7/10/2026
Israël : se souvenir des massacres du 7 octobre 2023, avant le vote dans 20 jours
Le 7 octobre 2023, le Hamas et ses alliés déclenchaient depuis la bande de Gaza un terrible pogrom, visant prioritairement et massivement des civils : 1200 hommes, femmes et enfants massacrés à l'arme blanche et à l'arme automatique, des viols, des mutilations de cadavres... 251 otages seront emmenés à Gaza par leurs ravisseurs. Cette attaque par terre s'est doublée d'une campagne de bombardements avec plus de 2500 roquettes. Il faut ajouter au bilan des milliers de blessés. Si la population juive civile (le plus souvent habitant dans les kibboutzim orientés à gauche et favorable à la Paix en Palestine) a été la cible privilégiée, on compte parmi les victimes 70 Arabes israéliens et des centaines d'entre eux parmi les blessés. Ces actes sont des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Aucune colère ne peut justifier, en aucun cas, des actes aussi ignobles.
Après le pogrom, une « punition collective » tout aussi effroyable
On connaît la suite : le Hamas n'est pas seulement criminel pour avoir planifié et mis en œuvre ces massacres, il est également criminel pour avoir donné le prétexte au gouvernement israélien de Benyamin Netanyahu, le plus à droite jamais connu dans l'histoire de l’État d'Israël, d'abattre une violence militaire inimaginable sur l'enclave de Gaza et sa population civile. Dès les premières semaines, les opérations militaires commandées par le gouvernement dépassent de très loin le droit d'un État agressé à se défendre et sont en contradiction de fait avec l'objectif prétendu de vouloir récupérer les otages (morts ou vifs) : elles s'intègrent très dans une volonté de vengeance et de punition collective contre une population civile, elle-même victime de la prédation du Hamas. Les pertes humaines pendant la guerre de Gaza depuis 2023 sont évaluées à plus de 73 000 Palestiniens tués, dont au moins 21 500 enfants ; et à plus de 183 000 blessés, dont plus de 46 500 enfants : les bombardements de l'ensemble du territoire (80% des immeubles de la bande de Gaza sont détruits), sans discernement et sans distinction sur les infrastructures civiles et hospitalières l'organisation si ce n'est planifiée tout du moins couverte d'une famine par le blocus et par le soutien à des organisations mafieuses palestiniennes (censées seconder Tsahal dans sa lutte contre le Hamas), les tirs sur les populations en fuite, les mauvais traitements et la violence gratuite contre les civils, tout cela constitue également des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Rien ne peut justifier une seule de ces actions. Les déclarations de plusieurs ministres de Benyamin Netanyahu appelant à massacrer les Palestiniens dénotent de leur intention génocidaire.
Depuis le 7 octobre 2023, différentes enquêtes ont apporté la démonstration que le cabinet Netanyahu avait été informé de la préparation d'une attaque de grande ampleur par le Hamas. Le premier ministre a choisi d'ignorer délibérément ces avertissements et renseignements, dégarnissant par ailleurs les effectifs de l'armée pour satisfaire des revendications confessionnelles minoritaires pour permettre à des soldats de rentrer dans leurs familles pour les fêtes de Soukhot. Benyamin Netanyahu et ses ministres « suprémacistes religieux » sont donc doublement coupables : ils ont échoué volontairement à protéger les citoyens israéliens et ont ordonné et encouragé par la suite des massacres atroces.
Un cessez-le-feu est censé être entré en vigueur depuis le 10 octobre 2025. Si la nourriture et l'aide a pu à nouveau atteindre la population démunie et traumatisée de la bande de Gaza, des affrontements et des actes de violence continuent d'être perpétrés contre les civils par l'armée israélienne et ses supplétifs : 1440 Palestiniens auraient été abattus dans ce territoire depuis un an. Par ailleurs, la situation s'est profondément dégradée en Cisjordanie où les colons religieux tentent de façon croissante d'opérer une campagne de nettoyage ethnique, pourchassant des Palestiniens, les chassant de leurs villages, arrachant leurs cultures et certains oliviers pluri centenaires. Ces actions criminelles se font trop souvent sous les yeux des militaires israéliens, qui ne réagissent pas ou même parfois accompagnent et encouragent. Plusieurs incidents récents ont cependant opposé Tsahal à certains des colons extrémistes, ce qui démontre encore que l'action et les complicités malsaines du gouvernement Netanyahu fracturent toujours plus la société israélienne.
Le renouvellement de la Knesset se tiendra dans ce contexte
Les citoyens israéliens voteront le 27 octobre prochain pour renouveler la Knesset. Pendant 3 ans, Benyamin Netanyahu a tout fait pour retarder l'échéance alors que la situation politique aurait mille fois justifiée (au regard des raisons pour lesquelles elle a été finalement décidée en juillet dernier) : l'actuel premier ministre a utilisé la guerre qu'il a lui-même entretenue comme une assurance-vie politique ; on peut fortement supputer que les offensives militaires conduites contre l'Iran, avec le soutien puis la participation active des États-Unis d'Amérique, qui ont fini par plonger la planète dans une nouvelle crise pétrolière (et ont permis au régime des Mollahs de renforcer encore la répression contre sa population), ont été conduites dans le même objectif. Benyamin Netanyahu craint plus que tout la fin de son mandat et de son immunité, car toute une série de graves affaires judiciaires l'attendent au lendemain de sa défaite espérée. Avant le 7 octobre 2023, il avait provoqué un fort mouvement de protestation de la société civile contre sa réforme de la justice et de la constitution israélienne, qui visait tout à la fois à satisfaire son idéologie héritée de la droite révisionniste et ses intérêts personnels.
La société israélienne, traumatisée par les attaques meurtrières du 7-Octobre et soumise à une tension militaire permanente depuis (mobilisant de nombreux réservistes), a sans doute mis du temps à se détacher d'un réflexe (que l'on pourrait qualifier de naturel, s'il n'accompagnait une situation aussi affreuse) d'union nationale. Le Cabinet Netanyahu a été soutenu par l'opinion tant qu'elle a cru qu'il travaillait à ramener les otages ou leurs corps (il a en partie échoué), elle l'a soutenu plus fortement encore contre le Hezbollah au Liban (l'intervention militaire n'était cependant aucunement justifiée), puis contre l'Iran car les Israéliens sont convaincus de la menace existentielle que fait peser sur eux le régime islamiste... Une grande majorité des Israéliens a trop longtemps voulu fermer les yeux sur les massacres commis à Gaza en son nom, enfermée dans sa peine et son traumatisme. Les fractures politiques et civiques qu'induisent et approfondissent en soi la politique conduite par Netanyahu et ses alliés suprémacistes Ben Gvir et Smotrich finissent cependant par déciller les yeux, alors que la tension militaire s'est légèrement décalée d'Israël.
Pronostic impossible
Le Likud, parti de Netanyahu, semble en net recul selon presque tous les sondages qui lui promettent une petite vingtaine de sièges contre 32 aujourd'hui ; Otzma Yehudit, le parti de Ben Gvir héritier de Meïr Kahan et des assassins d'Yitzakh Rabin, progresserait au détriment du parti de Bezalel Smotritch (RZP Zehut), son comparse suprémaciste. Les partis religieux sépharades et ashkénazes restent alliés de Netanyahu. Mais le bloc des opposants à Netanyahu, qui rassemble les héritiers du travaillisme israélien réunifié (Démocrates, 8 à 10 sièges) avec le centre droit (Yashar 23 sièges) et la droite nationaliste (Ensemble 13 sièges, Israël Beïtenu 9 sièges), est selon les jours devant d'un ou deux sièges ou l'inverse avec le bloc de ses soutiens, entre 50 et 54 sièges. La Knesset compte 120 députés, l'orientation du futur gouvernement dépendra donc du soutien de la "Liste commune", rassemblant le parti communiste et les partis arabes Ta'al et Balad (8 sièges espérés), de Ra'am (parti islamiste arabe israélien, 5 sièges espérés) et l'alliance électorale du parti des réservistes et du « nouveau parti économique » (centre droit), qui prétend obtenir 4 ou 5 sièges. L'avance de l'un des deux blocs antagonistes, mais qui restent eux-mêmes profondément divisés, déterminera vraisemblablement le basculement de cette dernière alliance.
La poursuite d'un cabinet Netanyahu serait évidemment une catastrophe pour l’État d'Israël et ses citoyens, car elle serait fondée sur le renforcement de ses composantes les plus extrémistes. Vue d'Europe, la coalition des anti-Netanyahu peut évidemment paraître baroque, mais elle a pris des engagements fermes pour rétablir un fonctionnement démocratique des institutions, garantir l'État de droit, faire cesser les exactions à Gaza, un véritable retour à une logique de négociation et l'arrêt du nettoyage ethnique en Cisjordanie. C'est peu, sans doute, mais c'est le minimum et l'exact opposé de ce que promet Netanyahu. Et c'est impérativement nécessaire pour la société israélienne puisse réellement faire son deuil, commencer à travailler sur elle-même et peut-être un jour (encore trop lointain) vouloir s'engager à nouveau dans une réelle logique de paix.