Gabriel Nerciat
3/10/2026
QUESTIONS CRUCIALES AUTOUR D'UN INCENDIE
Sur les émeutes lycéennes et estudiantines, depuis deux jours, CNews nous explique que c'est l'œuvre de Mélenchon et du Hamas, LCI que c'est l'œuvre de Poutine et des services russes, BFMTV que c'est l'œuvre de la police factieuse qui ne sait pas garder son calme et veut déstabiliser Macron ou Nunez, ces grands républicains modérés.
Qui a dit qu'en France les idées des élites suppléaient avantageusement aux carences énergétiques ?
Moi, depuis quarante-huit heures, je me pose surtout une seule question, mais qui me paraît cruciale : que se passera-t-il, dans l'hypothèse de moins en moins invraisemblable où Marine Le Pen serait élue chef de l'État dans six mois, durant les deux semaines qui précèderont la passation de pouvoirs avec Macron au palais de l'Élysée ?
L'extrême centre libéral voué à l'exil (sans doute durable) et les gauches décoloniales en folie qui redoutent la fin prochaine du carnaval wokiste pourraient-ils agir de concert, de façon plus ou moins délibérée, afin de justifier un possible recours à l'article 16 ?
Sans être particulièrement complotiste, il est clair qu'à la lumière des événements de cette semaine, de plus en plus de gens y pensent ou en parlent explicitement – de Mathieu Bock-Côté jusqu'à Houria Bouteldja (le spectre est large).
Dans ce cas, l'insurrection présente pourrait faire office de répétition, mais le problème est qu'elle intervient beaucoup trop tôt : si l'anarchie dure encore deux semaines voire plus, c'est bien Marine Le Pen – et pas Mélenchon, que les droitards accusent grotesquement d'être à l'origine des troubles – qui en serait la principale bénéficiaire politique.
Quand bien même Mediapart révèlerait en janvier qu'elle a dansé la valse à seize ans au palais Hofburg de Vienne avec Otto Günsche, l'aide de camp d'Hitler.
D'où, sans doute, le dilemme du pouvoir macronien : laisser suffisamment d'impunité aux ilotes des lycées pour pouvoir les inciter à passer de nouveau à l'action le moment venu, mais tout en se montrant capable de les faire rentrer à la maison suffisamment vite, à six ou sept mois du scrutin, de crainte de voir la situation lui échapper (la mort d'un policier en exercice rendrait rapidement la crise définitivement immaîtrisable).
Même le recours à la pègre, comme pour les émeutes de juin 2023, s'avèrerait ici d'une efficacité très limitée, car le spectre des émeutes déborde désormais largement le cadre des banlieues des grandes métropoles mondialisées.
Si une chose en tout cas maintenant est claire, c'est que ceux qui veulent le redressement de l'État et ceux qui veulent sa destruction progressive (que ce soit au nom de l'émancipation des minorités ethniques allogènes ou au nom de celle du capital globalisé, peu importe) vont devoir tôt ou tard s'affronter face à face, parce qu'ils sont les uns comme les autres, à la lueur de cette crise plus encore que des précédentes, parfaitement identifiables et identifiés.


















