrepreneur-comédien, qui surfe sur les émotions et cherche coûte que coûte à séduire l’opinion publique – captée par la minorité bruyante qui fait la pluie et le beau temps – est l’opposé du bon dirigeant tel que décrit par Thucydide.
Pour ce dernier, savoir contenir ses émotions et ne pas chercher à plaire constitue la manifestation la plus éclatante de l’autorité :
« … Quand on pense que Périclès, grâce à l’estime qu’il inspirait, à son intelligence et à son évidente intégrité, avait acquis une autorité qui lui permettait de contenir le peuple tout en respectant sa liberté. Il n’était pas de ceux qui se laissent diriger par [le peuple] plutôt qu’ils ne le dirigent, car ne cherchant pas à accroître son pouvoir par des moyens condamnables, il ne lui adressait jamais de paroles dictées par la complaisance. Tel était le crédit dont il jouissait qu’il allait de même jusqu’à provoquer sa colère en s’opposant à ses désirs … Parmi ses successeurs, aucun ne put affirmer une véritable supériorité ; désirant tous cette première place, ils cherchèrent donc le plaisir du peuple, au détriment de l’intérêt public. »

14 août 2025

ALASKA, LA FONTE DES ILLUSIONS ET DES GLACIERS

Gabriel Nerciat

-14/8/2025- Il faut bien comprendre que dans l'entrevue Trump-Poutine qui aura lieu dans 24 heures en Alaska, c'est Trump qui sera redevable à Poutine de sa présence sur le sol américain (et pas l'inverse).
Sans elle, l'ultimatum lancé par Donald sur les ventes de pétrole russe – dont plus personne ne parle désormais – se serait achevé par un échec consommé de la Maison Blanche, acculée dans une confusion totale par la résistance unanime des BRICS (dont Poutine s'est entretenu au téléphone avec tous les membres exécutifs ces dernières heures avant de partir pour Anchorage).
Les imbéciles et les cocus euro-atlantistes, dépités, évoquent le souvenir de Yalta où De Gaulle n'avait pu être accepté, mais cela n'a rien à voir : dans un Yalta 2.0, Xi Jinping aurait été convié lui aussi en Alaska, et la guerre en Ukraine, au grand regret des néo-cons, n'est pas une guerre mondiale.
Simplement, et quelle que soit l'issue de ce sommet, il actera trois réalités majeures qui seront autant d'humiliations cinglantes (et bienvenues) pour les séniles dirigeants libéraux du vieux monde continental, marquant ainsi l'entrée définitive dans un nouveau siècle :
1) la fin de l'alliance transatlantique créée par Churchill et Franklin Roosevelt en 1941-1945, qui aboutit en 1949 à la création de l'OTAN ;
2) la disqualification publique et totale de l'Europe comme acteur géopolitique mondial et éventuel futur centre de puissance diplomatique ;
3) la fin du multilatéralisme onusien comme cadre incontesté de régulation diplomatique de l'ordre du monde.
Par rapport à cela, l'entité ukrainienne, avec ses militaires déconfits, ses oligarques véreux et son pétomane en chef, ne pèse pas grand chose – et c'est heureux.
Dès lors, accrochez-vous. Il n'y a pas que les glaciers en Alaska qui vont commencer à fondre demain soir.

Vers une récession majeure : les conséquences d'une politique du “parler fort, agir mou”

Jean Mizrahi

-14/8/2025- Les chiffres récemment publiés par l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH) sont sans appel : la fréquentation des restaurants a chuté de 15 à 20 % en moyenne au niveau national, avec des pointes à -30 % dans certaines régions touristiques. Ce ne sont pas des “jérémiades de restaurateurs” comme les réseaux sociaux ont aimé à le prétendre mais des données consolidées issues des systèmes de caisse et de facturation, recoupées par plusieurs fédérations professionnelles.
Dans mon propre groupe, j’ai pris la décision de mettre fin à notre branche “divertissement immersif” : huit centres de réalité virtuelle en propre, huit autres sous licence de marque. Le constat est brutal : effondrement de la fréquentation depuis le printemps, particulièrement sur le segment entreprises (team-building, événements). Les prestataires de billetterie nous confirment que l’ensemble du secteur des loisirs est en crise : escape games, bowlings, parcs de trampolines… on parle de -30 % de revenus en moyenne sur les derniers mois.
Ce que disent vraiment ces chiffres :
Les Français ne sont pas devenus subitement hostiles aux loisirs ou à la restauration : ils anticipent. Ils voient arriver une détérioration économique majeure et, surtout, une hausse de la pression fiscale. Depuis des mois, le gouvernement prépare les esprits à un “resserrement budgétaire” – un euphémisme pour augmentation d’impôts. Résultat : les ménages coupent dans les dépenses discrétionnaires (sorties, vacances, loisirs) pour préserver leur trésorerie.
C’est un effet bien documenté par la théorie des anticipations rationnelles en économie : annoncez des temps difficiles, et les acteurs économiques s’ajustent immédiatement, réduisant leur consommation et leur investissement. Si les annonces sont suivies d’actions crédibles, la confiance peut se restaurer. Si elles restent lettres mortes, on obtient le pire des deux mondes : contraction de l’économie + maintien des déséquilibres.
François Bayrou s’apprête à tomber dans un piège prévisible, révélateur de l’inculture économique qui gangrène notre classe politique. Il annonce la couleur : “il va falloir se serrer la ceinture”, mais ne met en place aucune mesure structurelle immédiate. Sans même passer par un vote parlementaire, il pourrait :
• Geler immédiatement les recrutements dans la fonction publique (hors secteurs régaliens et urgences hospitalières).
• Supprimer discrètement les agences et commissions redondantes : la Cour des comptes a recensé plus de 600 structures administratives à l’utilité discutable.
• Cibler les subventions non stratégiques (plusieurs milliards d’euros annuels selon la DGFiP).
Ces mesures ne demandent pas de loi, simplement du courage politique. Mais à la place, on agite la menace d’un serrage de vis fiscal sans réformes réelles. Résultat : double peine. Les ménages et les entreprises réduisent leurs dépenses par anticipation. Les dépenses publiques ne baissent pas : le déficit risque de se creuser mécaniquement, du fait de recettes fiscales en baisse.
Quand une organisation – entreprise ou État – va droit dans le mur, il faut agir vite et fort. Dans ma vie de chef d’entreprise, j’ai dû restructurer : réduction d’effectifs, fermetures d'activités, renégociation de contrats… Ce n’est jamais agréable, mais c’est la seule voie vers le redressement. Javier Milei, en Argentine, a appliqué ce principe sans fard dans un contexte public : réduction immédiate des dépenses, coupes massives dans l’administration, suppression des postes inutiles. Les résultats commencent à apparaître dans ses comptes publics. La croissance économique est désormais vigoureuse, la pauvreté en chute libre.
Bayrou, lui, choisit la méthode inverse : annoncer la rigueur pour demain, tout en perpétuant la gabegie aujourd’hui. Ce n’est pas de la gestion ; c’est une garantie d’échec. Et pas un échec mou : un échec qui pourrait précipiter la France dans une récession majeure, avec un déficit public qui franchira à nouveau des records historiques.
Kuzmanovic Georges
14/8/2025

"Les frontières internationales ne devraient pas être modifiées par la force."
Certes, mais prononcé par ces gens-là, c’est presque comique (presque autant que de faire nourrir ses poules par la police, mais passons).
La "Coalition des volontaires" ? À l’origine, c'est le nom de la coalition menée par les États-Unis en 2003… pour faire une guerre illégale en Irak.
Aujourd’hui, elle réunit des pays qui :
- ont allègrement modifié les frontières internationales par la force en Yougoslavie en général, et spécifiquement au Kosovo, ouvrant la boîte de Pandore du non-respect de l’intangibilité des frontières.
- ferment les yeux sur les annexions d’Israël depuis 1967.
- comptent la Turquie, membre de l’OTAN, qui occupe illégalement la moitié de Chypre depuis 1974.
Tartuffes qui ignorent qu’ils se couvrent de ridicule et que la majorité du monde n'écoute plus leurs leçons de morale.


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Yann Bizien

-14/8/2025- Emmanuel Macron a réalisé une performance peu remarquée hier au fort de Brégançon.
Flanqué de ses deux valets chargés de l'Europe, des Affaires étrangères et de la Défense, et du Président tournant du Conseil européen, il a prononcé douze fois le mot "Europe" en 1 minute et trente secondes.
En 2017, puis en 2022, des Français ont été capables de porter au pouvoir un individu qui n'aime ni la France souveraine, ni son peuple, et qui est en réalité un agent fédéraliste de Bruxelles.
Il a un rêve : l'Europe fédérale.
Il réalise son plan : déconstruire l'État nation par le fait accompli, profiter de toutes les circonstances en suscitant de la peur, tirer avantages de la guerre en Ukraine et au Proche-Orient, entraîner le plus grand nombre de fédéralistes derrière lui pour faire son Europe sans vote et sans référendum.
Des Français ont considéré qu'ils votaient pour élire un président de la France sur les deux derniers scrutins présidentiels. Ils ont en réalité voté pour un simple gouverneur de région et pour un ambassadeur d'un projet fédéraliste qu'une majorité d'entre nous a clairement refusé en 2005.
Emmanuel Macron est une arnaque. Il a trompé les Français. Et il va encore les tromper. Il ne les aime pas. Pour lui, ils ne sont que des choses et des objets à manipuler froidement et cyniquement.

Eber Haddad

-14/8/2025- Je suis bien content d’avoir résilié mon abonnement au « Point » il y a quelques mois. Violent coup de barre macroniste, à gauche et anti-américain. J’aurai ainsi résilié tous mes abonnements avec la presse francophone qui génère de la propagande au lieu d’informer. Quant à l’audiovisuel avec ses généraux de plateaux totalement dépassés et ses analystes qui ne voient la situation qu’à travers le prisme de leur haine pathologique de Trump et des États-Unis, ce n’est guère mieux. La médiocrité a vaincu.
En France et dans les pays francophones, Belgique particulièrement, on n’est plus informés du tout. La réalité est déformée et biaisée, la désinformation de rigueur et les mensonges par omissions systématiques. Quant au parti pris automatique ça ne vaut même pas la coup d’en parler. C’est probablement pour ça que toute la presse est subventionnée par le gouvernement en France afin de contrôler la manière de penser et le manque d’éthique des soi-disant journalistes.

Gabriel Nerciat
14/8/2025

UNE COMPTINE MAGA
 
Promenons-nous dans les bois,
Les glaciers de l'Alaska.
Si Zelensky y était
Il nous truciderait.
Mais comme il n'y est pas,
Il ne nous trucidera pas.

Zelensky, y es-tu ?
Que fais-tu, entends-tu ?
- Non, je lèche les bottes de mon nouveau Führer teuton !

Promenons-nous dans les bois,
Les glaciers de l'Alaska.
Si Macron y était
Il nous entuberait.
Mais comme il n'y est pas,
Il ne nous entubera pas.

Macron, y es-tu ?
Que fais-tu, entends-tu ?
- Non, je laboure des terres arides avec mon bœuf béarnais.

Promenons-nous dans les bois,
Les glaciers de l'Alaska.
Si Ursula y était,
Elle nous morigènerait.
Mais comme elle n'y est pas,
Elle ne nous morigènera pas.

Ursula, y es-tu ?
Que fais-tu, entends-tu ?
- Non, je mets de côté l'argent que j'ai volé pour payer les taxes aux exportations allemandes.

Promenons-nous dans les bois,
Les glaciers de l'Alaska.
Si Lindsey Graham y était,
Il nous exploserait.
Mais comme il n'y est pas,
Il ne nous explosera pas.

Lindsey, y es-tu ?
Que fais-tu, entends-tu ?
- Je mets mon chapeau, mes bottes, ma cravate, ma veste rembourrée de dollars, ma brosse à reluire avec couteau apache incorporé, et j'arrive au cœur du volcan sur l'avion privé de George Soros.
 
Vite, vite, sauvons-nous, sauvons-nous vite.

Gabriel Nerciat
14/8/2025

ÉCRIT DEPUIS UN CACHOT

Un écrivain français pourrit dans les geôles d'Alger depuis des mois, et la diplomatie comme l'intelligentsia françaises s'en foutent radicalement.
Il est quand même parvenu à jeter une bouteille à la mer, et elle nous arrive sur les vagues portées par la Toile.
Relayons-la.


''Mes amis,
Si cette lettre vous parvient, c’est que malgré les murs, les verrous et la peur, il existe encore des brèches par lesquelles la vérité peut se faufiler. Je vous écris depuis une cellule où l’air se fait rare, où la lumière n’entre que pour rappeler aux prisonniers qu’ils sont toujours en vie, mais jamais libres.
Je ne suis ni le premier ni le dernier à subir l’arbitraire du régime algérien. Ici, la prison n’est pas un lieu exceptionnel réservé aux criminels, mais un outil banal de gouvernance. La dictature enferme comme on respire : sans effort, sans honte. On enferme les journalistes, les militants, les écrivains… et parfois même ceux qui n’ont rien dit, juste pour servir d’exemple.
Ma faute ? Avoir persisté à croire que les mots pouvaient sauver ce pays de ses propres démons. Avoir écrit que l’Algérie ne se résume pas à un drapeau et un hymne, mais qu’elle est d’abord un peuple qui mérite dignité et justice. Avoir refusé que l’histoire se répète, que la corruption et la violence continuent de tenir le haut du pavé.
Je souffre, oui. Mon corps me trahit, la maladie grignote mes forces, et le régime espère que je partirai en silence. Mais qu’ils se trompent ! Ma voix, même enchaînée, ne leur appartient pas. Si elle peut encore atteindre l’extérieur, c’est pour dire ceci : ne croyez pas à leur façade de respectabilité. Ce pouvoir n’est pas un État, c’est une machine à broyer.
À la France, je m’adresse sans détour. Vous avez été ma deuxième patrie, mon refuge intellectuel. Vous qui vous proclamez patrie des droits de l’homme, souvenez-vous que ces droits ne s’arrêtent pas aux rives de la Méditerranée. Les gouvernements passent, les diplomaties calculent, mais les principes, eux, doivent tenir bon. Ne baissez pas les bras, ne sacrifiez pas vos valeurs sur l’autel des intérêts économiques ou des alliances de circonstance.
Je ne demande pas ma liberté par charité, mais au nom de ce qui fonde toute société humaine : la justice. Si vous cédez aujourd’hui devant un régime qui se croit intouchable, demain, d’autres prisons se rempliront, d’autres voix s’éteindront.
Aux Algériens, mes frères et sœurs, je dis : tenez bon. La peur est une prison plus vaste que celle où je me trouve, et elle est plus difficile à briser. Mais je sais qu’un jour, le mur tombera. Les dictateurs finissent toujours par tomber.
Quant à moi, je continuerai à écrire, même si mes pages restent cachées sous ce matelas de prison. Car l’écriture, c’est la seule liberté qu’ils ne peuvent pas confisquer, et c’est par elle que nous survivrons.''
Boualem Sansal
Prison d’El-Harrach, Alger
Source : Maroc Hebdo

13 août 2025

Dessin d'Alex

Sommet en Alaska : l’Europe face à son « étrange défaite »

Régis de Castelnau

-13/8/2025- Toute ma vie, je me suis opposé à la construction européenne. Du premier référendum de 1973 sur l’admission de la Grande-Bretagne, à celui de 2005 sur le TCE, en passant par Maastricht, j’ai toujours voté non. Et soutenu ceux qui dénonçaient et combattaient la mise en place de ce qui s’est révélé être un monstre politique, économique et institutionnel. Avec un rappel particulier pour le premier scrutin parlementaire de 1979 où le (vrai) PCF avait conduit sa liste avec les mots d’ordre prémonitoires : « non à l’Europe allemande ! » et « produisons français ! ». Ce qui lui valut évidemment les anathèmes socialistes, assortis d’accusations de dérives nationalistes quasiment fascisantes. Dans une longue vie d’engagement, je me suis souvent trompé et j’ai subi moulte défaites. Mais s’il y a bien un sujet où je considère avoir eu complètement raison depuis le début, c’est celui des conséquences de la mise en place de cette structure supranationale. Destinée à priver la France de sa souveraineté, un système juridique soigneusement construit pour être irréformable, l’a transférée à un monstre bureaucratique. Et ossifié dans des traités à valeur constitutionnelle, le néolibéralisme a été mis à l’abri de l’expression démocratique des peuples qui composent cette UE.
De trahisons politiques en trahisons politiques, tout ce processus, a été conduit en s’appuyant sur une idéologie imbécile et mensongère et grâce à des promesses de prospérité et de puissance économique dont absolument aucune n’a vu le jour. Ce sont au contraire les prévisions des opposants qui se sont toutes réalisées. Y compris la fable ridicule de l’Europe facteur de paix, oubliant que c’est l’arme atomique et la guerre froide qui l’ont garantie après 1945.
L’extraordinaire humiliation que vient de subir l’Europe et les pantins ineptes qui la dirigent est la démonstration ultime de l’imposture. Ridiculisée au plan international, en crise économique insoluble, totalement soumise aux foucades d’une Amérique exclusivement mobilisée pour la défense de ses intérêts étroits, dirigée par des imbéciles minoritaires, en pleine dérive néofasciste autoritaire, cette Europe apparaît désunie et au bord de la dislocation. Et l’on sait bien que la seule réponse à la colère des peuples qui commencent à gronder sera celle de ce parlementaire européen répondant à un député russe qui lui posait la question de cette fragilité politique : « Nous avons assez de chiens et de policiers pour maintenir l'Europe sous contrôle ».
L’Europe vient de subir trois défaites considérables, qui finalement n’en font qu’une. D’abord économique avec le « traité inégal » imposé par Donald Trump à une UE représentée par une imbécile allemande hébétée. Ensuite diplomatique par l’organisation en Alaska d’une rencontre entre deux des grands patrons d’un monde en rapide évolution. Les pitres de la « coalition des volontaires » n’ont même pas été prévenus et il faut entendre leurs petits et dérisoires jappements. Enfin géostratégique au spectacle de la défaite militaire subie en Ukraine, dans une guerre stupide à la suite de laquelle l’UE va se retrouver toute nue devant le vainqueur.
Défaite économique : misère du « traité inégal »

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Christian Dubuis Santini

-12/8/2025- Mais de quoi donc avez-vous peur ? De mourir ? Pour Schopenhauer, nous avons oublié comment vivre, pour Kafka, nous ne savons pas comment mourir, pour Beckett, nous sommes déjà morts...
Dans l’approche originelle de Paul de Tarse, la "mort" et la "vie" ne sont pas à entendre comme des réalités objectives – et encore moins statistiques ! – elles désignent des positions existentielles (subjectives) qui forcent à (se) poser la question : qui est vraiment vivant ?
À l'opposé d'une survivance "biologique" sans foi ni loi, si nous n'étions vraiment vivant que lorsque nous sommes engagés dans la vie avec une intensité excessive, qui va au-delà de la "simple vie", du fait d'être seulement vivant "biologiquement parlant" ?
N'est-ce pas l'excès de la vie elle-même qui rend la vie digne d'être vécue, la conscience qu'il existe une chose pour laquelle nous sommes prêts à tout risquer – cet excès pouvant s'appeler "liberté", "dignité", "honneur", "art", etc. ?
N'est-ce pas seulement lorsque nous sommes prêts à prendre ce risque de perdre la vie elle-même pour la chose qui nous tient le plus à cœur que nous nous sentons vraiment vivants ?
N'est-ce pas là le courage véritable, dont le caractère foncièrement paradoxal fut exprimé en son temps par Chesterton ? : « Un soldat entouré d'ennemis, s'il veut s'en sortir, a besoin de combiner un puissant désir de vivre avec une étrange insouciance à l'égard de la mort. Il ne doit pas se contenter de s'accrocher à la vie, car dans ce cas il ne serait qu'un lâche et ne réussirait pas à s'échapper. Il ne doit pas se contenter d'attendre la mort, car dans ce cas il se suiciderait et ne réussirait pas à s'échapper. Il doit chercher sa vie avec une furieuse indifférence à l'égard de sa vie. »
Monique Plaza

« Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou. » (Nietzsche)
« Le doute est le commencement de la sagesse. » (Aristote)
« Le doute est le premier pas vers la liberté. » (Boris Cyrulnik)

Le débat sur la situation en Israël/Palestine devient de plus en plus conflictuel au fur et à mesure que la situation s’aggrave et que les propagandes s’intensifient.
Je ne peux avoir de cette situation une idée claire et nette. Plus je lis de textes, d’opinions, d’analyses, plus je suis troublée, plus je doute. Je ne sais pas comment font ceux qui ont un avis tranché devant une telle complexité et des contradictions aussi profondes.
Ce qui surnage dans cet océan d’incertitudes et de doutes, c’est mon rejet du Hamas et de la politique de Netanyahou, la perception de la montée d’un islamisme menaçant dans le monde, l’exigence d’une approche humaniste en toutes circonstances – des éléments qui entrent en contradiction les uns avec les autres.
Ceux qui sont convaincus d’avoir tout compris et de détenir la vérité me heurtent par leur propension au soupçon, à l’agressivité, au jugement, parfois au mépris et à l’injure.
Nous nous prenons le chou sur Israël pendant que notre pays se délite, entraîné sans frein dans les convulsions d’un monde chaotique, dont les dirigeants officiels et officieux sont en grande majorité des êtres médiocres, corrompus, psychopathes, autocrates … à l’image des va-t-en guerre de l’UE ou de l’OTAN, tentés de mettre le feu aux poudres, mus par une irrésistible pulsion de mort souvent alimentée par une addiction à la came.
Le monde est sens dessus dessous. Ce n’est pas nouveau, mais nous mesurons l’ampleur du désastre avec acuité depuis que la toile d’Internet s’est développée, avec ses réseaux sociaux, ses blogs, ses chaînes YouTube, ses intelligences artificielles, qui démultiplient à l’infini les informations et désinformations, nous permettant fort heureusement de ne plus dépendre des seuls médias de connivence. Notre sentiment d’impuissance en est d’autant plus profond, et désespérant. Nous parlons, écrivons, nous disputons, mais au fond nous n’avons guère de prise sur les événements, notre principale activité étant d’y réfléchir et d’en parler.
Cependant, le réflexion et la parole ne sont pas inutiles, loin de là. Elles sont précieuses pour lutter, à l’échelle individuelle et collective, contre ce qui nous opprime et nous empêche de penser en dehors des cadres imposés.
Tel est mon objectif : penser en dehors des cadres imposés en partageant des informations et en pratiquant le doute.

Eber Haddad

-13/8/2025- Il a suffi que Trump menace de bombarder les cartels au Mexique pour que la présidente mexicaine, courageusement il faut le dire, fasse arrêter les 26 patrons de cartels et les livre aux États-Unis où ils seront jugés et, probablement, y finiront leur vie. Ces cartels comme ceux de Colombie, du Venezuela et autres pays d'Amérique du Sud sont souvent plus puissants militairement et financièrement que leurs propres gouvernements. En 2024 les cartels mexicains ont provoqué la mort de 265.637 personnes avec le Fentanyl et ont engrangé, pour cette année-là seulement, plus de 13 milliards de dollars. Sous l'administration Biden, qui a laissé rentrer illégalement plus de 10 millions de personnes, il y a eu chaque semaine une moyenne de 1.300 morts par consommation de cette drogue, une des plus toxiques.
Cela dit, même si ces arrestations ne règlent pas totalement et définitivement ce problème, c'est un très bon pas dans la bonne direction. Nul doute que cela sera suivi par des résultats identiques avec la plupart des trafiquants de drogues des autres pays d’Amérique du Sud dont le pire des cauchemars est de finir leurs jours dans une prison de haute sécurité aux États-Unis.
On peut aimer ou détester Trump mais il tient toutes ses promesses électorales et ce qu'il a fait en 200 jours dépasse largement ce que tous les chefs d'États que je connais ont réussi à faire, parfois en plusieurs années. En France, dans les médias, sa détestation est pathologique.

12 août 2025

Paul Dupert

-12/8/2025- Quand je suis avec des Français, surtout ceux qui m'énervent, la France me fait l'effet d'un affreux État jacobin sur-centralisé, qui impose une culture abstraite dominante, vicieuse, socialement enfermée, qui engendre des êtres pervertis, incapable de sentiments et de rapports sains avec la réalité. Un énorme État rempli d'arrogants, une force orwellienne de contrôle et d'oppression. Des pédants, des prêts-à-juger. Des grands bourgeois donneurs de leçon, une classe moyenne naïve, des ouvriers racistes et des banlieues racaillisées. J'ai envie d'anarchisme et de vivre dans cette fédération de communes que les socialistes révolutionnaires appelaient de leurs vœux.
À l'inverse, à l'étranger, la France m'apparaît comme quelque chose d'incroyablement fragile et raffiné, comme un compromis historique merveilleux, un pays de routes solides et de magrets, de cascades.
J'ai envie de leur parler des films de Jean-Luc Godard, j'ai envie de leur faire découvrir des chansons de Léo Ferré.
La France est un tout petit pays. La France est isolée dans un monde sans culture. Elle maintient, avec l'Italie, une forme légitime de subtile gastronomie. Il ne viendrait pas à l'esprit du plus barbare des gueux, du plus beauf des barbares, de préparer des omelettes au micro-onde.
Les divisions internes entre beauf, barbares et pédants, boomers, gen Z, et millenium, et même, pauvres et riches, m'apparaissent comme superficiels, car il y a ce compromis de faire des omelettes à la poêle et de s'intéresser à la littérature et la philosophie.
J'ai des envies d'empire. Je voudrais que le chant du départ raisonne dans toute l'Europe, alors que, face à un bonapartiste, je déteste Napoléon.
La France, c'est probablement un état progressiste et fasciste à la fois, incroyablement dur et fragile, un compromis de civilisation, dont le scandale dure, dont le miracle touche à la fin. Mais quand elle ne sera plus là, je ne suis pas si sûr que ce seront les étrangers qui seront les premiers à la regretter. Ce sera nous, parce qu'elle était notre respiration et notre façon de vivre.