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4 mars 2026

LE SUICIDE DE TRUMP

Gabriel Nerciat


- 3/3/2026 - Dans le scénario très bien foutu que, d'après les aveux mêmes de Marco Rubio en personne, Netanyahou et l'État profond israélien ont vendu à Trump pour flatter son ego défaillant et combler ses pulsions suicidaires, normalement, aujourd'hui, on devrait en être au troisième épisode de la saison 1 : celui où des millions d'Iraniens, ivres d'extase libératrice, sortent dans les rues de toutes les grandes villes du pays pour applaudir les bombardiers américains et israéliens au péril de leur vie.
"Bombardez-nous, bombardez-nous, cela fait tellement longtemps qu'on espérait vos bombes ! Des bombes, des bombes, encore, encore ! Tant qu'il y a des bombes US, il y a de l'espoir ! Au bout du napalm, la Gay-Pride à Téhéran et les œuvres complètes de John Rawls ou de Simone de Beauvoir dans toutes les bibliothèques de la Perse antique ! Plus, plus, on en veut plus, des bombes !".
Parce que vu depuis New-York ou Paris, le bobo iranien est un peu comme le conscrit ukrainien : il est là d'abord pour offrir son bide ou sa croupe au feu des Pasdarans afin d'épargner le précieux sang yankee et le non moins aristocratique sang juif israélien (qui vont quand même couler, comme c'est malheureux).
Mais hélas, trois fois hélas, ce n'est pas du tout ce qui se passe. Les quelques vidéos à moitié trafiquées qu'on peut voir sur les réseaux sociaux et que même BFM-TV ou LCI n'osent pas diffuser à la télé n'ont rien d'une révolution en train d'émerger.
Ce que l'on voit surtout, ce sont les défilés monstrueux (vous choisissez le sens du mot que vous préférez) en soutien au régime et à la mémoire du Guide chiite assassiné. Alors même que la puissance de feu iranienne n'est absolument pas en train d'être maîtrisée, au contraire, comme en témoignent les dégâts et les cadavres qui s'accumulent à Tel-Aviv et Beersheba comme sur les bases américaines des émirats.
Peut-être tout bonnement que le bourgeois bohème iranien n'est pas aussi stupide ou aussi collabo que ses anciens compatriotes exilés à Paris ou à Londres depuis quarante ans le croient.
En Iran comme partout ailleurs, on n'accepte pas d'être frustré d'une révolution populaire avortée par l'irruption d'une agression impérialiste étrangère, et on sait très bien distinguer un traître d'un partisan.
Accessoirement, quand pleuvent les bombes, on ne pense qu'à une chose : sauver sa peau et celle des siens, parce c'est d'abord ce qui compte. Tout le monde ne peut pas être aussi héroïque que Bernard-Henri Lévy ou Caroline Fourest, que voulez-vous.
Du coup, on ne peut pas passer au quatrième épisode : celui où, estourbis et fascinés par la puissance dantesque de la "plus grande armée du monde", les Pasdarans et les dirigeants de la République iranienne capitulent en grande pompe, comme les chefs d'État major de l'armée japonaise devant MacArthur en 1945.
Il faut refaire tout le scénario de la saison 1, qui risque bien d'être la dernière.
C'est dommage pour Donald, parce qu'il n'est pas assez constant, semble-t-il, pour maîtriser le scénario d'une série de quatre ou six épisodes du début à la fin. Déjà, dans sa conférence de presse d'hier soir, il ne parlait plus de changement de régime et demandait un peu agacé aux rebelles iraniens de se bouger le cul parce que le temps presse – et que la déroute historique des Républicains aux élections de novembre approche.
Il est vrai que personne ne lui avait dit que le vrai sujet de l'histoire n'était pas l'émancipation de l'Iran mais son propre suicide.
Il l'a accompli en deux jours, encore plus vite que dans une nouvelle d'Ambrose Bierce. De ce point de vue, en effet, cela a quelque chose d'une performance historique.