Translate

4 novembre 2025

CONSIDÉRATIONS INTEMPESTIVES SUR LE RÔLE DU SAVOIR ÉCONOMIQUE EN POLITIQUE

Gabriel Nerciat

-4/11/2025- Je suis toujours surpris quand j'entends les membres de la classe politique, universitaire ou médiatique, parler des compétences économiques des uns et des autres – parlementaires, intellectuels ou simples quidams.
Ayant été contraint depuis quinze ans, pour des raisons professionnelles, de me doter d'un savoir économique assez conséquent alors que ce n'était pas du tout la discipline que j'avais étudiée à l'université dans mes jeunes années, je me suis rendu compte d'un paradoxe que le temps qui passe ne dément pas : les chefs d'entreprise les plus doués, pour qui ou auprès de qui j'ai été amené à travailler en général, n'entendaient rien à l'économie ou pas grand-chose (parfois même, ils la confondaient avec un simple savoir comptable), tandis que les cadres, les journalistes ou les patrons qui arguaient, à tort ou à raison, d'une certaine maîtrise dans ce domaine, rataient la plupart du temps une grande partie de ce qu'ils entreprenaient, ou ne comprenaient rien aux tendances du marché qu'ils avaient sous les yeux.
Je pourrais en dire autant dans le domaine politique : Raymond Barre, par exemple, qui passait pour le plus grand professeur d'économie français de son temps, a laissé un pays en proie à l'inflation galopante et au chômage de masse, mûr pour la sclérose socialiste et européiste qu'après lui François Mitterrand allait mettre en oeuvre pendant quatorze ans, tandis que Georges Pompidou, l'architecte du décollage économique et industriel de la nation, était un agrégé normalien de lettres classiques qui avait passé plus de temps à lire Baudelaire et Mallarmé que Keynes ou Schumpeter.
La confusion vient du fait que la plupart des gens qui croient connaître l'économie sont persuadés, qu'ils aient lu ou non Walras ou Pareto, que celle-ci est une science, au même titre que la géologie ou la physique des particules.
Or, si l'économie était une science, les économistes ne se tromperaient pas aussi souvent. Bien plus souvent en réalité que les météorologistes.
Non seulement il y a relativement peu de lois économiques qui soient totalement universelles, mais de plus les critères à l'aune desquels on évalue la pertinence économique d'une politique budgétaire, monétaire ou fiscale varient en fonction des auteurs, des écoles ou plus banalement des circonstances changeantes d'une nation (pour certains, par exemple, le déficit commercial record de la France ou des États-Unis est un indice de déclin économique indubitable alors que pour d'autres, obnubilés par les cours de bourse, le niveau de l'épargne ou les statistiques plus ou moins fiables du chômage, ils s'en soucient comme d'une guigne).
La plupart du temps, les économistes attitrés qui ont l'honneur des plateaux de télévision ne font que répéter des recettes approximatives en fonction de leur orientation idéologique personnelle (keynésienne ou hayekienne, en général).
Certains, comme Paul Romer et sa théorie fumeuse de la croissance endogène, ne font rien d'autre que vendre une sorte de pensée magique à base de grigri sophistique, qui est idéale pour appâter les sots et vendre cher des rafales de vent au beau milieu de la pluie.
À mon sens, la réussite économique d'un gouvernement tient moins à la connaissance de l'équilibre général walrassien ou des agrégats keynésiens qu'à un talent personnel assez proche de celui du joueur de poker professionnel, rompu à toutes les combinaisons de son jeu ainsi qu'à quelques discrètes tricheries étayées par la connaissance psychologique de ses concurrents directs.
Les impôts, les taxes, les investissements publics, les coupes budgétaires ou les dévaluations du cours d'une monnaie sont semblables à la façon dont la couleur et le rang de certaines cartes appariées par un mélange de chance et d'adresse en fonction des probabilités fragiles que le cours du jeu révèle, permettent de constituer un brelan ou une quinte flush royale ou bien, au contraire, de perdre sa mise au moment même où on croyait se refaire (c'est un peu ce qui est arrivé à Macron et Le Maire au sortir de la période du covid).
En gros, un type qui prétend condamner a priori une politique parce qu'elle ne lui paraît pas validée par une expertise économique prétendûment orthodoxe ou savante, a toutes les chances d'être beaucoup plus inapte à interpréter les évolutions des marchés ou les réactions, souvent imprévisibles, des entrepreneurs, investisseurs ou épargnants-consommateurs que celui qui aborde la matière économique tel un chasseur en partance vers la forêt sans rien connaître des gènes ou des mœurs des proies qu'il va essayer de tuer.
Plutôt que d'évaluer la culture économique de tel ou tel député, c'est plutôt leur pratique de la chasse à courre ou leurs performances au poker que je jugerais pertinent d'interroger.
Pas vous ?
Cliquer sur l'image ↴

3 novembre 2025

Une seule conclusion : ce pays est foutu

H16

-3/11/2025- Ces deux dernières semaines, les parlementaires français ont largement démontré qu’ils n’avaient plus aucune limite lorsqu’il s’agit de taxer les Français. Nous avons assisté à un véritable festival de nouveaux impôts, de taxes et de ponctions diverses, venant de tous les côtés de l’hémicycle.

On pourra toujours se rassurer en se disant que, grâce à la navette parlementaire et aux travaux du Sénat, tout ceci va être balayé, nettoyé et renvoyé à une page blanche. Peut-être le Sénat ne conservera-t-il que la partie la plus minime des modifications et amendements apportés par les parlementaires en délire.

Peut-être, ou peut-être pas. Néanmoins, quoi qu’il arrive, ce qui s’est passé a permis de lever tout doute quant à l’idéologie et aux aspirations des législateurs actuellement sur les bancs de l’Assemblée.


Il apparaît ainsi qu’il n’existe aucun parti favorable à la liberté en France tout comme il n’existe aucun parti qui cherche à couper dans les dépenses de l’État, à en réduire le périmètre, à ramener celui-ci au strict régalien et à redonner des marges de manœuvre aux Français et à leurs entreprises. Tous se sont bousculés pour inventer de nouvelles taxes, de nouvelles ponctions, de nouveaux impôts. Et lorsque certains s’inscrivaient contre telle taxe, c’était pour mieux en proposer une autre, plus à leur goût.

Rien n’illustre mieux la tendance que lorsque le Rassemblement national a ouvertement voté des amendements et des lois que LFI ne renie que pour des raisons de forme et absolument pas de fond. Les LR et le PS ont fait assaut d’inventivité pour tabasser le contribuable français. Pas un parti n’a proposé de couper drastiquement des dépenses d’un État devenu pourtant obèse. De tous les côtés, c’est un véritable festival de taxes et de nouvelles ponctions. Le pillage est devenu institutionnalisé, et la députaillerie est en roue libre.

Dans cette tempête de taxation, il n’y a que quelques personnalités qui se dégagent (comme Knafo ou Lisnard) mais elles sont à peu près inaudibles en dehors des réseaux sociaux et, pire, leurs partis (ici, LR et Reconquête) sont encore furieusement engluées dans la mélasse étatique.


Du côté des médias, le constat est exactement le même. Eux aussi sont très favorables au tout-à-l’État. Ainsi, dans une proportion écrasante, les invités de plateaux télé sont ultra-favorables aux ponctions, aux impôts et aux taxes. Les rares voix dissidentes n’ont de place que sur une ou deux chaînes, au mieux, et au contraire de certains économistes de foire comme Zucman, n’y ont pas leur rond de serviette.

Il en va de même dans la presse : ses subventions venant de l’État, elle prête donc chaque jour une allégeance gênante d’obséquiosité à son principal financier. Et c’est encore plus gluant d’aplatissement lorsque, toute honte bue, cette même presse jamais à court d’anathème contre les milliardaires, reçoit des millions de certains d’entre eux.

D’un bout à l’autre du spectre médiatique, l’étatisme, le collectivisme et la foire à la saucisse taxatoire règnent en maître.

Mais dans ce tableau, ce qui est encore plus préoccupant concerne la population française elle-même : de sondage en sondage, tout indique qu’elle est favorable, par exemple, à des taxes sur le patrimoine, sans comprendre qu’elle les paye déjà, sans comprendre que ces nouvelles ponctions ouvrent la voie à de véritables pillages organisés, sans comprendre que plus on augmente la ponction des riches, plus on affame les pauvres, sans comprendre que si la France devait devenir riche et prospère grâce aux taxes, elle le serait depuis longtemps, étant le pays le plus taxé du monde.

Eh oui, il ne reste que les réseaux sociaux et quelques points de ralliement sur internet (quelques médias alternatifs) pour présenter un autre son que celui du glas pour le contribuable.

Oh, bien sûr, les réseaux sociaux sont parfaitement capables de mobiliser les individus et leur permettre de s’organiser. Ils sont même capables de générer des mouvements et des manifestations, et sont très efficaces pour fédérer.

Mais cela ne va pas plus loin ; on l’a vu à l’occasion de l’épisode des Gilets jaunes : dès que le pouvoir se sent menacé, dès que les syndicats se sentent écartés, dès que les médias officiels n’y comprennent plus rien, immédiatement, toute la gauchisterie et la députaillerie se mettent en ordre de marche pour récupérer le mouvement et le transformer en un nouvel avatar de réclamations catégorielles et typiquement socialistes ou étatiste.


Il faut se résoudre à l’évidence : lorsque beaucoup plus de la moitié de la population d’un pays est décidée à vouloir taxer la partie congrue, rien ne semble pouvoir l’arrêter.

Les discours étayés n’ont mené à rien, les raisonnements ne pénètrent pas, les exemples passés et ceux pris dans le reste du monde ne servent à rien. À chaque fois, les gauchistes et les collectivistes refusent d’entendre et considèrent leurs solutions comme les seules viables. Une majeure partie de la population veut absolument essayer les solutions collectivistes et socialistes qui sont actuellement proposées partout dans les partis et les médias.

Ils sont persuadés que « c’est sûr, cette fois ça va marcher » : « instruits » (ou déconstruits) par une Éducation nationale devenue progressivement marxiste voire complètement débile, ils croient fermement aux âneries débitées avec certitude par une armée de professeurs, d’experts et de chercheurs, eux-mêmes douillettement protégés des réalités de terrain et persuadés des consternantes stupidités pondues par des mensuels comme Alternatives Économiques et distribués avec générosité dans tous les établissements scolaires de France & de Navarre.

Eh oui : la propagande commence tôt, et, en plus de soixante ans, elle a très bien fonctionné.

Ces gens ne pourront rien comprendre de ce qui va se passer : pour paraphraser Upton Sinclair, il est impossible de leur faire comprendre quelque chose lorsque leur survie dépend précisément du fait qu’ils ne la comprenne pas.

Il faudra donc pour eux faire l’expérience, directe et inévitable, dans leur chair, des malheurs produits par le socialisme, le collectivisme et l’étatisme. Il faudra en passer par les longues files d’attentes, les pénuries, par la guerre de tous contre tous, par la misère, la jalousie exacerbée et l’espionnage constant qui en découle, pour qu’enfin les gauchistes français, si persuadés de leurs idées géniales, finissent par se taire.

Inévitablement, le pays va donc droit à sa faillite, la plus sale, celle où tout le monde dépendra finalement de l’État, et où il ne sera plus là pour personne.

En avril 2008, constatant le niveau de plus en plus médiocre de la classe politique, je notais pour la première fois « Ce pays est foutu », antienne devenue rituelle dans ces colonnes.

Depuis, chaque année passée, puis l’accélération récente ont confirmé la direction prise et sa conclusion logique : ce pays est foutu, certes. Mais cela apparaît maintenant comme une étape indispensable.


https://h16free.com/2025/11/03/82452-une-seule-conclusion-ce-pays-est-foutu

2 novembre 2025

Monique Plaza

-2/11/2025- Les députés ont validé l’obligation vaccinale contre la grippe dans les EHPAD, pour les pensionnaires et les soignants.
Or seule une minorité du personnel souhaite se faire injecter. Il est probable que certains vont donc démissionner, ce qui aggravera la pénurie déjà grave de personnel.
Les députés nient le droit des personnes âgées vivant en EHPAD à un consentement libre et éclairé. Population captive, ces personnes n’auront pas le choix. Seront-elles injectées de force ou renvoyées des EHPAD en cas de refus ?
Le vaccin actuel contre la grippe ne semble pas efficace. Des études suggèrent qu’il fragilise les personnes injectées, qui contracteraient davantage la grippe que les personnes non injectées. Des moyens de prévention existent à l’échelle individuelle (renforcement des défenses immunitaires) et collective (hygiène des locaux…).
Lors des débats parlementaires, les accusations d’« antivax » sont ressorties. Le choix de disposer de son corps et le refus du biopouvoir sont, comme au moment du Covid, complètement niés, ce qui va amplifier la méfiance contre tous les vaccins, à un moment où les effets secondaires graves des produits ARNm anti Covid sont sur la sellette.
Les députés prouvent une fois de plus par ce vote idéologique qu’ils ne représentent pas les citoyens qui les ont élus.

[Témoignage]

Radu Portocala

-31/10/2025- Pour entrer à la Voix de l’Amérique, la plus grande radio du monde qui émettait en 44 langues je ne sais plus combien de milliers d’heures par semaine, la rédaction roumaine pour laquelle j’allais travailler comme correspondant en France, en Suisse et en Belgique m’a fait passer un certain nombre de tests. J’ai dû, pour commencer, rédiger un texte. Ensuite, on m’a fait passer une épreuve de micro. Enfin, un certain service s’employa à prendre des renseignements sur moi.
L’étape suivante m’a été présentée comme « bureaucratique ». J’ai dû compléter à la main des formulaires stupides comme tous les formulaires, puis d’autres à la machine en 12 exemplaires utilisant obligatoirement du papier carbone – cette chose autrefois pratique qui n’existe probablement plus. Après avoir reçu tout cela, ils m’annoncèrent qu’un dernier formulaire m’avait été envoyé par la poste. C’était, me disaient-ils, une démarche assez ennuyeuse à accomplir, ils s’en excusaient, mais il me fallait m’y plier sans prendre ombrage. Bien entendu, cette mise en garde n’a fait qu’éveiller ma curiosité et stimulé mon imagination. Mais il s’est avéré qu’elle n’était pas aussi fertile que celle de l’espion-bureaucrate américain.
Au bout d’une semaine ou un peu plus, je trouvai dans ma boîte aux lettres l’enveloppe venant de Washington. Elle contenait, à ma grande stupeur, deux cartons sur lesquels je devais imprimer mes empreintes digitales. Pourquoi diable voulaient-ils mes empreintes alors que j’allais travailler en Europe et que je n’avais nulle intention de me rendre aux États-Unis ? Je n’ai eu aucune explication cohérente. Seulement une indication « pratique » : je ne pouvais pas obtenir un résultat valable en barbouillant mes doigts dans un encrier. On me conseillait de m’adresser à la police.
Au commissariat de mon quartier, celui qui est sous l’esplanade des Invalides, on m’envoya promener assez grossièrement. Heureusement, un policier qui avait entendu la discussion m’apprit que je devais faire ma demande à la police judiciaire de l’arrondissement. Là, j’eus affaire à des flics-loubards qui se montrèrent très désagréables. En fin de compte, par un coup de fil à la Préfecture, j’appris que je devais aller chez eux, Île de la Cité. Il va de soi qu’à chaque fois je devais raconter la même histoire qui paraissait soit stupide, soit invraisemblable à tout le monde. Je crois qu’ils ont été assez nombreux à me prendre pour un déséquilibré.
Bien entendu, dans l’énorme bâtiment de la Préfecture, j’ai dû me promener d’une entrée à l’autre et d’un service à l’autre avant de trouver le bon endroit. Enfin, un personnage en blouse blanche et muni de tout l’attirail nécessaire fut appelé à l’une des entrées. Après avoir imprimé mes empreintes sur les formulaires envoyés de Washington, je l’entendis dire : « Maintenant, je les prends aussi pour moi ! » Fatigué par toute cette aventure absurde, je l’ai laissé faire, mais quelques jours plus tard, une amie avocate s’insurgea contre la démarche de l’individu et ma passivité, me disant que j’avais eu tort de me plier à sa demande. Depuis lors, comme ils ont mes empreintes, je dois être très prudent en commettant les méfaits qui occupent tout mon temps.
On était, donc, très prudent à Washington. Mais la chose s’est transformée en farce grotesque après 1990, lorsqu’il est devenu possible de consulter une partie des archives de la police politique roumaine, la Securitate. Il a été découvert alors que le rédacteur en chef du service roumain de la Voix de l’Amérique, celui qui, par téléphone, me priait d’accepter que les autorités américaines scrutent mon existence et examinent mes empreintes digitales, avait collaboré avec la Securitate, et l’avait même fait avec un tel empressement qu’il était possible d’imaginer que dans sa nouvelle position il n’avait pas vraiment rompu le lien.
Dessin d'Ixène

CONTRE L'UNION DES DROITES

Gabriel Nerciat

-2/11/2025- Il faut quand même en finir une bonne fois pour toutes avec cette antienne ruineuse, que la presse Bolloré matraque à longueur d'antenne et d'éditos du JDD depuis des mois.
À grands renforts d'interventions pavloviennes d'Eric Zemmour, Sarah Knafo, Marion Maréchal ou l'insignifiant maire de Cannes, David Lisnard.
Non seulement Marine Le Pen a parfaitement raison de refuser cette stratégie, mais politiquement comme électoralement elle n'a absolument aucun sens. À moins éventuellement de bien préciser de quoi on parle.
Comme toujours, les droitards qui se réclament de cette ânerie s'inspirent essentiellement de ce qu'a fait la gauche, avec la NUPES de 2022 et le NFP de 2024.
Sauf que cette union des gauches (qui ne leur a pas permis d'exercer le pouvoir, autant qu'on sache) n'était pas le fruit d'une audace stratégique inouïe rompue à toute forme de cynisme électoral, mais la conséquence d'un dramatique rétrécissement de la présence de celle-ci au sein des nouveaux rapports de force parlementaires : tombés à moins de 26% des suffrages exprimés après l'élection d'Emmanuel Macron, Mélenchon et les héritiers en berne du défunt mitterrandisme n'avaient pas d'autre option possible que l'union au premier tour pour ne pas disparaître purement et simplement du jeu politique national.
Rien à voir avec ce qui se passe à la droite du NFP.
Une union des droites telle que l'entendent les porte-voix du groupe Bolloré consisterait à faire en sorte que RN, UDR, LR, UDI, Horizons, Reconquête et DLF (le parti néo-gaulliste assez résiduel de Nicolas Dupont-Aignan) non seulement élaborent ensemble un programme commun, mais présentent de concert dès le premier tour un seul candidat par circonscription aux prochaines élections législatives, muni du sigle "Droite unie".
Or, la situation ici est fondamentalement différente : le RN et son nouvel allié ciottiste écrasent le match de façon disproportionnée, avec des projections de vote qui s'échelonnent entre 34 et 40% des voix.
L'effet Retailleau, comme il était à prévoir, a eu la même consistance qu'une bulle de savon : dans aucune enquête il n'atteint 10% des suffrages, et sans accord de désistement réciproque avec un autre parti (RN ou l'extrême centre), il est probable que moins de trente ou quarante candidats LR dans toute la France seraient capables de se qualifier pour le second tour d'une législative anticipée (il faut réunir pour cela plus de 12% des inscrits, ce qui est considérable dès que l'abstention dépasse 35 ou 40% des électeurs potentiels).
Ce qui explique évidemment la crainte des derniers députés chiraquiens de voir une nouvelle dissolution de l'Assemblée avant 2027, et la ruée vers les gamelles ministérielles de Lecornu.
Dans ces conditions, une union des droites semblable au NFP n'aurait pas d'autre conséquence que d'offrir une providentielle planche de salut à des candidats LR/UDI moribonds et condamnés par avance.
Ceux-là mêmes qui depuis 1992 ont soutenu Chirac, Sarkozy et désormais Macron, portent donc une responsabilité éminente dans l'état actuel du pays, et surtout ont tout fait pendant trente ans pour empêcher les souverainistes, les nationaux-populistes et les derniers gaullistes authentiques, à coups de barrage républicain et de scrutin majoritaire à deux tours, d'accéder un jour aux responsabilités.
Le tout, pour un gain électoral quasi nul : le parti de Retailleau ne représente rien – ou rien d'autre que quelques dizaines de milliers d'électeurs boomers en voie de disparation progressive – et celui de Zemmour moins que rien (un assemblage hétéroclite de vote communautaire pied-noir ou sépharade doublé d'un résidu d'anciens partisans en déshérence de Philippe de Villiers et de Bruno Mégret).
Surtout, les concessions doctrinales qu'il faudrait accepter en matière économique ou européenne pour sceller cet accord seraient sans commune mesure avec leur bénéfice réel : elles précipiteraient le départ dans l'abstention d'une bonne partie de l'électorat populaire qui a permis à Marine Le Pen de se qualifier au second tour des deux dernières élections présidentielles et de remporter haut la main les élections européennes et le premier tour des législatives de 2024 (sans pour autant drainer l'essentiel de l'électorat centriste, qui reste hostile aux thèses souverainistes et anti-immigrationnistes du RN).
Bref, l'union des droites ne ressemble à rien d'autre qu'à un piège à cons.
Si des cadres ou des élus LR veulent rejoindre un futur bloc populiste de droite pour faire barrage (comme les castors de gauche) à LFI ou à l'extrême centre, ils peuvent toujours, ma foi, changer de crèmerie et partir pour l'UDR d'Eric Ciotti qui les y attend depuis un an (même Julien Aubert, le seul responsable LR pour qui j'avais un peu d'estime, a refusé de le faire, tandis que le brave François-Xavier Bellamy, dès qu'il semble faire un pas dans cette direction, a peur de son ombre dès lors qu'il constate qu'elle s'amenuise dangereusement dans les couloirs de l'assemblée de Strasbourg).
Foin donc de cette farce, dont les ficelles sont trop grosses pour abuser ceux qu'elle est censée confondre.
Lors des futures élections, ce sont les électeurs eux-mêmes qui décideront, entre les deux tours et comme des grandes personnes, ce qu'ils doivent faire.
Mais au premier tour, chaque parti doit partir avec son candidat et ses couleurs.
La Ve République a toujours fonctionné ainsi, malgré ou à cause du scrutin majoritaire encore en vigueur (pour peu de temps sans doute). Il n'y a aucune raison valable pour que cela change.
Tant pis si l'irritant Pascal Praud et l'excellent Mathieu Bock-Côté font la gueule. Non possumus, dirait le pape.

1 novembre 2025

Dessin de Chaunu

Réseaux sociaux, censure et transparence

Jean Mizrahi

-30/10/2025- Emmanuel Macron s’agite à nouveau autour du thème des réseaux sociaux, qu’il accuse de « mettre en danger la démocratie ». Venant de lui, il y a une forte probabilité que rien ne se passe, Macron étant plus doué pour le verbe que pour l'action, mais cela mérite néanmoins quelques commentaires.
Tout d'abord, l’ironie est saisissante, venant d’un président qui a précisément refusé au peuple français tout recours au référendum sur des sujets majeurs. La démocratie, Macron s'en contrefiche. Il est donc difficile de ne pas voir, derrière ce soudain souci de « protéger la démocratie », une volonté plus ancienne : celle de maîtriser la parole publique.
Les réseaux sociaux sont aujourd’hui le seul espace où chacun peut encore s’exprimer librement, dialoguer, débattre et s’informer, mais aussi accéder à une information diversifiée, sans être sous le coup d'une censure de facto par les médias installés.
Ils ne sont pas exempts de manipulation ni d’excès, mais ils offrent une respiration démocratique là où les médias traditionnels se sont souvent refermés sur eux-mêmes. Dans un pays où le jeu politique dépend de plus en plus des grands médias, eux-mêmes dominés soit par l’État, soit par de puissants groupes privés, les réseaux permettent de contourner ces filtres. On y trouve des informations, des témoignages et des points de vue qu’aucune rédaction n’oserait publier. Le pouvoir présente ce désordre apparent comme un péril. Mais ce désordre, c’est la vie démocratique elle-même : la confrontation des idées, la diversité des opinions, parfois rugueuse, toujours nécessaire. Une démocratie qui prétend vouloir l’ordre dans la parole prépare en réalité le silence.
Ce n’est pas de nouvelles restrictions qu’il faut, mais l’application des lois existantes. Les appels à la haine, les propos racistes ou antisémites, les menaces de mort sont déjà interdits : encore faut-il que l’État fasse son travail. Or il ne le fait pas. Aujourd’hui, les injures les plus ignobles se multiplient sur les plateformes, et seules les affaires spectaculaires atteignent les tribunaux. Ce n’est pas un manque de cadre légal, mais un manque de volonté publique.
Le danger serait de confondre régulation et censure : sous couvert de moraliser les réseaux, on pourrait bientôt filtrer les opinions. Or, l’opinion dérangeante n’est pas une faute, c’est une composante de la liberté.
La véritable réponse n’est pas dans la censure, mais dans la transparence.
Je ne publie que sous mon nom, de façon transparente, et je suis personnellement la cible régulière d’insultes antisémites sur le réseau X (anciennement Twitter). Ces attaques viennent presque toujours de comptes anonymes. L’anonymat est devenu le masque de la lâcheté : il permet d’insulter sans assumer, d’agresser sans conséquence, de haïr sans nom.
Il faut y mettre fin.
La fin de l’anonymat n’aboutirait pas à moins de liberté, mais à plus de responsabilité. Elle rappellerait à chacun qu’écrire, c’est signer ; qu’une parole publique engage.
Savoir que son nom est visible n’empêche pas de penser ni d'écrire, mais oblige à penser avant d’écrire.
La peur du tribunal n’est pas le seul frein : il y a aussi la peur du jugement moral, la honte que suscite la bassesse lorsqu’elle n’est plus dissimulée. Beaucoup mesureraient leurs mots s’ils savaient qu’ils peuvent être reconnus par leurs collègues, leurs proches, leurs enfants. Cette forme élémentaire de pudeur civique ferait infiniment plus pour l’assainissement du débat public que n’importe quelle loi de censure.
Le pouvoir actuel instrumentalise les dérives réelles des réseaux pour justifier un contrôle croissant de la parole publique. En prétendant « protéger la démocratie », il cherche en réalité à en resserrer les limites. Mais dans une République adulte, la liberté d’expression ne doit pas être protégée contre elle-même : elle doit être assumée. La parole libre suppose deux vertus : le courage de parler et la dignité de répondre de ce qu’on dit. C’est à cette condition qu’elle demeure un acte civique, et non un défouloir.
Le danger ne vient pas des réseaux sociaux, mais de ceux qui veulent les rendre inoffensifs. Car une parole inoffensive n’est plus une parole libre.

Ambassade de Russie en France / Посольство России во Франции

Lettre ouverte de l'Ambassade de Russie en France aux rédactions des médias français ayant pris part à la récente campagne anti-russe (29 octobre 2025)


C’est avec une profonde indignation que nous avons pris connaissance d’une série de pamphlets à caractère anti-russe publiés dans plusieurs médias français – notamment Le Figaro, Le Monde, Le Parisien, France Info et Mediapart – contenant des accusations infondées sur une prétendue implication de la Russie dans l’acte de profanation du Mémorial de la Shoah à Paris en mai 2024.

Les accusations émises par la partie française quant à l’implication de la Russie dans la profanation du mémorial doivent être étayées par des preuves tangibles. À défaut, elles ne font que discréditer ceux qui les formulent sans fondement.
Hélas, il est devenu habituel pour ces médias d’attribuer à la Russie la responsabilité de presque tous les malheurs. Bien souvent, le caractère mensonger de ces insinuations est si évident qu’il ne mérite même pas de commentaire. Toutefois, dans le cas présent, nous ne pouvons rester silencieux : ces publications ne se contentent pas d’induire le public en erreur, elles portent également atteinte à la mémoire de millions de victimes du nazisme.

Nous tenons à rappeler que ce sont les peuples de l’Union soviétique qui ont porté le principal fardeau de la Seconde Guerre mondiale, payant la Victoire au prix le plus lourd : 27 millions de vies humaines. Parmi les victimes figuraient de nombreux citoyens juifs. Pour nous, la mémoire de chacune de ces victimes demeure sacrée.

Aujourd’hui encore, la Russie défend la vérité historique et s’oppose résolument à toute tentative de réhabilitation du nazisme ainsi qu’à toute manifestation d’intolérance raciale. Cela est bien connu en Israël, pays avec lequel nous entretenons des relations constructives, tant sur les questions relatives à l’établissement de la paix en Palestine et au Moyen-Orient en général que dans la lutte contre l’antisémitisme.

Contrairement à de nombreux pays d’Europe occidentale, l’antisémitisme n’a pas sa place en Russie. Depuis de nombreuses années, le Musée juif et centre pour la tolérance fonctionne avec succès à Moscou et bénéficie d’un soutien constant. L’État et la société russes rejettent catégoriquement toute forme d’antisémitisme.

Sachant que notre réponse n’aura probablement pas sa place dans les colonnes des publications mentionnées, nous jugeons nécessaire de la rendre publique sous la forme de cette lettre ouverte.
Anne Mansouret

-31/10/2025- Votre danse du ventre devant les islamistes a assez duré, Monsieur le Président de la République. De ridicule… cela devient indécent.
- Ce n’est pas ainsi que l’on se fait respecter (surtout) des arabes et des musulmans. Sans doute avez-vous séché les relations internationales à l’ENA.
- Ce n’est pas en faisant de la personne du Président français la risée du Maghreb que vous défendrez les intérêts de la France dans le monde.
- Et ce n’est pas en tripotant ce vieil étron de Tebboune que vous obtiendrez la libération de nos compatriotes Boualem Sansal et Christophe Gleizes, ignominieusement emprisonnés par le pouvoir algérien.

31 octobre 2025

Anne Mansouret
31/10/2025

Il est 23h30… Et comme presque toutes les nuits depuis des mois, les réacteurs, moteurs et autres turbines des avions militaires de la BA 105 vrombissent dans la nuit normande.
Car « faire la guerre » est le fantasme récurrent du Président de la République. Cette névrose martiale sous-jacente est devenue obsessionnelle depuis son coup de foudre pour le clown des Carpates, au lendemain du 24 février 2022. Jusqu’alors, et tout au long de la crise diplomatique qui avait précédé l’invasion de l'Ukraine par la Russie sur ordre de Poutine, il n’avait croisé qu’un Zelensky imberbe, banalement urbain, vêtu d’un costume et d’une cravate. Découvrir son homologue ukrainien en tenue de combat, les biceps affleurant le t-shirt kaki, a poussé au paroxysme ses pulsions tactiles et donné corps, dans la culotte, au chef des armées qu’il était supposé incarner depuis 2017.
Depuis, rien n’arrête plus ce Machiavel d’opérette dans son délire guerrier : déclarations alarmistes de son tout nouveau chef d’état-major, défis lancés à Poutine et Netanyahu, diffusion de guides de survie à la population… Sans doute ne va t’il pas tarder à nous faire défiler au pas de l’oie !
Tout ce cirque médiatique et malsain dans la plus totale inconscience de la situation de notre pays, tant en termes de capacité d’armement qu’au niveau du gouffre budgétaire qu’il a creusé.
Ce qui se passe est extrêmement grave. L’irresponsabilité du Président de la République est jour après jour plus manifeste.
Lorsque les appels à sa démission viennent perturber son grand air d’opérette guerrière, il utilise la bonne vieille tactique du leurre pour détourner l’attention sur les rapports dangereux de la jeunesse aux réseaux sociaux, ou sur les tribulations en justice de sa femme versus une influenceuse américaine…
Mais force est de constater qu’après avoir pourri et démoli la France pendant 8 ans, Emmanuel Macron est aujourd’hui un véritable danger pour notre pays.

Gastel Etzwane

-30/10/2025- Le refus du Japon de se plier à la demande américaine d’interdire les importations d’énergie russe illustre un tournant discret mais décisif des rapports de force internationaux. Tokyo, allié historique de Washington, a opposé une justification rationnelle : le gaz russe de Sakhaline représente environ 9 % de ses approvisionnements en GNL, et le couper brutalement reviendrait à fragiliser sa sécurité énergétique. Mais au-delà de cet argument économique, ce refus traduit une forme d’émancipation diplomatique : le Japon ne veut plus sacrifier ses intérêts nationaux sur l’autel de la stratégie américaine en Ukraine, surtout lorsque cette guerre n’engage pas directement sa sécurité.
Derrière la prudence japonaise se dessine une réalité plus large : la majorité des pays non occidentaux, et même certains alliés des États-Unis, ne veulent plus obéir à des injonctions qu’ils jugent étrangères à leurs priorités. L’Inde, la Turquie, la plupart des pays du Golfe et de nombreux États d’Asie ou d’Afrique continuent d’acheter pétrole et gaz russes, invoquant à la fois le pragmatisme économique et la souveraineté politique. Pour eux, la guerre en Ukraine reste une affaire régionale, et les sanctions américaines apparaissent moins comme une défense du droit international que comme un outil de domination commerciale, destiné à promouvoir le gaz américain et à maintenir le dollar comme instrument de contrainte mondiale.
Ainsi, ce qui se joue à travers l’énergie dépasse la question des flux et des prix : c’est la légitimité même de l’ordre américain qui vacille. Les États-Unis découvrent que leur pouvoir de coercition a des limites, que les nations désormais reliées par les BRICS ou d’autres partenariats n’entendent plus se soumettre à une discipline unipolaire. Quant à l’Europe, elle n’entre presque plus dans cette équation : spectatrice d’un monde qui se recompose sans elle, marginalisée par sa dépendance énergétique et son alignement politique, elle semble avoir perdu toute capacité de décision.

Dessin de Kak

Gastel Etzwane

-30/10/2025- L’article de la Berliner Zeitung consacré à l’affaire dite du Pfizergate met en lumière un symptôme profond du fonctionnement de l’Union européenne : l’impunité croissante de ses plus hauts responsables, combinée à des mécanismes de dissuasion quasi silencieux envers ceux qui tentent de demander des comptes.
Frédéric Baldan, lobbyiste belge accrédité à Bruxelles, a déposé en 2023 une plainte pénale contre Ursula von der Leyen, l’accusant d’abus de fonction, de destruction de documents publics et de corruption dans le cadre de la négociation directe, par SMS, du contrat colossal passé entre la Commission européenne et Pfizer pendant la crise du Covid-19. Peu après ce dépôt de plainte, ses comptes bancaires personnels et professionnels ont été fermés sans explication, y compris celui de son jeune enfant. L’article s’interroge sur la coïncidence troublante entre son action judiciaire et ces mesures bancaires, qui ressemblent à une forme de sanction déguisée, voire à une intimidation administrative destinée à décourager toute velléité d’enquête indépendante.
Le silence des institutions européennes, le mutisme des banques concernées et l’absence de réaction politique traduisent un climat d’omerta : lorsqu’un citoyen ou un professionnel ose mettre en cause un haut responsable, le système répond non par la transparence mais par la marginalisation. Le Pfizergate, dans sa dimension symbolique, ne concerne donc plus seulement un contrat opaque ou des SMS manquants : il illustre la déconnexion totale entre pouvoir européen et responsabilité démocratique, où les plus hauts dirigeants semblent protégés par une couche d’immunité politique, médiatique et financière. En filigrane, l’affaire Baldan apparaît comme un avertissement adressé à tous ceux qui oseraient contester l’autorité de cette élite administrative : l’Europe institutionnelle dévoile son véritable visage, celui d’un pouvoir autoritaire.


Gastel Etzwane

L’accord franco-algérien de 1968 : un héritage d’une autre ère, devenu instrument d’asymétrie

-31/10/2025- Lorsque la France et l’Algérie signent, le 27 décembre 1968, l’accord relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour des ressortissants algériens, le contexte est tout autre.
Six ans après l’indépendance, les deux pays cherchent à apaiser une relation encore brûlante. L’Algérie, alors jeune État, a besoin de devises et de stabilité ; la France, en pleine expansion industrielle, manque cruellement de main-d’œuvre.
L’accord vient sceller un compromis : les Algériens pourront venir travailler et vivre en France selon des conditions assouplies ; en échange, l’Algérie maintiendra des liens économiques et humains privilégiés avec son ancien partenaire colonial.
Ce texte, signé à une époque de croissance et de foi dans le progrès, entérine un régime d’exception : les ressortissants algériens obtiennent un statut dérogatoire au droit commun des étrangers, plus favorable que celui accordé à toute autre nationalité hors Union européenne.
Le « certificat de résidence » algérien, la facilité du regroupement familial, ou la quasi-automatisation de certains titres de séjour, s’inscrivaient dans une logique d’ouverture.
Mais cette logique date d’un temps où la France produisait encore, où les usines embauchaient et où l’État pouvait se permettre la générosité diplomatique.

De la coopération au déséquilibre

Un demi-siècle plus tard, le contexte s’est inversé.
La France s’est désindustrialisée, son chômage structurel s’est enraciné, ses finances publiques s’épuisent.
Dans ce paysage social et économique dégradé, le maintien d’un privilège migratoire hérité de 1968 apparaît à contre-courant de toute rationalité politique et économique.
Mais au-delà de l’économie, c’est le déséquilibre diplomatique qui frappe.
L’Algérie, loin de considérer cet accord comme un pilier d’amitié, s’en sert souvent comme levier politique.
Les autorités algériennes refusent régulièrement de délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires au retour de leurs ressortissants en situation irrégulière, tandis que la France continue d’appliquer scrupuleusement les avantages prévus pour les Algériens présents sur son sol.
Ce manque de réciprocité confère à l’accord un caractère asymétrique : ce qui fut conçu comme un pont entre deux nations s’est mué en rapport de dépendance unilatérale.

Un pouvoir algérien distant et offensif

À cela s’ajoute un facteur plus politique : la posture de plus en plus hostile et méprisante du pouvoir algérien à l’égard de la France.
Le régime algérien, qui instrumentalise régulièrement la mémoire coloniale à des fins intérieures, s’est affirmé comme un acteur défiant, multipliant les provocations symboliques et les gestes de défi diplomatique.
Il tire avantage d’une faiblesse chronique du pouvoir français, souvent tétanisé dès qu’il s’agit de l’Algérie, par crainte d’être accusé de néo-colonialisme ou d’ingérence.
Cette vulnérabilité diplomatique donne au pouvoir algérien un ascendant politique : il sait qu’il peut maintenir une posture de fermeté, voire d’arrogance, sans risquer de rétorsion réelle.
L’accord de 1968 devient alors l’un des symboles de cette relation déséquilibrée, où la France, paralysée par sa propre culpabilité historique, conserve un régime de faveur que l’Algérie n’honore plus.

Pourquoi il est temps d’y mettre fin

Aujourd’hui, l’accord de 1968 est à la fois un anachronisme juridique et un aveu d’impuissance.
Il perpétue une hiérarchie artificielle entre les étrangers, entretient une complexité administrative inutile et, surtout, prolonge une dépendance diplomatique dont la France sort affaiblie.
Le dénoncer ne reviendrait pas à humilier l’Algérie, mais à rétablir une forme d’égalité et de clarté.
Dans un contexte où la France doit redresser son économie, restaurer son autorité et affirmer sa souveraineté, il n’y a plus de place pour des privilèges unilatéraux hérités d’un autre siècle.
La relation franco-algérienne mérite d’être repensée sur des bases saines : respect mutuel, réciprocité, et alignement sur le droit commun.
En somme, cet accord n’est plus un signe d’amitié, mais le vestige d’une dépendance mal digérée.
Il fut utile à une époque, il est devenu une gêne.
Et tant que la France n’aura pas le courage d’y mettre fin, elle continuera d’entretenir l’illusion d’un partenariat équilibré avec un pouvoir algérien qui, dans les faits, profite depuis longtemps de sa complaisance et de son inertie.